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| Dans la langue de la Bible, l’hébreu, le mot MASHAL ( משל ) peut se traduire par parabole, allégorie, énigme, fable… Cela explique que ces petites histoires ont toujours eu la cote à travers les âges et ont fait les délices des philosophes et des palabreurs. Il en est ainsi encore de nos jours, tout le monde est friand de paraboles car ces petites histoires sont de véritables traités de sagesse résumés par quelques symboles. | ||||||||||||||
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LA PARABOLE DE LA HACHE D'OR Un bûcheron coupait du bois dans une forêt sur le bord de la rivière. Soudain il échappa sa hache dans les eaux profondes de la rivière. Dans le désespoir où il se vit après cette perte douloureuse, ne sachant à quel saint se vouer, il s’assit donc sur le rivage et il se mit à pleurer amèrement. Mercure, le dieu des voyageurs qui s’adonnait à passer par là, l’aperçut et eut compassion de son désarroi, et ayant appris le motif de sa peine, il lui montra une hache d’or et lui demanda si c’était la sienne. Le bûcheron lui répondit sincèrement qu’elle ne lui appartenait pas. Alors Mercure lui en montra une d’argent, et lui demanda si c’était la sienne. Et le bûcheron lui répondit qu’elle ne lui appartenait pas. Enfin, Mercure lui en montra une emmanchée de bois, et le bûcheron lui dit que celle-là lui appartenait vraiment. Le dieu des voyageurs fut touché de la bonne foi et de la probité de ce bûcheron et lui donna les trois haches. Le bûcheron raconta à ses compagnons l’aventure qu’il venait de vivre. L’un d’eux résolut donc de tenter la même fortune, il alla donc sur le bord de la rivière, laissa intentionnellement tomber sa hache dans les eaux profondes du courant. Par la suite, il s’assit sur le bord de la rivière et jetait de grands cris de douleur. Mercure se présenta alors devant lui et ayant appris la cause de ses larmes, il plongea donc dans la rivière et après avoir retiré une hache d’or, il lui demanda si c’était bien celle qu’il avait perdue. Cet homme rempli de joie, lui dit que c’était bien elle en effet. Mercure irrité de l’hypocrisie de ce personnage, ne lui donna ni la hache d’or, ni même celle qu’il avait jetée tout exprès dans la rivière. (D’après une fable d’Ésope ) Cette parabole illustre bien le parcours de notre vie chrétienne. La hache emmanchée de bois représente notre vocation à l’amour, au don de soi et au service. C’est avec cet outil que jour après jour nous aménageons des espaces de Royaume de Dieu en y établissant un règne aux allures des Béatitudes. Pour être en mesure de travailler à l’établissement de ce règne, nous avons besoin de trois haches, celle d’or ou celle de la foi, celle d’argent ou celle de l’espérance, celle de bois ou celle du service et de l’amour. Ces trois haches nous sont données pour réaliser notre appel baptismal à vivre en prêtre, en prophète et en roi. C’est par la foi, que nous vivons notre fonction de prêtre; c’est par l’espérance que nous exerçons notre mission prophétique et c’est par l’amour que nous construisons le Royaume, réalisant ainsi notre mission royale. Le bûcheron avait découvert que sans la hache de l’amour et du service, sa foi et son espérance se trouvaient désamorcées. Le compagnon qui feignit la perte de sa hache dans les eaux profondes de la rivière représente ces personnes qui tentent de manipuler les enjeux de la foi et de l’espérance pour être en mesure de se servir au lieu de servir. Il arrive que nous ayons ainsi la tentation de vouloir détourner la fonction royale de notre condition de baptisé pour asservir à nos intérêts les personnes qui nous sont confiées. Ou encore de faire en sorte que notre foi et notre espérance aient peu d’incidences sur nos engagements de service et de don de soi ou encore qu’elles deviennent outil de manipulation. Les trois haches sont nécessaires à la réalisation de notre vie de prêtre, de prophète et de roi. Une autre parabole viendra illustrer notre propos. Il s’agit de la parabole du paon et de la pie. Un jour, les oiseaux s’assemblèrent dans le but de s’élire un roi capable de les gouverner. Chaque