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Sur l'Église
L’Église de demain:

un avenir possible?

29 octobre 2010

Quand je pense à ce que l’Église peut devenir au Québec dans les années à venir, je suis à la fois confiant et perplexe. Les assemblées dominicales sont de plus en plus vieillissantes et réduites en nombre. Les jeunes adultes sont totalement absents de ces rassemblements ecclésiaux. La relève s’annonce mince et peu régulière. Nous assistons à la fin d’un règne. Désormais tout sera différent en Église, tout sera comme ce sera possible après ce grand changement que nous connaissons. Des catéchèses dynamiques et novatrices vécues avec des groupes d’enfants et leurs parents ne connaissent pas de lendemains. Ce qui est inédit maintenant, c’est que notre Église n’engendre dans la foi que péniblement et par intermittences des jeunes bien vite laissés à eux-mêmes. Et on ne devient pas chrétien tout seul, on le devient en communauté! C’est ce qui s’est toujours vécu depuis que l’Église existe. Et ce que nous connaissons en Église n’a jamais eu pareil contexte jusqu’ici. Et toutes tentatives de restauration sont vouées à l’échec. C’est ce que nous remarquons actuellement dans divers pays européens comme la Belgique ou la France. Les dérives intégristes de certains groupes catholiques ne sont que des symptômes d’un malaise voire même d’un mal-être chrétien. Et alors, l’avenir de quoi sera-t-il fait et surtout, y aura-t-il un avenir pour l’Église? L’Église a déjà changé d’adresse au cours de l’Histoire et elle semble trouver son avenir dans les pays sud-américains, africains et asiatiques. Pour ce qui est des pays du nord, l’Église y connaitra un avenir totalement inédit et novateur. Mais comment est-il possible cet avenir?

L’Église de demain sera constituée de petits groupes prophétiques se rassemblant pour le partage de la Parole et de la vie. Ces groupes restreints ne seront pas nécessairement dans le giron ecclésial, ils seront des groupes vivant des spiritualités alternatives d’inspiration chrétienne peut-être. Des tentatives de renouveau se multiplieront tout en rejoignant peu de monde. Les croyants seront de plus en plus marginalisés dans une société pluraliste tant au plan ethnique que religieux. C’est ce que nous vivons maintenant. Des groupes religieux s’implanteront chez-nous et marqueront désormais notre culture. Pensons aux arrivées de nombreux musulmans ou de groupes venus d’Orient… L’Église du Québec devenue minoritaire et peu nombreuse continuera son chemin appauvrie et dépouillée de tout un patrimoine qui lui assurait jadis un avenir confortable.

Mais cette Église, si elle s’en donne la peine et si elle ose vraiment inventer l’avenir, connaitra un possible rayonnement spirituel. Elle apparaitra comme porteuse d’une espérance et d’une sagesse de vie si seulement elle accepte de se défaire de ses vieux poisons : intégrisme, contrôle et exclusion… L’Église aura un rayonnement possible si elle prend le virage multimédiatique : présence dans la blogosphère, présence compétente et bien formée dans le monde des communications en général. Des personnes assoiffées de spiritualité iront puiser dans ces média et dans des points de rencontre communautaire des éléments pouvant nourrir et soutenir leur vie comme d’ailleurs d’aucuns le font sur le chemin de Compostelle, dans les monastères d’ici et d’ailleurs, dans les ashrams des Indes… L’Église partagera sa compétence spirituelle et évangélique sans chercher nécessairement le contrôle rassurant de ces personnes en quête de sens et de spiritualité ou encore d’espérance en une vie impérissable. Et ces cheminements se feront occasionnels lors de naissances, de mariages, de funérailles et autres étapes significatives de la vie. L’Église apportera le service du sens à ces personnes désireuses de vivre spirituellement les grands virages de la vie .

Dans ce monde pluraliste aux engagements éphémères, l’Église offrira des parcours spirituels, accompagnera en îlots des groupes de cheminement de foi, et elle apportera par le témoignage de petites communautés de base, le message toujours inédit de l’Évangile capable d’être comme un levain enfoui dans la pâte et qui donne toute sa force de croissance. L’Église a donc un avenir ici au Québec, un avenir tout à fait inédit. Un avenir à inventer courageusement en luttant contre toutes tentations de vouloir faire COMME AVANT alors qu’il lui est demandé de faire COMME APRÈS. D’ailleurs, c’est ce qu’ont osé faire les apôtres comme Pierre et Paul et leurs collaborateurs qui ont accepté de quitter les vieux murs rassurants de Jérusalem pour prendre les bateaux capables de les porter aux confins de l’Empire romain pour y faire connaitre la Parole du Christ. Aurons-nous le même courage, la même audace!

Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,

Diocèse de Joliette, QC.

Une Église... pour quel règne?

2 septembre 2010

L’évangéliste Marc, nous présente au début de son évangile, un drame en cinq actes où le sort de Jésus semble scellé à jamais! Ce drame se joue tous les jours sur toutes les scènes du monde où se joue le drame du pouvoir. Ce drame se jouait au temps de Jésus, il se continue encore au sein de l’Église d’aujourd’hui. Marc met en scène les acteurs de ce drame d’abord : Jésus, la foule, les disciples et les tenants du pouvoir religieux de son temps.

