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| Dans la langue de la Bible, l’hébreu, le mot MASHAL ( משל ) peut se traduire par parabole, allégorie, énigme, fable… Cela explique que ces petites histoires ont toujours eu la cote à travers les âges et ont fait les délices des philosophes et des palabreurs. Il en est ainsi encore de nos jours, tout le monde est friand de paraboles car ces petites histoires sont de véritables traités de sagesse résumés par quelques symboles. | ||||||||||||
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LA PARABOLE DES DEUX AMIS ET DE L’OURS
Deux amis de toujours faisaient route ensemble, par un bel après-midi d’automne, dans la forêt de la Ouareau. Soudain, ils aperçoivent un ours qui vient vers eux, Le premier qui vit l’ours monta rapidement sur un arbre et laissa seul son ami affronté le péril, bien qu’ils soient depuis toujours de grands amis. L’autre compagnon, se souvenant que l’ours a horreur de la viande faisandée, décide de faire le mort en se couchant de tout son long, ne remuant ni pieds ni mains et retenant son haleine. L’ours s’en approcha, flairant son corps, le tournant d’un bord et de l’autre pour enfin approcher sa hure de la bouche et des oreilles de ce compagnon figé de peur. Le tenant pour mort, l’ours décida alors de s’en aller tenter sa chance ailleurs dans la forêt. Les deux amis sentant le danger passé, se remettent donc en route. Celui qui avait trouvé son salut dans les branches de l’arbre demanda alors à son ami ce que l’ours lui avait confié à l’oreille lorsqu’il était couché par terre. L’autre répliqua : « Il m’a dit plusieurs choses qu’il serait inutile ici de répéter, mais ce que j’ai bien retenu, c’est qu’il m’a averti de ne compter jamais parmi mes amis que ceux dont j’aurai éprouvé la fidélité dans ma mauvaise fortune. » ( D’après une fable d’Ésope ) Et que dire également de cette autre parabole. Deux amis passaient ensemble dans des lieux déserts. Ils trouvèrent tout à fait par hasard sur leur chemin un âne seul. Ils commencèrent alors à se disputer entre eux à qui l’aurait, s’imaginant que la fortune leur avait fait ce cadeau inespéré. La querelle s’envenima de telle sorte qu’ils en vinrent aux coups, aucun des deux ne voulant céder à l’autre cet animal de fortune. Tandis qu’ils se disputaient et se frappaient, l’âne s’échappa et courut de toutes ses forces pour disparaitre au plus vite dans le boisé voisin, lassant les deux amis frustrés et divisés. (D’après une fable d’Ésope ) Ces deux paraboles nous posent la question du mal présent dans le cœur de l’homme et au centre de sa vie. D’où vient ce mal? Ce mal est-il naturellement présent dans l’homme. Au début du monde, en était-il ainsi? L’homme a-t-il été créé parfait à l’origine avant de connaitre la déchéance et le mal. La déchéance vient-elle d’un pardon refusé par un Dieu courroucé qui exige compensation et expiation? Ces grandes questions ont marqué notre vision du monde, du mal, de la rédemption du monde. Tandis que les uns voient notre monde comme un projet de création en évolution, ayant un point de lancement et un point d’achèvement; d’autres le voient comme étant créé à l’origine dans un état paradisiaque désormais perdu par suite de la faute d’Adam. Adam a péché et a causé la perte de cet état originel paradisiaque. Ce péché d’Adam en fut de révolte apparenté à celui de Prométhée qui vola à Zeus le feu, attribut divin par excellence. Mais si Adam avait été créé initialement dans un état de perfection, comment alors a-t-il pu pécher? Quelles étaient ses motivations puisqu’il possédait un état originel de plénitude? Ou bien Dieu a tenté Adam pour voir s’il méritait cet état paradisiaque. Dieu était-il donc jaloux de cet Adam, comme s’il était son alter-égo? En péchant, Adam se voit chassé de ce paradis