Oui, j’ai rêvé!

André Gadbois le 26 août 2010
oui-jai-reve

Je remercie André qui m’a permis de publier ce beau texte, paru cet été dans la revue des Sœurs missionnaires de l’Immaculée-Conception, Le Précurseur,Volume 53, Numéro 3, Juillet – Août – Septembre 2010; voir le sommaire. André Gadbois anime le Réseau des Forums André-Naud, ce regroupement de baptisés et de pasteurs qui tâche d’insuffler un renouveau dans l’Église.
Michel Bourgault

J’avais 12 ans et la ruelle de la rue Bordeaux transformée en patinoire ou en terrain de football me faisait rêver à l’amitié, à la victoire et à la solidarité (celle de la « gang » évidemment, comme les Hébreux au désert!); j’ai eu 15 ans et la promesse scoute m’a fait rêver à la fraternité mondiale et à un immense feu de camp pour célébrer la joyeuse marche de tous les gars et toutes les filles du monde; à 25 ans je rêvais à une société sans classes, sans taudis et sans mépris où chacun et chacune se faisaient le prochain de l’autre; j’ai eu 40 ans et j’ai rêvé à un système scolaire dans lequel les enfants en difficultés seraient épaulés avec tendresse et imagination; je suis dans la soixantaine et j’évalue que mes rêves ont encore un joli bout de chemin à faire pour se réaliser. Oui j’ai rêvé, j’ai rêvé souvent d’un monde dans lequel personne ne serait obligé de vivre à genoux sauf pour se mettre à la hauteur des yeux d’un petit enfant qui pleure (ou rit) de tout son cœur. Et j’y rêve encore malgré la réalité, je persiste, je résiste aux gourous, je ne veux pas me résigner « car les êtres humains sont des créateurs. Nous n’avons pas à suivre les tendances. Nous pouvons les inverser, les faire mentir. » (1)

Les rêves rassemblent et relient

Il y a des illusions (la richesse, la beauté corporelle, le pouvoir, la gloire, la croissance,…). Il y a des rêves (du pain pour tout le monde, un digne travail pour tout le monde, l’échange gratuit, la fraternité et la solidarité, la réconciliation, l’équité,…).  Les illusions profitent à une clique et conduisent à la concurrence débridée; les rêves rassemblent et relient. Je suis probablement tombé dans un bol d’espérance quand j’étais petit… mais je me situe du côté des rêves, du côté de ces horizons éloignés qui manquent un peu de précisions et qui pourtant mobilisent des cœurs en faveur des cœurs, du côté de ces « projets » non évidents, non rentables et ouverts à tous et toutes sans appel d’offres. Les rêves de Martin Luther King, de l’abbé Pierre, de Délia Tétreault, de Jean Vanier, de Jésus de Nazareth, n’étaient pas des produits finis et bien ficelés comme disent les gestionnaires technocrates de nos gouvernements et entreprises d’aujourd’hui: il étaient de l’ordre de la semence comme le grain de sénevé. Aussi de l’ordre de l’audace qui émerge de l’intériorité et du silence. Ils « embauchaient » tout homme et toute femme de bonne volonté, ils écartaient les différentes formes de misère, ils étaient transparents car ils ne cachaient aucun piège, ils étaient véritablement libérateurs pour tous et toutes, ils faisaient vivre DEBOUT.