Au premier acte, les tenants du pouvoir religieux, s’opposent à Jésus ( MC 2,1-12) qui vient de remettre les péchés à un grabataire porté par quatre hommes qui n’ont rien à leur épreuve puisqu’ils ont osé défaire le toit de la maison de Simon-Pierre à Capharnaüm pour arriver à leur but! Défaire le toit de la maison de Simon-Pierre c’est poser là un geste énormément symbolique puisque cette maison annonce déjà la maison de l’Église! Les tenants du pouvoir religieux, les scribes, crient au blasphème! Serait-ce que leur Dieu, celui qu’ils tentent de contrôler, serait différent par sa pratique du pouvoir. Serait-ce que Jésus leur présente un Dieu dont le pouvoir est pour l’homme, pour sa libération!

Au deuxième acte, Marc nous présente l’appel de Lévi ( 2,15-17) un homme dont le métier fait de lui un pécheur officiel car il est dans une situation où il ne peut respecter la loi! Pour les tenants du pouvoir religieux ou les hommes de Dieu, c’est Dieu seul qui pardonne, mais de fait, ce Dieu ne pardonne pas vraiment, il constate et déclare les impuretés officielles. L’Homme doit donc se tenir en règle devant ce Dieu qui assoit son règne par la Loi. Devant les pécheurs, il y a aussi Jésus qui prolonge le pouvoir du Dieu réel, celui de la révélation évangélique, vers les pécheurs appelés et par-donnés, rejoints et re-créés. Jésus révèle donc un règne de Dieu tout autre : un règne de vie pour l’Homme! Fini le temps des exécutants de la Loi et fini le temps des machines à mérites! Un nouveau RÈGNE arrive : un règne pour l’Homme!

Au troisième acte, Marc nous présente Jésus annonçant par la parabole des outres, la nouvelle pratique de vie ( 2, 18-22). Le jeûne et toutes les pratiques religieuses ne doivent plus fonctionner comme un en-soi et par souci de conformité sociale. Jésus nous propose une nouvelle pratique de vie : vivre l’alliance avec l’Époux! La pratique de vie ne vise plus le faire-valoir devant un Dieu de la rétribution mais cette pratique vise plutôt l’accueil de la venue de l’Époux! Il y a donc une rupture radicale : on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres! Et c’est là le drame de l’Église d’aujourd’hui! Au lieu de vivre l’audace de la foi évangélique, elle se raidit dans des projets de restauration où on tente de maintenir un pouvoir religieux! Nous visons alors quel règne : celui d’un système sur lequel on maintient un contrôle ou celui du Royaume?

Au quatrième acte, Marc nous présente l’épisode des épis arrachés (2,23-28). Quel drame pour la religion que d’oser arracher des épis de blé pour manger le jour du sabbat! Franchir le seuil du permis et du défendu c’est secouer les piliers de la religion et c’est secouer par le fait même le pouvoir de la religion sur l’homme! À ce pouvoir desservi par les hommes du système religieux, Jésus oppose un autre pouvoir : UN POUVOIR POUR L’HOMME! En déclarant que le sabbat est pour l’homme et non pas l’inverse, Jésus affirme la nouveauté de sa pratique : faire advenir le Règne de Dieu, un règne pour l’homme, pour sa libération!

Au cinquième acte, le drame va connaitre son paroxysme. Marc met en scène Jésus, dans la synagogue, le cœur même de la religion et du système, un lieu contrôlé par les tenants du pouvoir, et devant Jésus, un homme à la main paralysée : (3,1-6). La main, c’est le symbole de la dignité humaine : main du travail, main de la tendresse, main de la communion : cet homme est donc le prototype de tous les hommes paralysés dans différents enfermements. Or Jésus va le libérer un jour de sabbat et cela au cœur de la synagogue! Mais quelle audace! Audace mortifère pour Jésus mais libératrice pour cet homme. Jésus, navré par l’endurcissement de leur cœur, jette un regard de colère sur tous ses opposants nous dit la version TOB de la Bible comme ce jour-là devant les vendeurs du temple! Dans cette synagogue, se joue l’ultime scène d’un pouvoir confronté à l’autre pouvoir : celui du pouvoir révélé par Jésus, ce pouvoir pour l’homme et celui à qui tiennent les hommes de Dieu, le pouvoir sur l’homme! Marc nous dit qu’au sortir de la synagogue, le sort du prophète Jésus était scellé par l’accord des tenants du pouvoir religieux : les pharisiens et les Hérodiens tiennent conseil pour éliminer Jésus afin de pouvoir conserver leur pouvoir et les gains escomptés!

Le drame en cinq actes se termine par cette fin de non-recevoir des hommes qui tiennent à leur pouvoir au nom de Dieu dont ils se servent pour se couvrir. Accueillir le pouvoir de Dieu, l’exercer pour la libération du monde, voilà donc comment faire avancer le Règne de Dieu : et le Règne de Dieu, c’est la gloire de l’Homme! Et alors notre Église, elle travaille pour quel règne? Son règne ou le règne de Dieu qui avance quand progresse la libération de l’homme par l’avancement de ses droits?

-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,

Diocèse de Joliette, QC.