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Dieu: absent ou réduit au silence?

Aujourd’hui, on a l’impression que Dieu se fait absent ou encore qu’il est réduit au silence par notre société laïque. Avant, le monde trouvait son sens, ses explications en sa présence. Aujourd’hui, on se sent libéré de lui ou orphelin. Cependant nous sommes toujours aux prises avec les mêmes questions devant les drames humains de la violence, des injustices, de la souffrance des innocents et de la mort. Longtemps on a valorisé la souffrance, on l’a même exaltée en en faisant un moteur de Salut par sa valeur de mérite et de compensation prétendue. On pratiquait un certain dolorisme qui a eu pour effet d’engendrer un athéisme réactionnaire. En valorisant le rôle compensatoire allégué à la souffrance, on en est venu à oublier la beauté et la bonté de la vie. En opposition à ce dolorisme chrétien, l’athéisme s’est servi de la problématique du mal et de la souffrance pour rejeter Dieu en le rendant coupable de tout ce gâchis. Je pense ici à la révolte d’Albert Camus devant la souffrance des enfants innocents. Il est vrai qu’une certaine théologie de la satisfaction ait pu engendrer un tel athéisme, réaction tout à fait normale.

Pourrait-il exister une troisième voie entre le dolorisme chrétien et l’athéisme? Poser la question c’est un peu lui répondre! Je l’appellerais la VOIE DE L’ACCEPTATION. Notre réalité humaine est NATURELLEMENT précaire et fragile, naturellement mortelle, naturellement exposée aux conditions normales de la vie : naitre, vivre, vieillir et mourir. Devant cette réalité, il n’y a aucune exaltation doloriste possible devant la souffrance, ni révolte athée justifiable, il y a place pour l’ACCEPTATION de la réalité humaine. Devant cette réalité de la précarité humaine, le défi consiste à se servir des contraintes de l’existence comme des tremplins vers une plus grande humanisation et une plus grande divinisation de l’être humain.

Quand on a accepté que dans la vie TOUT EST DON ET QUE RIEN N’EST DÛ, on découvre alors que Dieu crée dans la fragilité du non Dieu, car il crée dans l’amour et quand il crée dans l’amour, il crée forcément du non Dieu sinon Dieu serait Narcisse et non Amour. Alors si Dieu existe, il se fait discret et absent pour nous laisser en pleine souveraineté sur notre monde créé. Cependant, tout en étant discret, il n’est pas forcément distrait de ce monde, ni réduit au silence devant les drames de ce monde. Il se fait présent à ce monde par la présence de son Esprit et cette présence se fait ENGLOBANCE et PREVENANCE ou encore PROVIDENCE mais non GÉRANCE. Le mal est à la fois naturel et inhérent à la structure et à la nature de ce monde. Le mal qui fait mal est le mal moral, le mal dû à l’intention malveillante ou violente. Le mal naturel ou inhérent à la vie en ce monde et la souffrance qu’il génère n’ont aucune valeur ni exigence compensatrice de Dieu pour que nous méritions ses faveurs. Malheureusement, dans le passé, il nous est arrivé d’accuser l’homme devant le drame du mal afin de sauver Dieu de cette même accusation. Le mal des innocents devait à la limite être porteur de salut pour les autres coupables. L’essence même du christianisme est d’arrêter la souffrance, c’est de la combattre par la science ou par tout autre moyen, c’est d’arrêter la glorification de la mort vue comme hautement porteuse de valeur compensatrice. C’est par cette glorification qu’on en arrive aujourd’hui à légitimer les engagements des kamikazes. Si le martyr a une valeur, il faut la trouver du côté de sa portée hautement révélatrice de foi et d’engagement prophétique de sa foi. Enfin, il est temps que nous cessions de penser qu’il faut de la violence pour que les choses fonctionnent et qu’il y ait Salut!

