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La prière de Jésus ou du nom de Jésus est très ancienne dans l’histoire de l’Église. Comment pourrait-on la définir? Cette forme de prière est un appel à la médiation et à l’intercession du Christ; elle est une réalisation de sa présence; elle est une offrande sacrificielle de louange; elle est partage de la joie et de la puissance de la Résurrection; elle est accueil de l’effusion de l’Esprit-Saint et enfin un outil de transformation spirituelle et de transfiguration des personnes. C’est en lisant les RÉCITS DU PÈLERIN que j’ai découvert pour ma part la prière de Jésus. Et depuis vingt ans, à la suite du conférence spirituelle donnée par le P. Lucien Coutu, la pratique de la prière de Jésus s’est installée à demeure dans ma vie spirituelle. Tous les jours, je reprends à maintes reprises, la longue suite de l’invocation de la prière de Jésus :«SEIGNEUR JÉSUS CHRIST, FILS DU DIEU VIVANT, PRENDS PITIÉ DE MOI PAUVRE PÉCHEUR!» Utilisant un chapelet dit byzantin contenant cent grains, la prière du nom de Jésus consiste à reprendre inlassablement l’invocation, tel un mantra, créant ainsi en soi un état de prière! Pour y arriver à goûter spirituellement cette prière, il est donc nécessaire de prendre le temps de se rompre à cette discipline spirituelle. La prière de Jésus a ses sources dans le Nouveau Testament mais des réminiscences vétérotestamentaires viennent donner à cette prière, des racines très anciennes. En effet, dans l’Ancien Testament, le nom de Iahveh, comme sa parole, était comme une entité distincte de la personne même de Dieu-Iahveh. Dans le livre des Psaumes, le nom divin devient comme un refuge, une puissance de vie. Dans le Nouveau Testament, en Lc 1,31, l’Ange révèle à Marie le nom que portera le fils annoncé : JÉSUS (SALUT DE IAHVEH). Trois textes du Nouveau Testament expriment à merveille la vénération du nom de Jésus : «Dieu lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, afin que, au nom de Jésus, tout genou fléchisse, dans le ciel, sur la terre et sous la terre.» ( Phi 2,9-10); «Il n’est pas sous le ciel d’autre nom donné parmi les hommes par lequel on puisse être sauvé.» ( Ac. 4,12 ); et enfin: «Jusqu’ici vous n’avez rien demandé en mon nom…Tout ce que vous demanderez en mon nom, il vous l’accordera.»( Jn 16, 23-24 ). Le livre des Actes des Apôtres pourrait être appelé l’Évangile du Nom de Jésus tant les références à la puissance de ce nom sont nombreuses. Ces quelques réminiscences bibliques nous aideront à considérer le nom de Jésus comme une puissance de salut et de vie. Dans le PASTEUR d’Hermas ( vers 150 P.C.) l’auteur écrit que pour l’homme «recevoir le nom du Fils de Dieu, c’est échapper à la mort et se livrer à la vie». Il écrit également : «Nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu si ce n’est par le nom du Fils.» Et encore : «Le nom du Fils de Dieu est grand et immense, et c’est lui qui soutient le monde entier.» Ces quelques citations d’Hermas nous font voir une première ébauche de la théologie du nom de Jésus et elles nous font voir comment s’est élaborée la vénération du nom de Jésus. Comme dit l’adage latin : NOMEM EST OMEN, le nom est la personne-en-son-devenir! Chez les Pères grecs et latins, le souci de développer la dévotion au nom de Jésus est constant. Par exemple, l ’évêque Saint Ambroise rappelle que le nom de Jésus était contenu dans Israël comme un parfum dans un vase clos et que maintenant ce vase s’est ouvert pour répandre ce parfum, il y a eu effusion de ce nom ou surabondance de grâce (ex abundantia superfluit quidquid effunditur). Ces quelques références néotestamentaires et patristiques nous amèneront à découvrir comment le nom de Jésus n’était pas seulement un concept, mais surtout une évocation de sa puissance de salut! En conclusion, nous rappellerons quelques données sur la forme et l’usage de la prière de Jésus. Initialement, la prière de Jésus consistait en la simple invocation du seul nom de Jésus, d’où son appellation de PRIÈRE DE JÉSUS. Par la suite, l’invocation s’est développée pour en arriver à la formulation la plus courante