par un Dieu jaloux, incapable de pardon. Le péché accuse alors Adam dans sa révolte ou Dieu dans son incapacité de pardonner à cause de sa jalousie? Cette perte de l’état paradisiaque touche Adam et tous les adams du monde, par génération et par nature, même les enfants non encore capables d’endosser par libre choix, cette condition atavique. Par le péché d’Adam, tout homme est pécheur devant Dieu et livré du même coup à la puissance de Satan, l’anti-Dieu. Surgira donc un second Adam, le Christ, envoyé par Dieu pour réparer l’échec et l’offense infinie faite à Dieu afin de sortir tous les adams de la damnation. Le Christ fera œuvre de rédemption en devenant l’expiateur dont le mérite est infini étant lui-même de nature divine. Seul un fils de Dieu peut souffrir assez pour expier l’offense de l’Adam et satisfaire à la réparation de la faute originelle. Et s’il n’y avait eu la faute, nul besoin alors d’un Christ incarné pour jouer le rôle de l’expiateur. Le mal fait donc exister l’expiateur! Cette conception théologiques des origines ne tient pas la route longtemps et est à la limite blasphématoire pour le Dieu créateur. Les deux paraboles citées en ouverture de ce texte, nous rappellent que l’être humain est depuis ses origines dans un monde en évolution, un monde imparfait naturellement mais appelé vers un achèvement. Au sein de ce monde en évolution, se trouve depuis toujours et en alliance avec un Dieu Créateur bienveillant, provident et respectueux de sa souveraineté, l’Homme créé dans un état nécessiteux de salut par manque de moyens capables de le mener vers la plénitude. Une telle situation originelle n’est pas un état dont on est coupable, on ne saurait donc en être puni. Une telle situation originelle constitue cependant une nécessité absolue de salut. Cette situation n’accuse personne mais elle fait voir un Dieu empressé de se faire partenaire de tous les adams pour les conduire vers la plénitude en leur faisant partager la condition du Fils, le Christ, second Adam, relevé et glorifié pour devenir le prototype de tous les adams désormais promis à la même gloire par la volonté bienveillante du Dieu-Père. Le Christ ouvre la voie du salut en nous précédant et en nous y attirant. Il est le révélateur de ce moyen de salut qui consiste à nous libérer du péché qui est révolte du désir et enfermement désespéré pour vivre en fils de Dieu, en endossant sa pratique de vie évangélique pour nous laisser engendrer à la plénitude de la vie, à la pleine identification au Fils de Dieu, le second Adam. La question de l’origine du mal est sans cesse posée en termes d’accusation et de culpabilité. Poser la question en ces termes c’est s’enfermer dans un cul-de-sac et c’est verser dans la culpabilité. Trouver un coupable pour qu’il y ait expiation! Le Christ nous sort de cette impasse car il nous ouvre un chemin d’engendrement à la plénitude en nous apprenant à transformer la mort en tremplin vers la gloire. Le Christ s’est révélé comme moyen et chemin de salut par sa parole prophétique et sa pratique de vie nous révélant sa passion pour nous engendrer au Royaume. Les paraboles des deux amis et de l’ours et des deux amis et de l’âne auraient pu nous faire désespérer de la condition de l’homme mais au contraire, elles nous ont fait voir la nécessité de salut pour quiconque partage la condition de l’Adam. -Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette,QC. Un jour, un chien était entré dans la cuisine et épiait le maître des lieux qui s’affairait à son art. Profitant d’un moment d’inattention, le chien déroba le cœur du bœuf qui reposait sur la table du cuisinier et partit en toute hâte pour se cacher dans le boisé d’alentour afin de manger à son aise, le fruit de sa rapine. Le cuisinier le voyant prendre la poudre d’escampette après le