Il y a rédemption ou rachat du monde quand nous transformons les violences, les souffrances, la mort en occasion de libération, de lutte pour plus de vie et de pardon. Il s’agit en ce cas d’endosser la pratique de Jésus en vue de partager sa gloire, celle de Pâques. Toute notre vie est lutte et dépassement vers le Salut. Dieu se tait, se fait silence ou discrétion mais il s’est fait Parole dans l’Histoire. Sa Parole nous apprend qu’il veut que l’homme évolue et se transforme en transformant les moments de mal et de mort en occasion de relèvement, de dépassement et de vie. Il nous inspire la patience, l’amour, la liberté et parfois l’indignation du prophète ou de l’intervenant social. Les fruits de son Esprit nous provoquent à produire des fruits de salut pour notre monde. En Jésus, Dieu s’est fait humain, visible et proche de ce monde, il s’est fait partenaire et époux de ce monde. Je me rappelle ici ce beau passage du livre de Sophonie : Ne crains pas, ô mon peuple, le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui le héros qui t’apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour, il dansera de joie comme aux jours de noces.(Soph.3,16-18)

Dieu se fait amour et allégresse devant la beauté de sa création et de l’humanité à qui il déclare son amour conjugal. Mais il se fait aussi colère à ses heures! Ici je pense à la parabole du jugement dernier que nous retrouvons en Mtt.25,31-46. Cette parabole nous rappelle qu’on ne peut passer impunément à côté de la souffrance humaine. La colère de Dieu nous rappelle qu’il n’y a aucune connivence entre le mal et lui. Pour lui le mal n’est objet de salut ni outil de compensation rédemptrice. Cette parabole du jugement dernier nous rappelle qu’il y a incompatibilité de Dieu devant le mal, la colère de Dieu exprime son intolérance devant tout ce qui défigure l’humain. En respectant l’autonomie de ce monde précaire et en respectant la souveraineté de l’homme sur ce monde, Dieu inspire la conduite de ce monde par sa Parole révélée en Jésus-Christ, une Parole qui engage une pratique de transformation de ce monde par la force rayonnante de l’amour. Quand Dieu lutte contre le mal, il le fait par les outils de l’amour : il détruit le mal et les forces de mort mais il sauve l’homme, il détruit le mal mais il pardonne aux pécheurs. Dieu crée une distance entre le péché qui détruit et qui engendre la souffrance et la mort et le pécheur qui est pris à ce piège du mal. Dieu se tait, se fait absent de ce monde? Non Dieu est présent à ce monde dans la discrétion de l’amour rédempteur, un amour révélateur de pardon, bienveillance et de miséricorde, un amour porteur de SALUT! La pratique de Jésus, sa parole et son engagement jusqu’à la croix nous révèle que toute personne qui marche à sa suite partagera la gloire de sa résurrection et entrera dans le salut annoncé et réalisé.

5 juin 2011

Dieu: une création humaine ?

Chacun ou chacune d’entre nous, nous sommes habités par la question de Dieu, de son existence ou de sa non-existence? Toute notre vie, nous cherchons ses traces dans notre monde, dans notre histoire. Il est impossible de prouver scientifiquement l’existence ou la non-existence de Dieu. Par prouver, j’entends ici prouver scientifiquement! Depuis des siècles, les philosophes ont élaboré des thèses et des preuves de son existence pour expliquer Dieu comme la cause première de toute vie, selon la logique de la filière de la cause et de son effet! Mais cet argument est fallacieux car en effet, si on peut remonter indéfiniment de l’effet à la cause, le monde serait donc éternel. Alors Dieu ne serait donc pas son créateur! Ou encore, le monde aurait commencé par lui-même, au début d’une façon minime et tâtonnante et allant en se complexifiant! En ce cas, nul besoin d’un Dieu créateur!

