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Il y a urgence maintenant de reformuler notre foi chrétienne pour favoriser un christianisme propre à la culture et au contexte de ce siècle-ci. On accuse souvent notre Église québécoise d’être mi-figue mi-raisin, en présentant un christianisme relativiste au plan éthique et doctrinal, favorisant un humanisme gentil et vidé de son sel évangélique. Est-ce si vrai que cela? Au contraire, notre Église serait-elle devenue un chantier d’Église postconciliaire, établissant les structures d’un christianisme culturellement ajusté à son terreau humain? En vérité, notre Église serait-elle à la croisée des chemins du relativisme éthique, spirituel, philosophique et de l’absolutisme dont font preuve certains dirigeants de l’Église quand ils se prétendent les propriétaires de la foi et les possesseurs de l’appareil ecclésial? Notre Église serait-elle l’Église d’une seule théologie, néoscolastique pour ne pas la nommer! Notre Église pourrait-elle être une Église ouverte à une pensée théologique plurielle. Sa christologie pourrait-elle devenir une théologie du Ressuscité parcourant les Galilée de notre monde actuel et non pas seulement une christologie dite ¨d’en-haut¨, répétant les dogmes élaborés en milieu grec et latin des premiers siècles de l’Église, une christologie élaborée lors des conciles de Nicée et Chalcédoine et alii. Notre Église québécoise tablait beaucoup sur le travail collégial de ses évêques. Ce projet de collégialité a été mis à rude épreuve par l’archevêque devenu préfet de la Congrégation des Évêques du fait de ses engagements à contre-courant dans des dossiers tels que le cours ECR et la question (civile?) du mariage gay. Notre Église d’ici se veut inclusive et tout en développant une pastorale conjugale fort pertinente depuis ces dernières trente années, elle tente de se faire accueillante aux personnes quelle que soit leur orientation amoureuse et sexuelle. Pourquoi tant insister sur la différence sexuelle? Pour éviter tout relativisme éthique mais aussi pour justifier et intensifier le rejet, l’ostracisme des personnes qui vivent des engagements amoureux plus minoritaires? Qu’est-ce qui est le plus évangélique en fin de compte? Est-il possible que le discernement de ce que dit l’Esprit aux Églises soit garanti par le consensus ecclésial plutôt que par la prétention d’un seul? Il y a en effet urgence de développer une pratique ecclésiale, une pratique de vie chrétienne qui soit propre à la culture d’ici et pour ce siècle d’ici. Une façon inédite de traduire les traces du Ressuscité dans le terreau humain de ce temps et de ce lieu. Comme Église, nous sommes appelés à aimer ce monde déjà sauvé. Sauvé de toute non-signifiance puisque voué à la plénitude, à l’achèvement dont parle l’apôtre Paul. Et notre monde est une terre de Galilée où nous trouvons le Ressuscité en plein travail de résurrection, de transformation spirituelle de ce monde. Y croyons-nous vraiment? Le Ressuscité travaille aujourd’hui dans les paramètres contemporains comme jadis il travaillait dans la société gréco-romaine au temps des Pères de l’Église. Comme Église, nous révélons le règne de Dieu qui s’établit dans ce monde aimé de Dieu et qui est le siège de son projet d’alliance et de salut voire de plénitude. Engendrer dans la foi, c’est avant tout engendrer dans l’amour sinon, il ne saurait exister d’évangélisation. Évangéliser, ce ne n’est pas plaquer la Parole sur le réel de la vie mais révéler la Parole qui nomme en des mots de salut, le réel de la vie. Dans ce monde d’ici et d’aujourd’hui, nous sommes appelés à développer une pratique de vie, une réflexion éthique, philosophique et théologique qui soit marquée du sceau de la foi évangélique. Il ne s’agit pas de poser un vernis d’Évangile sur des systèmes philosophiques, théologiques néoscolastiques ni de projeter sur notre réalité contemporaine des modèles, des paradigmes d’un autre âge, mais de structurer une théologie, une spiritualité, une pratique de vie chrétienne propre à nos valeurs contemporaines. Il y a urgence à réconcilier notre Église avec notre monde d’aujourd’hui si fier de ses valeurs et de sa pensée scientifique et pragmatique. Si, à l’époque scolastique, la philosophie était la servante de la théologie, la science pourrait très bien devenir la servante de la théologie lui apportant toute information capable de la libérer de ses illusions. C’est ce monde réel qui est objet de la bienveillance du Père, ce Père qui prodigue à ce monde son salut et sa plénitude sans se laisser piéger par des préjugés d’un autre âge. Et dans ce monde qui espère de toutes ses entrailles la Parole de salut et de plénitude, il faut apporter des réponses déverrouillées concernant les problématiques éthiques ( fécondations in vitro, régulation chimique de la fécondité, etc), les problématiques ministérielles au sein de l’Église (célibat, ministères féminins, etc), les problématiques magistérielles ( collégialité épiscopale, infaillibilité…etc). Notre Église doit déverrouiller la parole, remiser ses méthodes et ses menaces inquisitoriales, elle doit cesser de contrôler l’Esprit qui parle à l’Église. CE n’est pas l’Église qui parle à l’Esprit pour le contrôler et endiguer son souffle de Pentecôte! L’Église doit quitter toutes tentations d’absolutisme dans sa gouverne, dans son magistère, dans sa pastorale, dans sa pratique de la vérité dont elle n’est pas la propriétaire. Notre Église doit redécouvrir les charismes des Églises sœurs et s’en émerveiller, elle doit se réjouir de l’avancement des droits humains comme étant des signes de l’avancement du Royaume, elle doit aussi accepter de se faire évangéliser par ce monde en alliance avec Dieu ( évangélisation à rebours!) Ces propositions seraient-elles relativistes ou prophétiques? Et devant le projet illusoire de la RESTAURATION antéconciliaire en cours menée par les instances du gouvernement de l’Église universelle, les chrétiens doivent entrer en RÉSISTANCE courageusement comme des François d’Assise et des Catherine de Sienne à leur époque ou bien il y aura une vague de démobilisation et de démission sans précédent dont nous en voyons déjà les signes avant-coureurs. Que devons-nous faire? Résister avant qu’il ne soit trop tard! Résister dans la FIDÉLITÉ à l’Évangile, au Christ et à sa pratique de vie prophétique. FIDÉLITÉ à ce que l’Esprit dit aux Églises. La réponse est en toi. La réponse est en nous. Ni relativisme….ni absolutisme, mais fidélité! Pierre-Gervais Majeau ptre, Forum André-Naud. |
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