tour qu’il lui avait joué, dit alors à ce chien astucieux : « Tu me trompes aujourd’hui impunément, mais sois bien persuadé que je t’observerai désormais avec plus de soin, et que je t’empêcherai à l’avenir de me voler; car tu ne m’as pas emporté le cœur, au contraire tu m’en as donné davantage! » Les pertes et la mauvaise fortune ouvrent l’esprit et rendent plus avertis et font que l’homme prend mieux ses précautions pour se garantir des disgrâces qui le menacent. (D’après une fable d’Ésope) La vraie sagesse consiste à transformer nos pertes en gain. Au lieu de subir des injustices, des blessures ou des pertes, il faut réagir, prendre soin de soi et surtout faire cesser les injustices ou les offenses. Par la suite, il est important de faire l’inventaire des pertes ou des dommages subis pour en évaluer la réelle ampleur. Par la suite, nous devons bâtir des stratégies de pardon afin de guérir ses blessures et de sortir plus forts de ces temps d’épreuves. Transformer ses pertes en gains, en occasion de croissance et de dépassement. Beaucoup de personnes n’arrivent pas à rebondir à la suite d’une épreuve, elles subissent et se cantonnent dans un rôle de victimes au lieu de réagir et de rebondir pour devenir plus fortes et plus prévenantes. Il est arrivé dans le passé qu’une certaine interprétation de l’Évangile ait pu valoriser ce rôle de victime qui devait subir des épreuves pour gagner des mérites. L’Évangile nous enseigne à prendre soin de soi, à nous aimer soi-même pour en arriver à aimer les autres. Il est plus évangélique de lutter contre les injustices que de les subir. « Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume de Dieu est à eux » ( Mt 5,10 ) Si ces justes sont persécutés c’est justement parce qu’ils se sont engagés dans des combats pour la justice et c’est à ce titre qu’ils sont déclarés heureux! Ces combats pour la justice doivent cependant être menés avec les outils compatibles à l’enseignement de l’Évangile. Cet enseignement du Christ nous rappelle que la violence, la vengeance ne sont pas des voies acceptables car elles ne font que reproduire les mécanismes du mal. Le chemin du pardon est le seul chemin qui conduise à la réconciliation et à la détente devant les agressions. Le chemin du pardon est un chemin de sagesse car il nous apprend à transformer nos pertes en occasion de croissance. Les pertes, en effet, ouvrent l’esprit et rendent plus avertis comme disait la parabole du cœur volé. Et cette autre parabole. Un homme très riche trouva sur son chemin un trésor de grande valeur. Mais comme tout lui souriait alors, et qu’il ne pouvait s’imaginer qu’il dût jamais avoir besoin de ce qu’il voyait sous sa main, il ne daigna pas se pencher pour prendre ce trésor qui gisait à ses pieds et passa son chemin. Quelque temps après, un vaisseau qu’il avait chargé de ses meilleurs effets, périt en mer avec tout ce qu’il portait, tandis qu’un marchand faisait banqueroute et lui emportait ainsi dans la perte une somme considérable. Ensuite le feu prit à sa maison et la consuma entièrement, avec tous ses meubles; puis il perdit aussi un procès qui acheva de le ruiner complètement. Alors il se ressouvint du trésor qu’il n’avait daigné ramasser et courut au plus vite à cet endroit dans l’espoir de le récupérer. Mais il était trop tard car n’étant qu’à vingt pas du lieu où se trouvait le trésor, il vit un passant qui venait tout juste de le trouver et qui l’emportait chez lui en courant de toutes ses forces. ( D’après une fable d’Ésope ) Il nous arrive souvent de ressembler à cet homme riche et suffisant qui demeure indifférent à ce trésor qu’il rencontre sur son chemin. Aveuglés par nos possessions, nos prétentions, notre prestige ou notre pouvoir, nous nous sentons invulnérables et nous mettons notre confiance en ces valeurs