oiseau, dans le but de se faire valoir devant l’assemblée afin de pouvoir se servir de ses dons pour sa propre promotion, fit donc valoir tout autant qu’il le put les dons reçus de la nature. L’aigle parla de sa force, le coq de son courage, le perroquet de sa mémoire et la pie de son esprit. Mais c’est en vain que les uns et les autres vantèrent devant l’assemblée leurs bonnes qualités. Le discours des uns et des autres ne fut d’aucun avantage. C’est à ce moment que le paon vint à son tour étaler sa belle queue. Dès qu’il parut, les oiseaux de la cour furent charmés par les bigarrures de son plumage, et lui donnèrent leurs voix, sans écouter les doléances de la pie qui soutenait que ce paon n’avait d’autre mérite que celui de sa queue. Mais en vain, tous les oiseaux de cette basse cour proclamèrent roi ce paon prétentieux. ( D’après une fable d’Ésope ) Cette dernière parabole nous fait voir comment c’est dans notre nature de se faire valoir tandis que l’Évangile nous invite à nous mettre au service des uns et des autres non pas pour nous faire valoir mais bien pour réaliser notre appel à suivre le Christ, à se faire disciple en endossant sa pratique de vie et les appels des Béatitudes. Renoncer à soi-même et prendre sa croix pour suivre le Christ cela implique que nous disions non à ses prétentions à se servir pour notre propre valorisation et prendre sa croix signifie encore que nous endossions la pratique prophétique du Christ avec les risques de rejet, de mépris ou d’incompréhension. La parabole de la hache d’or nous rappelle que notre foi et notre espérance doivent se dire dans nos engagements de service. -Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, diocèse de Joliette, QC. |
LA PARABOLE DE LA FEUILLE ET DE LA FLEUR « Hélas! Je dois mourir au matin de mes jours, quand brille le soleil, quand le printemps commence, sans en avoir joui, je sors de l’existence. Et je quitte l’objet de mes jeunes amours, le timide arbrisseau dont j’étais l’espérance! » La blanche fleur, exhalant ainsi sa douleur, arrachée de l’amandier par l’orage, se lamentait ainsi emportée par le caprice des vents. Une feuille de chêne lui dit : « N’accuse pas l’orage qui t’épargne tant de maux, compagnons des vieux jours; mieux vaut mourir en ton jeune âge. Si le Ciel eût prolongé le cours de ta vie, dans sa course fatale, le vent eût détruit ta beauté virginale et quelque ver caché en ton cœur eût souillé la blancheur de ton calice. Tu n’as connu, mourant à peine éclose, ni l’outrage du temps, qui flétrit toute chose, ni les tourments du ver rongeur. Et tu t’éloignes de la terre sans avoir perdu de ta fraîche senteur, emportant avec toi ta beauté tout entière. » Et semblable à la jeune fleur, par sa rapide destinée, l’enfant à qui la mort est donnée à la naissance, conserve tous les biens qu’il reçut du Seigneur. Aux douleurs de la vie arraché dès l’aurore, il délaisse la terre et ses bruits importuns, et loin du monde qu’il ignore, il fuit et s’envole au ciel avec tous ses parfums. ( Une fable d’Anatole de Ségur) Cette parabole de la fleur et de la feuille pose la question de la mort injuste, prématurée, révoltante. Que de fois au cours de l’Histoire, devant ce drame effarant, on a pu dire les choses les plus terribles comme celle-ci : « Dieu est bon mais il permet le mal! » Est-ce donc un Dieu qui aimerait faire sentir sa toute-puissance arbitraire, histoire de nous contrôler par la peur? Un tel discours appartient aux tenants des systèmes religieux de ce monde, il s’apparente au discours de l’Ancien Testament : Dieu mène tout car il gouverne ce monde avec une sagesse impénétrable, celle de sa divine providence. S’il permet des morts d’enfants, c’est dans le but de les faire échapper à certaines souffrances ou perversions. Voilà le langage de ces tenants. Le discours de la foi de l’Évangile est tout autre! Dieu mène tout en son Christ et par le Christ, il mène le monde à la vision de foi sur le monde! L’action de Dieu, sa gouvernance, c’est de faire exister et par la suite, de laisser exister dans la liberté. C’est en cela que consiste sa volonté : sa volonté c’est notre sanctification