Le Dieu auquel je crois a visité son peuple (3/4)
Une foi enracinée dans l’histoire du peuple juif
L’actuel conflit israélo-palestinien n’est pas sans affecter la perception de mes lectrices et lecteurs quant à ce que je vais décrire comme ma foi. Ma vision du peuple juif réfère d’abord à l’expérience biblique, qui décrit une histoire elle-même marquée par les guerres, les exils, les alliances, la domination des empires, ainsi que les périodes de paix. De cette histoire, les prophètes ont interprété les événements, d’une part, en appelant le peuple à se convertir lorsqu’il s’éloignait des prescriptions de la Torah, surtout par ses manquements à la justice, et d’autre part, en annonçant une libération par le bras puissant de Dieu et une ère de paix, résultat de sa bonté.
À l’égard du «peuple juif» vivant en Israël en 2010, j’ai un seul parti-pris, celui de la paix. Je sais que de nombreux Israéliens recherchent la paix de même que des Palestiniens. Je sais que des Juifs s’accaparent injustement le plus de terres possibles; je sais aussi que des Islamistes, de leur côté, veulent rayer Israël de la carte. Il est tentant pour des juifs, à l’aide de la bible, d’interpréter la conquête de l’antique Palestine comme la volonté de Dieu. Mais ces mêmes juifs oublient l’enseignement des prophètes qui est toujours un appel à la justice. Il n’y aura pas de paix sans justice.
Il n’est pas facile de trouver une voie vers la paix dans un contexte aux intérêts si opposés. Mon opinion présente est qu’Israël doit cesser de coloniser les territoires qui pourraient devenir ceux de l’État palestinien, y inclus Jérusalem-est. C’est le principal obstacle à la paix. Et, vu de loin, les représentants palestiniens, notamment le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, semblent de meilleure foi que les représentants israéliens, notamment Benjamin Nétanyahou, chef d’un gouvernement tenu en laisse par les partis religieux.
Cela dit, ma foi en Dieu s’inscrit dans l’histoire du peuple juif, avec ses ombres et ses lumières, chemins de mort et chemins de vie. Je ne renierai jamais mon héritage judéo-chrétien. À la charnière de l’expérience du peuple juif et de l’histoire de Jésus de Nazareth, on a entendu le prophète Jean le Baptiste proclamer un baptême de conversion (Luc 3, 4-6): «Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur; faites-lui des sentiers bien droits!…» Déjà, la naissance de Jean baignait dans une atmosphère d’attente du salut, comme on peut lire dans le cantique de Zacharie: «Loué soit le Seigneur, Dieu d’Israël, parce qu’il a visité et libéré son peuple». (Luc 1, 68-79)
ברך אדני אלהי ישראל
אשר פקד את עמו ופדות שלח לו
Cette prière, que je récite tous les jours en hébreu, annonce l’espérance d’Israël de pouvoir servir Dieu en suivant les voies de la justice afin de marcher un jour dans la paix.
En Jésus, Dieu a visité son peuple
La première prédication de Jésus à la synagogue de Nazareth (Luc 4, 16-21) donne le ton de sa mission: il prend à son compte l’annonce de bonheur du prophète d’Isaïe (Is 61,1-2) : « L’Esprit de Dieu est sur moi, car il m’a consacré d’une onction pour que j’annonce la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux prisonniers la délivrance et aux aveugles le retour à la vue. Il m’a envoyé libérer les opprimés et proclamer une année où le Seigneur sera généreux .» Oui, à la suite des évangélistes, je crois que Dieu a visité son peuple dans la venue de Jésus, dont l’enseignement libérateur et les gestes guérisseurs révélaient Dieu, Père, juste et miséricordieux. N’oublions pas que le nom même de Jésus signifie en hébreu: Dieu sauve.
Un Dieu caché qui se donne à voir
Un jour, Jésus dit: «Je suis le chemin, la vérité, la vie. Personne ne va au Père si ce n’est par moi.», et l’apôtre Philippe lui demande: «Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.» (Jean 14,8) Si on peut comprendre la demande de Philippe de voir le Père, on connaît la réplique de Jésus: « Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu! Celui qui m’a vu a vu le Père.» Devant le mystère de Dieu qui se cache, une confiance inébranlable m’habite, m’est donnée gratuitement. C’est cette confiance, fondée sur le témoignage de Jésus et à sa suite des apôtres, qu’on appelle la foi. N’est-elle pas réconfortante cette parole de Jésus aux personnes qui ont eu confiance et qu’il a guéries: Courage, ta foi t’a sauvé! (Matthieu 9,22)
Mon expérience de Dieu ressemble à celle de ces deux disciples, qu’on a dit originaires du village Emmaüs, où ils s’en retournaient au lendemain de la crucifixion de leur maître. En chemin, Jésus les rejoints; mais «leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître», dit le récit. C’est pendant que Jésus leur explique le sens des événements récents et des paroles de la bible concernant le Messie qu’ils découvre peu à peu son identité. À la fin du récit, au moment du geste familier de leur maître, à la fraction du pain, ils le reconnaissent. Le Dieu auquel je crois est caché certes, mais il se donne à voir à travers des personnes et des événements de ma vie, tantôt heureux, tantôt douloureux.
Plutôt qu’une définition ou même une vision de Dieu, je préfère parler de relation. Et c’est le concept d’alliance qui caractériserait la relation que j’entretiens avec Dieu, concept qui se décline en appel et réponse, en liberté et responsabilité, en amour et en pratique de la justice. Le Premier testament relate l’histoire de cette offre d’alliance gratuite de la part de Dieu, de la fidélité de Dieu, des infidélités des hommes, des retours vers le Seigneur. Le Second testament reprend ce thème de l’alliance dans la relation MAÎTRE-DISCIPLES. Lentement, dans la foi, malgré l’incompréhension et des résistances, les disciples reconnaissent en Jésus ressuscité l’action fidèle de Dieu qui visite l’humanité. Ils racontent à leur tour leur conversion et deviennent témoins de l’action de salut du Père. Quand je témoigne aujourd’hui de ma foi, c’est ce Dieu et son Envoyé, Jésus mort et ressuscité, qui sont l’objet de mon témoignage et surtout leur action dans ma vie et dans le monde.
Enfin, mon regard sur la paix en Israël et ailleurs dans le monde est dicté par ma foi: Dieu veut la paix pour tous les hommes, il veut une existence digne pour tous, il veut que chacun de nous y travaille comme il peut. S’ajuster à la volonté de Dieu, changer notre regard et nos actions, pour que cette paix advienne, c’est témoigner de sa venue dans le monde, de la venue du Royaume de Dieu parmi nous.
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Le dernier article de cette série de quatre aura comme titre: Le Dieu auquel je crois: Un et trine
Lire l’article un: Le Dieu auquel je crois: les débuts
Lire l’article deux: Le Dieu auquel je crois: choix de vie adulte
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