éphémères qui semblent combler nos désirs de plénitude. Aveuglés ainsi par nos prétentieuses possessions, nous ne réalisons pas que ces biens peuvent nous échapper et ainsi, nous laisser complètement à plat. C’est ce qui était arrivé à cet homme de la parabole qui s’était centré sur ses richesses et avait oublié par conséquent que le vrai trésor, c’est celui qui apporte la vraie plénitude de vie. Il avait passé tout droit devant le véritable trésor, celui qui apporte la vie en plénitude. C’est ce qui arrive quand on pense que dans la vie tout nous est dû au lieu de réaliser que tout est don et que le plus grand don qui soit est celui de la plénitude de la vie éternelle, par pure grâce de la part du Dieu-Père. Ces paraboles nous enseignent des chemins de sagesse. Elles nous rappellent que la sagesse se trouve dans le pardon et que le vrai trésor est souvent méconnu et que les hommes le cherchent ailleurs alors qu’il est souvent à portée de main, sur le chemin de la vie. -Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette, Qc. |
PARABOLE DE L’ÂNE QUI PORTE UNE IDOLE Un âne qui portait sur son dos une idole passait au milieu d’une foule en plein centre de la ville. À la vue de l’idole, les gens se prosternaient en grande hâte devant l’effigie du dieu qu’ils adoraient. Mais cet âne s’attribua ces honneurs et ses révérences tout en marchant avec prestance et noblesse, d’un pas royal en se dressant les oreilles tant qu’il le pouvait. Il se prenait pour un gros bonnet! Alors, dans la foule, quelqu’un s’en rendit compte et cria d’une forte voix : « Maitre Baudet, vous qui prétendez à ces honneurs mérités, attendez qu’on vous ait déchargé de l’idole que vous portez sur votre dos, et le bâton vous fera connaitre si c’est vous ou l’idole que nous honorons. »( D’après une fable d’Ésope) Cette parabole se réalise encore aujourd’hui au sein de notre monde matérialisé et sécularisé. Il y a plein d’ânes qui portent des idoles sur leur dos pour en faire la promotion. Ces idoles de notre société de consommation portent des noms bien connus : luxe et luxure, argent, pouvoir, domination et contrôle… Les ânes qui portent sur eux ces idoles se considèrent puissants et sensibles aux éloges reçus. De fait, dans les médias il n’est pas rare de les voir défiler ces puissants avec leurs idoles qui reçoivent hommages et courbettes. Et si cet âne représentait les tenants des systèmes religieux? Devant ces mirages de la puissance futile, les chrétiens ont un choix exigeant à faire : quitter les idoles et leurs faux-paradis et prendre le chemin de la foi, du compagnonnage avec le Christ tout en endossant sa pratique de vie. Le dilemme religion ou foi est vieux comme le monde. Dans l’expérience de la religion vécue à la manière païenne, je perçois un dieu, une idole comme une puissance à émouvoir et à apaiser. Dans l’expérience de la foi vécue à la manière d’Abraham, je me perçois comme aimé du Dieu-Père, en alliance avec Lui, bénéficiaire de sa vie, vivifié par sa puissance. Dans la foi, je perçois le Dieu-Père comme une puissance de vie pour nous. Dans l’expérience de la religion païenne, je dois faire valoir la puissance de l’idole afin d’en recevoir des bénéfices. En gagnant des mérites, je me sentirai en règle avec ce dieu mesquin et jaloux, soucieux de sa puissance. L’élément moteur de la religion c’est la peur, l’élément moteur de la foi c’est l’amour. Comme cet âne prétentieux portant l’idole sur son dos, je n’ai pas à me faire valoir devant le Dieu-Père, c’est lui qui me fait valoir car il est puissance de vie et de plénitude pour nous. Retomber en système religieux païen, c’est s’en remettre au joug sécurisant de la loi en espérant des dividendes pour tous ces actes méritoires. Agir dans la foi, c’est affronter l’insécurité des choix, des engagements et