Il a fait mentir les tendances à la mode

Magnifiques ces propos des auteurs de l’Exode où on semble entendre Yahvé dire à son peuple asservi : « Je vois la misère de mon Peuple et j’en pleure. Ce n’est pas ce rêve que j’ai fait pour vous Ce n’est pas pour ça que je vous ai créés, hommes et femmes de mon Peuple : ce n’est pas pour cette vie misérable. » Et Yahvé a communiqué son rêve à Moïse qui a résisté avant de s’embarquer dans une telle aventure, et Moïse a communiqué le rêve de Yahvé à son peuple qui lui en a fait baver en marchant vers la Terre promise. Et combien de fois par la suite les prophètes ont pleuré devant les dérapages de ce grand rêve, ont manifesté leur colère, ont dénoncé tous ces petits vendeurs d’illusions qui ne recherchaient que leur propre réussite! De ce petit peuple quasiment « né pour un petit pain » est sorti un Homme qui n’a pas suivi les tendances à la mode (le pouvoir, la gloire, la réussite,…) et qui a agi pour les inverser, les faire mentir, les faire rougir. Il a repris le rêve de Yahvé qu’il appelait « abba » et l’a fait circuler en Palestine, il a décrit à grands traits les conditions nécessaires à sa réalisation (le mot conversion y tenait une place privilégiée), il s’est noué un tablier à la taille et s’est mis à l’ouvrage tout en soulignant qu’après son départ il libérerait une grande énergie capable de nous rendre libérateurs et libératrices de misère comme Lui. Jésus ne tenait pas à sa réussite : « Nourrissez-les vous-mêmes! » a-t-il lancé à ses compagnons figés devant une foule affamée. Et le soir du troisième jour sur la route menant à Emmaüs, fidèle à lui-même, il s’est retiré pour qu’eux saisissent le témoin et poursuivent la course. Voilà la marque du rêveur que j’aime et en qui je mets toute ma confiance! « L’espérance, c’est savoir que les choses se font dans le temps, qu’elles ne se feront pas sans nous et qu’en regard du terme, les étapes pour y arriver ne sont nullement des détours inutiles ou du temps perdu. Et il arrive parfois que pour réaliser le projet de Dieu, il faille partir, rompre avec le quotidien. Quitter son pays, comme Abraham, vers une terre inconnue avec comme seule garantie la Parole de Dieu qui nous sert de boussole. » (2)

(1) PITCHER, Patricia, Artistes, artisans et technocrates, Presses HEC, 1994, p. 229

(2) GADBOIS, Thérèse, lettre à son frère André, Diane, Marie-Claude et Jean-Philippe.

Abonnez vous au flux RSS de ce blog

Une femme peut-elle être image du Christ? (3/3)

Michel Bourgault le 21 août 2010

La Congrégation pour la doctrine de la foi, dans la Déclaration Inter Insigniores, publiée en 1976,  a donné trois raisons pour justifier qu’elle ne se considérait pas autorisée à admettre les femmes au sacerdoce: (1) l’exemple de Jésus qui a choisi ses apôtres uniquement parmi les hommes, (2) au cours de ses 2000 ans d’histoire, [...]

Lire la suite...

Voici un deuxième article sur la position de l’Église catholique concernant l’admission des femmes au sacerdoce, qu’on trouve dans la Déclaration Inter Insigniores de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
Après avoir invoqué l’exemple de Jésus pour refuser l’admission des femmes au sacerdoce, la Congrégation pour la doctrine de la foi apporte un deuxième [...]

Lire la suite...

J’ai eu faim…

Michel Bourgault le 18 août 2010

La catastrophe des inondations au Pakistan a fait plus de sinistrés, lit-on dans Le Devoir, que, tous réunis, ceux du tsunami de 2004, des séismes au Cachemire et du tremblement de terre en Haïti.
Sans oublier nos frères haïtiens, nous, qui vivons dans l’abondance, devons appuyer les organismes humanitaires qui cherchent à secourir ces victimes. Je [...]

Lire la suite...

Jésus serait-il excommunié aujourd’hui?

Marie-Paule Lebel le 1 août 2010

La Congrégation pour la doctrine de la foi a rendu publiques le 15 juillet dernier les nouvelles Normes sur les délits les plus graves. Il était temps que les autorités ecclésiastiques sanctionnent les abus sexuels commis par des clercs sur des personnes mineures. Mais nous constatons avec indignation que, dans cette mise à jour des [...]

Lire la suite...