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En général, nous sommes bien discrets sur nos attentes face au paradis, au ciel. On est gêné d’en parler nous les chrétiens alors que d’autres croyants sont beaucoup plus explicites dans leur foi face à l’au-delà. Un auteur français, Fabrice Hadjadj, vient de publier un livre qui s’intitule justement LE PARADIS À LA PORTE. Dans son ouvrage, ce poète philosophe soutient la thèse suivante CHANGER SON REGARD SUR L’ICI-BAS POUR RETROUVER CONTACT AVEC L’AU-DELÀ! Je trouve son idée tout à fait merveilleuse. Pour démontrer sa thèse, il nous propose sept pistes pour goûter déjà au fil des jours, la béatitude éternelle. À bien y penser, la frontière entre l’ici-bas et l’au-delà est sans doute moins étanche qu’il n’y parait. Changer son regard sur l’ici-bas, c’est exigeant : il s’agit de considérer sa vie dans toutes ses dimensions, celles du temps présent et celles du temps à venir où nous continuerons notre vie à travers une transformation spirituelle de notre personne. Il importe donc de changer notre vision de la vie pour vivre intensément toutes les dimensions de notre être. Changer sa vision de la personne, des saisons de sa vie. Comme dit le proverbe suivant : Ce n’est pas en peinturant la champlure que l’on purifie l’eau, ce n’est pas en changeant les aspects superficiels de sa philosophie de vie que l’on change profondément sa vision de vie et sa pratique! Première piste : placer haut la barre de notre désir. Avoir en perspectives le Ciel, l’au-delà, c’est avoir comme mesure de bonheur, non pas son rêve à sa propre mesure, mais avoir un rêve qui nous dépasse, qui ait les dimensions que Dieu dessine pour nous. Regarder la mesure de son rêve avec le regard de Dieu pour creuser ce désir de la plénitude de Dieu. Creuser en effet son désir de vie! Ne pas s’arrêter aux réalités matérielles mais laisser notre désir de plénitude nous provoquer au dépassement tout en gardant les pieds bien sur terre. Les pieds sur terre, le rêve dans l’au-delà quoi! Deuxième piste : s’émerveiller ici et maintenant devant la vie : Fabrice Hadjadj affirme que l’en haut se fabrique avec ce qu’il y a ici- bas. En ce cas, ne pas s’arrêter aux joies de la vie mais aller surtout rejoindre leur source. La source, c’est Dieu! Vivre intensément les bonheurs de la vie tout en allant explorer l’arrière-pays d’où ces bonheurs tirent leur origine. L’auteur rappelle que la terrible banalité du quotidien doit se changer en éblouissant miracle, car dans la vie tout est don et rien n’est dû! Troisième piste : se contraindre à l’espérance. Si je traverse un malheur, un deuil, un grand chagrin, je suis alors happé par le désespoir, la dépression, le doute. C’est la tentation de la fuite dans le néant. Il faut du courage alors pour me contraindre à l’espérance. Car l’espérance est une souffrance. En effet, l’espérance me force à quitter ma nuit noire pour me permettre d’accueillir le travail que fait le Paradis en moi. La vision de l’au-delà donnera à ce drame de l’ici-bas la consolation nécessaire pour que je me charge de ma croix afin de la transformer en tremplin vers la plénitude. La vraie sagesse ne consiste pas à espérer que Dieu me décharge de tout, mais de trouver par ma foi et par la puissance de la vertu de l’espérance, la capacité de transformer mes temps de morts en temps de relèvement. Quatrième piste : arrêter de bouder. Arrêter d’auto-justifier ses névroses en se dépossédant de toute complaisance envers toute morosité. En effet, la tentation de la victimisation, la gentille esthétique de la déréliction pour employer le mot de l’auteur, ce sont là des chemins sans issue, des résistances aux assauts de la joie. Que de combats inutiles et inféconds pour résister en effet aux assauts de la joie qui me permettraient de rebondir par les forces de l’espérance, sur de possibles dépassements! Cinquième piste : s’abandonner sans résistance. Pour reprendre les mots de Fabrice Hadjadj, le Paradis n’est pas quelque chose que l’on construit par la force du poignet, il se ressent dans un abandon! La joie ressentie vient de cette distillation du Ciel en nous par ce contact avec Celui qui se dit Chemin de Vie, le Christ. Plonger en Lui tout en vivant l’abandon : une piste de grande sagesse. Sixième piste : se montrer disponible au don. Notre pire ennemi pour savourer le grand bonheur loge en nous et il porte le nom suivant : ORGUEIL. En effet, il nous pousse à l’autosuffisance, à ne compter que sur nos propres forces et à se satisfaire de ses propres limites. L’enfer est rempli de gens satisfaits d’eux-mêmes! Le Ciel est cependant le rassemblement des personnes déchirées par la Grâce. Après avoir ressenti les terribles limites de la précarité de l’ ici-bas, nous serons ouverts à la grâce venue de l’ en haut et nous serons en mesure de découvrir que Dieu veut faire mourir en nous cet orgueil qui nous pousse à l’ autosuffisance pour faire déborder en nous la vie de notre véritable égo! Après avoir éprouvé notre précarité, nous serons disponibles à la grâce. Septième piste : vivre le salut ensemble, en chœur. Nous ne sommes pas appelés au Salut en solitaire, c est ensemble que nous nous accompagnons sur ce rude chemin vers la plénitude. Nous sommes faits pour être sauvés en chœur! Pour y arriver, il s’agit de rejeter toute jalousie et toute mesquinerie pour vivre la douceur du pardon. Le triomphe de la joie ne réside pas dans la domination mais dans la communion de tous avec chacun. Au Ciel nous serons en mesure de vivre en communion non seulement avec les personnes qui nous sont chères mais également avec les personnes les plus antipathiques. Raison de plus de commencer à les aimer maintenant pour aller plus loin sur ces routes menant de l’ ici-bas, de l’ en bas vers l’ au-delà, vers l’ en haut! En terminant, rappelons-nous que le Paradis est à la porte selon Fabrice Hadjadj, il est la raison de notre joie qui dérange, qui étonne, qui questionne mais surtout qui révèle une espérance à la source de notre amour pour notre monde. Si nous vivions davantage dans cette optique de l’au-delà, notre ici-bas en serait déjà teinté. LE PARADIS À LA PORTE, un livre de Fabrice Hadjadj, publié au Seuil. Bonne lecture! |
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