et le partage de sa plénitude. Dieu laisse faire et livre notre monde et son histoire à ses propres forces internes; dans ce cas, il devient impossible de soutenir qu’il permet certains drames! Sur notre monde, sa « providence » en est une d’inspiration. Il fait exister pour laisser exister. Il ne s’agit donc pas d’une providence d’organisation où Dieu serait le seul acteur réel de l’Histoire. Le drame de la fleur arrachée par le vent de l’orage est fréquent et douloureux mais il appartient à la précarité des mécanismes qui organisent ce monde affranchi de toute tutelle. Assumer ce monde tel quel c’est faire preuve de sagesse et de réalisme. Dans la foi, Dieu est le tout autrement puissant, celui qui peut libérer la liberté de l’homme. On ne parle plus de gouvernement contrôlant mais d’attirance d’un Royaume de liberté, de confiance, de collaboration, de reconnaissance et d’amour. Avec les risques inhérents à la liberté humaine : violence des dominants et écrasement des fragiles et mépris de la liberté. Tout ce qui s’appelle péché ou égarements vers des fausses gloires! Un jour un éteignoir parlait ainsi à la bougie : « Certes, ce monde est heureux de m’avoir pour vous et pour les chandelles, car sans moi, on en verrait des belles! » La bougie, sans daigner s’émouvoir d’un semblable discours, lui répondit : « Je suis, de ma nature, fort blanche, et je produis une clarté bien pure. C’est en nous éteignant que vous nous noircissez : nous éteindre, pour vous, n’est-ce pas donc assez? J’en veux bien convenir, en des mains imprudentes, nous avons pu, parfois, causer quelques malheurs. Mais nous en sommes innocentes, quoi qu’en disent des imposteurs. Et se passer de nous, serait, je vous l’atteste, un mal cent fois encore plus grand et plus funeste. Même devrions-nous, brillant sous d’autres lieux, y causer de nouveau quelque mésaventure; comment croire que Dieu ait fait les yeux de l’homme pour qu’il passe ses jours dans une chambre obscure? » ( Une fable d’Adèle Caldelar ) Cette parabole de la bougie et de l’éteignoir nous trace rapidement les traits du visage de ce monde en évolution, de ce monde livré à l’événement, à la précarité, aux forces de croissance et de diminution. Ce n’est donc qu’indirectement que Dieu a à répondre du mal physique. Dieu livre l’homme à ce monde organique et précaire, pas pour le faire expier ou payer pour ses péchés car le mal physique est naturel mais il permet à l’homme d’accéder à son devenir de fils de Dieu en devenant occasion de croissance et de liberté, de choix. C’est la pédagogie que Dieu a voulue pour que l’homme laissé à lui-même choisisse Dieu et son Règne de plénitude. On pourrait parler ici d’une pédagogie de devenir infini. Quelle joie pour l’homme et pour Dieu quand les risques de la liberté permettent la rencontre dans la plénitude de la Résurrection! La souffrance existe non pas pour punir le péché, mais tout en étant naturellement normale, elle devient le lieu où l’œuvre de Dieu se manifeste en faveur le l’homme. L’Homme est un être de précarité non parce qu’il est la ruine d’un chef d’œuvre déchu et puni mais pour être le chantier d’un être en devenir et d’un être appelé à partager une plénitude. La bougie craint l’éteignoir, la fleur craint le vent violent mais l’homme espère traverser les vents contraires dans son désir de se laisser engendrer par Dieu à sa pleine stature de fils de Dieu. Il y avait un jour un coq très élancé, au plumage irisé, qui se comportait en maître de la basse-cour. Son chant matinal résonnait dans le voisinage et lui valut le surnom de Chanteclair. Ce coq aimait faire le tour de son domaine et ainsi faire valoir ses prétentions auprès des poules. Tandis qu’il était affairé à fouiller dans un tas de détritus, à la recherche de vers ou de graines, il aperçut soudain une pierre précieuse qui se mit à briller en faisant un clin d’œil au soleil. Notre coq l’examina soigneusement et en vint à la conclusion que cette pierre précieuse serait plus utile au bijoutier qu’à lui-même et décida donc de la laisser briller sur ce tas de fumier dans l’espoir que le maitre de ce poulailler la découvrit afin qu’elle lui