maintenant : SEIGNEUR JÉSUS CHRIST, FILS DU DIEU VIVANT, PRENDS PITIÉ DE MOI, PAUVRE PÉCHEUR! Cette prière peut être pratiquée partout, en tout lieu, en tout temps, oralement ou mentalement : il s'agit de laisser le nom imprégner silencieusement notre cœur. Cette prière de Jésus sera chez certains épisodique dans leur cheminement spirituel, pour d’autres, elle deviendra une méthode de prière. On ne choisit pas la prière de Jésus, on y est appelé et conduit par le Seigneur. Le nom de Jésus, devenu le centre d’une vie, rassemble et unifie tout. «Il devient une ascèse, un filtre au travers duquel ne doivent passer que les pensées, les paroles, les actes compatibles avec la divine et vivante réalité que ce nom symbolise. La croissance du nom dans notre âme implique une décroissance correspondante du moi séparé, la mort quotidienne à l’égoïsme dont tout péché découle.» ( La prière de Jésus, p. 76, coll. Livre de vie, auteur anonyme.) La prière de Jésus s’approfondit au cours de l’usage prolongé pour devenir adoration et présence éprouvée du Sauveur et mystère du salut. Ce nom de Jésus invoqué devient source de paix et de pardon. Le nom de Jésus est un moyen de revêtir le Christ, de grandir en son union, d’incarner dans nos vies sa Parole et sa plénitude qui remplit tout en tous. La prière du nom de Jésus est une méthode de transfiguration : prononcé en nous, il nous aide à transfigurer le monde en Jésus. La prière du nom de Jésus nous conduit donc à exercer un ministère de transfiguration et de résurrection pour notre monde. La prière du nom de Jésus est source de communion ecclésiale, car en elle, nous rencontrons toutes personnes qui sont unies au Seigneur. En ce nom nous pouvons enclore toutes personnes aimées du Seigneur : celles qui partagent nos vies et celles également qui sont déjà parties à la rencontre du Seigneur car la résurrection du Christ est déjà la résurrection et la vie de tous les baptisés appartenant au corps du Christ, à l’Église donc. La prière de Jésus peut devenir une sorte d’Eucharistie : notre cœur en prière devient cette chambre haute où Jésus mange sa Pâque et où la Cène purement spirituelle peut être renouvelée constamment, l’invocation du nom devient une offrande de louange, une eucharistie, une communion spirituelle et une anticipation de la célébration sacramentelle du pain de vie. Le pain et le nom sont sources de salut et nourriture spirituelle. L’invocation du nom de Jésus si fréquente dans les Actes des Apôtres nous rappelle que cette invocation est indissociable de l’effusion et de l’action de l’Esprit Saint au sein de notre monde. En prononçant le nom de Jésus, nous nous rappellerons sans cesse de la remise que Jésus a faite de sa vie à ce souffle divin, à cette puissance de vie. Prononcer le nom de Jésus c’est prononcer la Parole, le Verbe qui était près de Dieu, en Dieu et que Dieu prononce constamment comme signe de salut pour le monde. Le Père et moi, nous sommes uns! Prononcer le nom de Jésus, c’est être en communion avec le Père et admirer le don qui est au-dessus de tout don possible, Jésus lui-même. Prononcer le nom de Jésus, c’est joindre le Fils au Père et entrevoir quelque reflet de leur unité et par le fait même, avoir accès au cœur du Père. Le nom de Jésus devient porteur du Christ total et nous introduit à sa présence totale : l’invocation du nom de Jésus nous ouvre au salut, au pardon, à l’incarnation et à la transfiguration, à l’Église et l’Eucharistie, à l’Esprit et au Père. Toutes choses sont réunies dans le Christ (c.f. Eph.1,10) Le nom est le support de la présence du Christ dans nos vies et son invocation nous conduira finalement à la pleine communion de sa Présence, de sa Personne. En terminant, puissions-nous vivre ce bonheur d’être ce vase choisi pour porter le nom de Jésus comme le Seigneur l’a dit un jour à l’apôtre Paul ( Act. 9,15 ). Comme il est étonnant de constater la profonde corrélation entre la prière de Jésus et la vénération des icônes du Christ. Il y a là toute une piste à découvrir. PIERRE-GERVAIS MAJEAU, PTRE-CURÉ. (DIOCÈSE DE JOLIETTE). |
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