Devant le monde vivant et complexe, peut-on deviner la présence d’un Être supérieur? Mais en regardant de plus près ce monde, n’en voyons-nous pas aussi toutes les horreurs dans certains mécanismes destructeurs comme les séismes, les dérèglements de tous ordres! Ce monde est-il le fruit d’une pensée organisatrice ou un monde essayant de trouver son chemin vers son accomplissement à travers les tâtonnements aveugles? Le monde avec ses forces de croissance et de diminution affirme-t-il la présence d’un dieu créateur ou en récuse-t-il toute présence? Le croyant ne peut pas prouver l’existence cosmique de Dieu et de plus, sa foi est agressée par la pensée athée qui soutient que Dieu n’est pas créateur mais créature de l’homme! La nature, la santé, la précarité de l’existence de tout vivant échappent douloureusement à notre désir de vie en plénitude, échappant à toute menace de destruction. Alors l’homme s’imagine donc un Dieu tout-puissant que sa prière fera agir en sa faveur! Je cite ici François Varone qui m’a d’ailleurs inspiré cette réflexion sur Dieu : ¨ Tu as peur de ta fragilité, de la mort, tu désires vivre un bonheur sans faille, tu as soif d’être aimé et reconnu pour pouvoir donner sens à ton existence : tu donnes donc consistance à un Dieu dont la Providence veille sur toi! Tu exerces un pouvoir de domination sur les hommes et tu désires le maintenir : alors tu organises une Église qui met les puissants à l’abri du Tout-Puissant, conserve l’ordre dans la soumission hiérarchique et renvoie à plus tard la réalisation maintenant subversive des désirs de l’homme. Dieu est une projection de l’homme, la religion est une aliénation de l’homme, inconsciente ou organisée.¨( in Ce Dieu absent qui fait problème, p.15.) C’est Voltaire qui disait avec humour : ¨ Dieu a créé l’homme à son image et l’homme le lui a bien rendu! ¨ En effet, la critique des penseurs contemporains aura vite démoli les prétentions de l’existence d’un Dieu qui autoriserait les systèmes religieux autoritaires qui prétendent parler en son nom et qui cautionnent des dénis des droits humains…Ces dénis des ayatollahs de ce monde se réclament toujours d’un Dieu maitre de ce monde! Les religieux païens se donneront toujours des dieux prétendus nécessaires à leur précarité.

Alors il apparait désormais plus clair qu’on accède à Dieu non pas par une démarche extérieure soit scientifique ou métaphysique mais par une démarche intérieure, par expérience! Une expérience qui ressemblerait à l’expérience amoureuse. Dieu ne peut être connu que s’il est re-connu. Il se veut absent dans une présence discrète laissant au monde et à l’humanité son autonomie et sa libre auto-détermination. Un genre de souveraineté-association quoi! L’Homme est souverain dans ce monde et Dieu s’associe à lui par une présence de partenariat. Nous sommes donc appelés à parler d’un Dieu créateur qui agit au cœur des règles physiques qui régissent le monde et dans la discrétion de la toute-puissance de son amour. Aujourd’hui, le croyant a le fardeau de la preuve tandis que l’athée autrefois apparaissait comme un être problématique et même vicié!

Dans la pensée païenne, ( une pensée religieuse certes!) le monde s’explique par ce Dieu avec lequel il vaut mieux transiger pour se mettre à l’abri de ses caprices. Dans le régime de la foi chrétienne, celle de l’expérience biblique, il y a une rupture nette! Ce n’est pas l’Homme qui doit faire valoir Dieu pour échapper à ses menaces imaginées comme le soutient la pensée religieuse païenne, mais c’est Dieu qui fait valoir l’homme en l’établissant comme son partenaire dont il n’est ni jaloux ni jugeur, mais allié! Voilà comment pense le croyant chrétien habité par l’expérience de la foi évangélique.

Dans la foi, Dieu se révèle tout autre! Il se fait découvrir tout autre! Il se révèle non pas comme le Dieu bouche-trou qui a réponse à tout, qui contrôle tout et qui mandaterait des contrôleurs mais le Dieu qui se fait reconnaitre comme un Dieu-Amour, en alliance avec le monde et l’humanité pour les conduire à leur plénitude! Un Dieu non pas jaloux et mesquin qui se ferait pingre en amour et en providence, mais un Dieu volontairement absent ou du moins discret, nous conduisant par des approches discrètes vers sa rencontre, vers le partage de sa PLÉNITUDE! Dans la foi, nul n’est besoin d’un Dieu interventionniste. Dieu se fait présent dans une ENGLOBANCE aimante et respectueuse de notre autodétermination et de notre souveraineté sur ce monde.

30 août 2010