les erreurs possibles dans l’exercice de la liberté rarement sécurisante. Il est bien connu que notre prière ressemble à notre expérience spirituelle. Si notre prière est davantage païenne, elle existera par besoins à exaucer. Elle tentera alors de faire fléchir le dieu en sa faveur pour la satisfaction de ses besoins de puissance et de force. Et si ce religieux païen n’obtient pas ses faveurs escomptées, il n’hésitera pas à se révolter contre cette idole. Le religieux païen considère son dieu comme celui qui contrôle le monde et avec qui il doit donc négocier des arrangements propices. Le Dieu-Père, tout en respectant la souveraineté de l’homme sur notre monde, nous englobe de sa bienveillance et de sa providence. Ce Dieu-Père se veut absent et discret dans les drames et les combats de la vie humaine tout en nous attirant sans cesse au partage de sa plénitude. Par la prière, je dure en amour et en alliance avec ce Dieu-Père non pas jaloux de la promotion de l’homme mais partenaire dans sa quête de plénitude. Dans la prière, comme dit l’apôtre Paul, l’Esprit gémit en nous et nous fait crier vers le Dieu-Père; cet Esprit nous fait durer en alliance pour que nous puissions trouver notre identité de fils et pour accéder enfin à la vie définitive, à la plénitude de la vie éternelle. Tu as la prière de ta foi! Tu as la prière de ta pratique de vie évangélique. Tantôt, ta prière se fera louange, tantôt elle se fera intercession afin de durer dans la solidarité pour rayonner ta foi et ton espérance. L’âne qui paradait en plein centre-ville en portant l’Idole sur son dos devient un symbole de notre prétention humaine; quand l’homme veut se donner à lui-même cette plénitude espérée, il prend alors des chemins de domination, de manipulation. Quand l’homme découvre dans la foi le véritable chemin vers la plénitude, il prend alors des chemins de service et de promotion humaine à l’image de ce Dieu-Père qui nous fait exister dans la plein stature de fils et de filles de Dieu, en nous ouvrant à l’avenir de la Résurrection, à la stature de l’homme achevé dans la communion au Dieu vivant. Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette,QC. PARABOLE DU VIEUX VIGNERON Un vieux vigneron nommé Eudore avait travaillé à sa vigne toute sa vie. Elle avait bien rapporté de fait, assez pour faire vivre sa famille nombreuse. Mais un jour, l’heure de la fin avait sonné pour lui. Étendu sur un grand lit blanc, il en était rendu à courir après son dernier souffle. Son épouse et ses enfants l’entouraient avec beaucoup d’émotions. « Mes enfants, dit alors le vieux vigneron agonisant, je ne veux pas partir avant de vous avoir livré un dernier secret que je vous ai caché jusqu’à maintenant, pour certaines raisons que vous comprendrez bientôt. Apprenez que j’ai enfoui un trésor dans ma vigne : lorsque je ne serai plus là et que vous m’aurez rendu les derniers devoirs, ne manquez pas d’y fouiller et vous le trouverez! » Le vieux vigneron Eudore mourut enfin à la tombée de la nuit. Son épouse et ses enfants ont prié longtemps à genoux au pied du lit. Les uns pleuraient, les autres se consolaient en songeant au trésor laissé en héritage. Dès que les funérailles furent célébrées, une fois que les derniers invités furent repartis, les enfants ne tardèrent pas à courir à la vigne avec leur bêche dans l’espoir de trouver au plus vite le trésor annoncé. Vite, ils retournèrent le champ de l’un à l’autre bout, ils eurent beau fouiller de long en large et refouiller et refouiller, ils ne trouvèrent rien de ce que le père leur avait fait espérer. Alors ils crurent qu’il les avait fait marcher. Mais ils reconnurent bientôt que leur père ne leur avait dit rien d’autre que la vérité. Le champ ainsi retourné devint si fécond, que la vigne leur rapporta, pendant plusieurs récoltes, le