On a répété abusivement que la souffrance offerte devenait méritoire et répondait au besoin de satisfaction d’un Dieu offensé qui pardonnerait l’offense d’une façon équivalente à la réparation compensatrice. Une telle conception du monde n’est pas compatible à la vision chrétienne du salut. Dans la vision chrétienne, la souffrance, le mal, ne sont pas la punition liée à la faute originelle mais plutôt signes d’un manque originel de plénitude, de moyens de salut. La souffrance ne revêt pour Dieu aucune valeur de réparation ni de compensation et elle n’est pour Lui aucun outil de punition ni d’avertissement. La souffrance humaine est tout simplement naturelle du fait que nous soyons des êtres vivants soumis à la précarité de tous les êtres vivants en ce monde. Nous connaissons la précarité à la fois dans notre propre chair et également dans ce monde soumis aux forces sismiques et destructrices. Parfois la souffrance trouve sa source dans la personne de l’autre atteint de déviations ou de détresses.
Notre détresse devant la souffrance, la maladie, fait naitre en nous l’insatisfaction et fait surgir en nous la provocation à trouver des moyens de plénitude. La PRÉCARITÉ de notre vie humaine fait naitre en nous la soif d’éternité, le désir de plénitude, de complétude. Sans être voulue ni organisée, ni envoyée par Dieu, la souffrance crée en nous une béance, un espace, un manque qui devient appel et recherche de moyens de salut, de plénitude, de capacité à recevoir la gloire de Dieu. La seule valeur de la souffrance c’est d’être un chemin de foi, d’espérance ou d’aspiration à la plénitude. Quant on a saisi en soi cette insuffisance d’être, on devient alors disponible à la volonté de Dieu de nous engendrer à sa plénitude de vie. La souffrance est alors un TREMPLIN nécessaire pour faire de l’être humain, définitivement , un fils de Dieu, une fille de Dieu. Cette conception de foi vient nous libérer de toutes ces malcroyances et maladresses qui ont engendré tous ces athéismes au cours des siècles.
Le Christ a rencontré comme tout être humain, le drame de la souffrance et il a dû l’assumer tout au long de sa pratique prophétique. Il a endossé pleinement dans sa personne et dans son histoire tout le drame de la précarité humaine. Il a assumé jusqu’au bout et dans la vérité de sa pratique et de ses engagements cette précarité humaine et il est devenu ainsi la Tête d’une humanité restaurée qui va enfin aboutir à la plénitude de son désir de salut et d’éternité. Jésus n’a pas servi de bouc-émissaire pour porter sur ses épaules des souffrances méritoires capables de calmer les exigences réparatrices d’un Dieu mesquin et revanchard mais il s’est laissé engendrer par la pratique d’une foi audacieuse et souvent mise à l’épreuve, à la pleine stature de fils de Dieu dans l’événement de Pâques. Sa résurrection est le signe que sa pratique de foi et de vie est un chemin de plénitude. La mort de Jésus est l’aboutissement normal de tout combat qu’un prophète aucunement protégé doit assumer. Sa mort n’est ni voulue ni exigée par un Dieu qui l’exigerait en sacrifice d’expiation mais elle est le résultat d’une pratique de vie que Dieu authentifie par le sceau de Pâques. La souffrance de Jésus devient donc l’occasion de nous révéler l’amour qu’il nous porte, sa passion pour nous. Et ainsi, nous sommes en mesure de le reconnaitre comme le révélateur du vrai chemin de salut, du passage vers la plénitude. Il nous apprend que toute vie donnée par amour et dans l’amour et dans la fidélité à sa pratique de vie évangélique devient alors une voie où Dieu nous engendre dans la pleine condition de vie divine, dans la condition des ressuscités, des recréés, des relevés!
Un jour ou l’autre, nous sommes comme l’âne tombé au fond du puits et qui crie son drame à tue-tête. Le propriétaire entendant gémir son âne au fond du puits, se dit alors :¨ Ce puits à sec, il faut de toute façon le remplir mais quant à s’épuiser à sauver cette vieille bourrique…¨ Le fermier décide donc de combler ce puits aidé de ses voisins. Avec les premières pelletées, l’âne gémit et crie et ensuite…plus rien. Étonné, le fermier s’approche de la margelle… et n’en croit pas ses yeux. À chaque motte qui s’abat sur son dos, l’âne se secoue pour faire tomber la terre … avant de monter dessus et d’attendre la suivante! Tant et si bien qu’il s’approche peu à peu de la surface. Et s’ échappe enfin joyeusement de ce tombeau improvisé, à la stupéfaction de tous. Devant le drame de la précarité humaine, nous sommes appelés à transformer nos pertes, nos souffrances, nos drames… en autant d’occasions de dépassements, de gains, de croissance, de relèvement et de résurrection en marchant dans les pas du Christ qui nous a montré le chemin de la vie. La souffrance : un appel à devenir plus vivant!
-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé.
-Diocèse de Joliette, QC.
P.S. : Je remercie François Varone, théologien suisse, pour sa précieuse inspiration : cf : ¨Ce Dieu censé aimer la souffrance.¨