Noël: que peut-on en espérer?
À la veille de ce Noël 2010, quand je regarde notre Église, l’Église du Québec, il m’arrive de penser qu’elle s’en va inévitablement vers l’extinction: baisse du nombre des fidèles participant à l’eucharistie du dimanche, réaménagement des paroisses pour assumer les charges matérielles que constituent nos bâtiments, maigre relève autant chez les laïcs que chez les ministres ordonnés.
Et pourtant je reste un irréductible optimiste, car tout est dans le regard. C’est Jean Vanier, prophète de notre époque, qui m’a appris cela. Il a regardé les déficients mentaux comme des personnes à aimer et a agi en conséquence. Il a montré leur grandeur: d’être filles et fils de Dieu comme tout un chacun de nous. Chacun ne porte-t-il pas en soi des misères et la capacité d’aimer? Il nous indique vers qui tourner notre regard, vers Jésus, le Prince de la Paix, dont nous célébrons l’avènement à Noël. Ce regard embrasse toute la vie à la lumière du message de Jésus: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Faites du bien à ceux qui vous veulent du mal, prêtez sans espérer rien en retour.»
Il ne m’aurait servi à rien d’aller à Jérusalem, si je n’avais pas été touché par la prophétie de Zacharie:
Exulte avec force, fille de Sion!
Crie de joie, fille de Jérusalem!
Voici que ton roi vient à toi:
Il est juste et victorieux,
humble, monté sur un âne,
sur un ânon, le petit d’une ânesse.
Il retranchera d’Éphraïm la charrerie
et de Jérusalem les chevaux;
l’arc de guerre sera retranché.
Il annoncera la paix aux nations.
Son empire ira de la mer à la mer
et du Fleuve aux extrémités de la terre.Zacharie 9,9-10
L’Église du Québec ressemble de plus en plus au peuple juif, ce «petit reste» à l’écoute des paroles de Zacharie et tâchant courageusement, au retour de l’exil, de reconstruire Jérusalem et leur communauté. Le message de Zacharie permet de relire notre propre histoire; notre Église a déjà brillé par le nombre de ses fidèles, la fécondité et la solidité de ses institutions, les nombreux témoignages de sainteté des fidèles et l’autorité de ses dirigeants. Maintenant qu’un vent de changement (ou de renouveau) a soufflé sur des structures sclérosées, ses édifices de pierre feront-ils place à des cœurs de chair ouverts au message de Jésus? Après avoir perdu le goût des célébrations liturgiques, est-ce qu’on continuera de pratiquer les œuvres de justice? Et si on reste sourd aux appels à retourner à la messe, la pratique humble de la charité, à la façon de Jean Vanier, ne continuera-t-elle pas de faire des disciples?
Je pense que les fidèles au message de Jésus sont toujours disponibles pour entendre les appels à aimer le prochain. Je pense qu’ils sont comme une lumière dans un monde qui a grand besoin de paix et de croire à l’amour, au pardon, à la compassion. C’est le message que j’entends au moment où on se rappelle la venue du Sauveur il y a 2000 ans dans une Palestine sous domination romaine. Seulement, aujourd’hui, c’est le règne du tout à l’économique, à la mondialisation. Les laissés pour compte ne manquent pas dans ce système: il n’y a qu’à ouvrir les yeux. C’est mon espoir en ce Noël 2010.