triple de ce qu’elle avait accoutumé de produire. ( D’après une fable d’Ésope ) Ce vigneron ressemble au Dieu-Père qui nous a confié une vigne merveilleuse afin de lui faire produire le meilleur fruit possible. Nous sommes nous-mêmes cette vigne merveilleuse et nous sommes appelés à lui faire produire des fruits de vie éternelle. Tout l’enseignement de l’Évangile a pour but de nous faire produire des fruits en abondance, des fruits de plénitude. Pour y arriver, il importe que nous ayons un grand amour pour soi, une estime de soi. C’est la base de l’amour car je ne puis prétendre aimer l’autre si je n’ai pour moi une véritable estime. Qui s’aime vraiment apprécie son physique, ses qualités, n’a pas tendance à se comparer aux autres, se fait créateur et inventif, est bienveillant envers sa propre personne, se console de ses erreurs ou de ses échecs. Celui qui s’estime vraiment accepte ses émotions et ses besoins affectifs et les exprime facilement et ne se laisse pas abattre par les critiques des autres. Il connait sa vigne et il lui fait produire des fruits en abondance. C’est un vrai Eudore, puisque ce nom veut dire en grec : cadeau merveilleux! Celui qui a une faible estime de soi se concentre sur ses défauts pour se dévaloriser et s’automutiler; il a coutume de se comparer aux autres pour s’autodétruire ou se censurer. Il cherche à copier la personnalité de l’autre et n’hésite pas à se donner des noms malveillants. Ce dernier a tendance à se blâmer pour ses échecs et entretient sur la vie des opinions néfastes. Il refoule ses besoins, ses émotions et ses aspirations et n’arrive pas à prendre les décisions pertinentes. Une personne qui se mésestime n’aura pas le goût de faire produire sa vigne afin qu’elle porte des fruits en abondance. Le trésor enfoui dans notre vigne c’est donc notre Soi, le compagnon de notre vie, notre meilleur ami, notre confident. Quand j’ai une bonne estime de soi, j’ai une vision optimiste sur la vie, sur mes projets, sur mes aptitudes, sur les risques de m’investir dans des projets, des aventures, des défis. Je prends toute ma place sans nuire à l’autre. Je suis en mesure de retourner le champ de ma vigne pour la rendre féconde et productive. Dans le cas contraire, si j’ai une faible estime de soi, je manquerai de confiance pour entreprendre des projets, des défis. J’aurai tendance à me censurer négativement en n’hésitant pas à me juger sévèrement. Je chercherai la sécurité surtout avant d’oser m’investir par peur des dires des autres. Ma vigne risque donc de rester en friche par peur de l’insuccès. Cette parabole du vieux vigneron me rappelle la parabole des talents où le Maître confie des talents, des sommes d’argent, à des serviteurs avant de partir en voyage. À son retour, celui qui en avait reçu cinq les rapporta avec cinq autres talents qu’il avait su faire produire, sans doute à cause de la confiance qu’il avait en lui-même. En les recevant, le Maître l’invite à entrer dans sa joie. Il fit de même pour le second qui avait réussi, à sa mesure, à produire deux talent additionnels. Mais celui qui n’avait reçu qu’un seul talent l’avait enfoui dans le sol par peur du Maître, par peur de le perdre. Il le rapporta au Maître revenu de voyage. Et le Maître, en voyant ses peurs, lui fit de vifs reproches : « Tu aurais dû le mettre à la banque pour qu’il produise de l’intérêt ».Cette parabole de l’Évangile nous fait voir le Dieu-Père désireux de nous voir produire des fruits en abondance car Il vient à nous pour que nous ayons la vie en plénitude. Nous sommes tous des Eudore, des dons de Dieu, appelés à partager sa vie en abondance. Nous sommes tous appelés à entrer dans la joie de notre Maître! Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette, Qc. |
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