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Pardonner: naïveté ou sagesse ?
Réflexion inspirée du livre
de Jean Montbourquette sur le pardon

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Le pardon n’a pas bonne presse, nous n’en connaissons à vrai dire souvent que des caricatures. Et si le pardon était plus que ce que nous en avons appris jusqu’à maintenant! En effet, pardonner ne veut pas dire qu’il faille oublier nécessairement la blessure subie ni la personne qui nous a causé cette blessure. Nous n’avons pas le contrôle de notre mémoire et c’est tant mieux! Car il est sage parfois de ne pas oublier tout en tentant de pardonner : ça nous évite certaines naïvetés! Le pardon est souvent confondu avec l’excuse! Excuser l’autre facilement pourrait vouloir dire deux choses : ou bien l’offenseur n’est pas responsable de ses actes ou bien moi, je n’ai que peu de valeur et il est acceptable donc qu’on me diminue! Ce serait rêver en couleur et faire preuve de naïveté que de penser que pardonner signifierait obligatoirement qu’on doive se réconcilier. Parfois, il est sage de pardonner mais de ne pas se réconcilier ou de reprendre une relation avec l’ autre en pensant que désormais tout sera comme avant. Il serait plus sage de penser qu’après le pardon, tout désormais sera comme après le pardon! Pardonner ne veut pas dire qu’on tolèrerait des situations d’injustices qui nous seraient imposées! Avant d’amorcer des stratégies de pardon, il est essentiel de régler les questions de justice et de droit à tout prix! Pardonner est comme un fruit que l’on cueille en temps voulu, pardonner n’est pas un coup de volonté, mais un coup de cœur…..pour soi! Pour prendre soin de soi!

Tenter une définition du pardon n’est donc pas facile mais cette définition pourrait ressembler à la suivante : pardonner, c’est une démarche plus ou moins longue qui commence par la volonté de pardonner et qui se poursuit dans la détente de laisser aller la faute de l’autre hors de soi! C’est donc redevenir harmonieux après le stress de l’offense subie! C’est arracher les racines du mal plantées en soi par le geste de l’offenseur! Le pardon est donc une guérison, une libération de soi!

Le pardon est donc une démarche de guérison intérieure qui peut se vivre sur une longue période de temps. D’abord il s’agit de faire cesser les actes offensants et décider de ne pas se venger. Tout un défi! Ensuite, il faut reconnaitre sa blessure en évitant de la refouler ou de la nier et la partager avec des aidants pour en faire la véritable évaluation afin de vivre le vrai deuil de la perte subie! Si nous ressentons de la colère et de la vengeance à la suite d’une agression, que ces sentiments nous servent alors de provocations et d’appels à prendre soin de soi parce que nous en valons la peine! Pour arriver à pardonner, il est nécessaire alors de se trouver digne de pardon, digne de soin. Il importe donc que notre estime de soi soit bonne car elle est notre planche de salut pour vivre un pardon libérant! Le but du pardon est de faire en sorte que notre blessure subie devienne une occasion de dépassement et de croissance intérieure. La sagesse nous apprend l’art de transformer nos pertes en gain, en occasion de croissance. Il n’est pas bon de s’acharner à pardonner; le pardon viendra en son temps après une longue période de cheminement et de lâcher-prise! Pour arriver à vivre le pardon, il est important de désirer vivre cette libération, cette guérison comme une chance, une grâce pour soi! L’autre, l’offenseur ne sera que le bénéficiaire secondaire du pardon. Si j’ose comprendre cet offenseur, j’en arriverai peut-être à découvrir une personne souffrante qui fait souffrir l’autre à cause de sa propre désespérance!

Finalement, après avoir vécu le pardon en toutes ses étapes. Nous aurons alors la possibilité de reprendre ou de ne pas reprendre la relation avec la personne offensante. Notre sagesse nous aidera à discerner ce qui est le plus sage de faire. Car pardonner ne veut pas dire qu’on doive reprendre nécessairement la relation avec l’autre. On la reprendra cette relation uniquement si cela est jugé bon pour soi! Et si on reprend cette relation, il importe de tenir compte de l’offense subie pour réajuster la relation renouvelée. Le pardon est un outil de guérison de soi et pour soi. C’est pour cette raison que le pardon est au cœur de la prédication du Christ : ¨ Je ne te dis pas que tu dois pardonner sept fois, mais soixante-dix-sept fois sept fois!¨ Donc que ton pardon soit large car il est signe que tu prends soin de toi!

-Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,

Diocèse de Joliette, QC.