rapporte un peu d’aisance. Et notre coq passa à une autre bouse. (D’après une fable d’Ésope ) Passons maintenant à cette autre fable d’Ésope, celle du pêcheur et du petit poisson. Un pêcheur avait pris un petit poisson, dont le goût est très prisé, il résolut donc de le faire passer à la poêle. Notre petit poisson, pour se tirer des mains de ce pêcheur, lui fit valoir qu’il devrait plutôt attendre le temps que lui grossisse et le priait instamment de le relâcher, lui promettant de revenir de son plein gré mordre à nouveau à son hameçon au bout d’un certain temps. « Il faudrait que j’eusse perdu l’esprit, répliqua le pêcheur, si me fiais à tes promesses et si sous l’espérance d’un bien futur et incertain, je me privais d’un bien présent et assuré. » Ces deux paraboles nous font voir deux comportements possibles devant la création du monde : on peut vivre en alliance avec ce monde ou en rupture! On peut vivre en harmonie, en prenant ce qui nous est utile ou nécessaire ou on peut vivre en prédateur devant les richesses de ce monde. Le mouvement des indignés, démarré en premier lieu à Madrid, a essaimé un peu partout en ce monde afin de nous interpeler sur notre comportement devant les richesses de ce monde. Ce mouvement des indignés nous fait réaliser avec étonnement qu’à peine 1% contrôle les richesses de ce monde en adoptant des comportements de prédateurs. La crise engendrée par l’exploitation des gaz de schiste nous fait voir encore une fois des comportements en alliance ou en rupture devant les ressources de ce monde. Ces comportements se sont entrecroisés tout au long de l’Histoire. Déjà au livre de la Genèse, on aperçoit le premier couple vivre d’abord en harmonie, en alliance avec ce monde confié à la souveraineté de l’homme. Puis apparait la rupture et la tentation de la prédation dans l’épisode biblique du crime de Caïn. En effet, les frères incarnent dans leur mode de vie, ces comportements d’alliance et de rupture. Sur ce monde confié à la souveraineté de l’homme, Dieu exerce une bienveillance et une aspiration à la plénitude sans toutefois y exercer une mise en tutelle. Par les ressources de la science, l’homme est en mesure de développer davantage ses aptitudes à gouverner ce monde. L’homme est au centre de la création, il lui appartient d’aménager ce monde en établissant avec lui une alliance. Dieu est donc celui qui accompagne l’humanité au cours de son cheminement afin de lui inspirer une route la menant à son accomplissement. À cause d’une conception fixiste du monde, à cause d’un certain fondamentalisme théologique, les rivalités ont été fréquentes entre les scientifiques et certains croyants. Ces questionnements et ces excommunications mutuelles nous semblent bien dépassés aujourd’hui. La science rend l’acte de foi moins naïf et surtout plus responsable. La foi chrétienne a toutes les chances de nous provoquer à vivre en alliance avec la création. Si la science peut nous apporter une vision plus éclairée de ce monde en évolution, si la science peut nous habiliter à faire reculer les maladies, les souffrances de l’humanité et si la science peut nous aider à développer de nouvelles ressources pour le bien-être de l’humanité, il reste cependant qu’elle demeure impuissante à donner à l’humanité cette plénitude à laquelle elle aspire de toutes ses forces. Dans la foi, nous découvrons alors ce projet d’alliance proposé par un Dieu-Père qui respecte notre souveraineté sur ce monde tout en nous inspirant des chemins possibles d’accomplissement ou de plénitude. Les deux paraboles qui ouvraient notre réflexion nous ont fait voir deux comportements possibles : vivre en alliance ou en rupture. Devant les crises environnementales, devant les mouvements des indignés, nous sommes interpelés vivement aujourd’hui. Où sont nos solidarités? Ressemblons-nous au coq ou au pêcheur? Et si nos solidarités et nos engagements reflétaient déjà des comportements d’alliance annonciateurs de cette alliance vécue dans l’intimité d’un Dieu rêvant de partager sa plénitude à l’humanité! - Pierre-Gervais Majeau ptre, diocèse de Joliette, QC. |
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