|
|||||||||||
|
Du MYTHE à la PROMESSE
29 janvier 2011 Initialement cet article devait s’intituler: de la révolte athée à la foi d’Abraham et de Sara. En effet, au cours de l’Antiquité, des mythes surgirent dans les différentes cultures méditerranéennes et proche-orientales pour expliquer la présence de l’homme et le problème du mal. Ces différents mythes accusent toujours le chef des différents panthéons d’être un dieu jaloux. Ainsi dans le mythe de Prométhée, Zeus, le chef du panthéon grec, punit Prométhée qui a tenté de lui voler le feu, un attribut divin, afin de le donner aux hommes. Si la tentative prométhéenne avait réussi, les humains auraient été tentés de se détourner de Zeus. Ce dernier punit donc Prométhée en l’attachant à une montagne du Caucase pour que son foie soit dévoré inlassablement par un aigle… Dans ce mythe, on apprend que le dieu maître du monde est impitoyablement jaloux de l’homme. Dans son traité intitulé : «Le Banquet», Platon présente Zeus, le dieu maitre de l’Olympe, devenant jaloux à la pensée que les premiers humains créés androgynes et possédant une force incroyable les rendant capables de s’attaquer aux dieux, pourraient ainsi cesser de lui offrir des sacrifices. Alors, Zeus décide de les fractionner en deux parts: homme et femme, les condamnant ainsi à passer leur temps à refaire leur unité ainsi rompue tout en les rendant plus vulnérables et moins portés à la révolte athée! Dans un autre mythe grec, c’est la première femme de l’humanité, Pandore, qui est offerte aux hommes pour les punir de leur orgueil athée. Pandore épousa Épiméthée, frère de Prométhée, et elle devint par la suite responsable du Mal sur la terre en ouvrant le vase interdit qui contenait toutes les misères de l’humanité. Dans le fond du vase il ne resta alors que l’Espérance! On peut penser qu’en ouvrant le vase, Pandore se trouvait par le fait même à justifier la punition de Zeus! Dans une série de contes légendaires, Gilgamesh, roi d’Ourouk, décrit sa quête d’immortalité et la réprobation venant des dieux! Somme toute, tous ces récits traduisent la recherche de l’immortalité et la farouche opposition des dieux païens. Dans la Bible, nous retrouvons un relent de ces mythes anciens car les auteurs de la Bible ne vivent pas en vase clos, mais sont soumis aux influences culturelles des autres peuples qui les entourent. Ainsi dans le passage de la chute du premier couple, c’est la femme, à l’instar de Pandore, qui provoque l’homme vers la transgression et le rejet de l’ordre divin l’empêchant de devenir comme un dieu! La tentation du rejet de Dieu est vieille comme le monde et elle explique encore aujourd’hui certaines affirmations aberrantes sur la femme, sur la jalousie de Dieu, sur l’origine du Mal. Le Mal accuse Dieu ou l’Homme? La tentation est grande d’accuser l’un et l’autre, mais s’il y avait une autre vision possible des choses! Allons donc voir! En effet, souvent, selon les mythes païens, Dieu est un juge impitoyable, sévère, qui rétribue selon les mérites. C’est ce Dieu-là qui chasse Adam et Ève de leur paradis terrestre et qui les condamne au travail et à la souffrance en compensation de leur faute. Ce Dieu de la rétribution nous apparait jaloux de l’homme et méfiant de ses prérogatives divines. Ce Dieu de la rétribution aime bien que l’homme se sente coupable, déchu de ses dons reçus à l’origine du monde. Ce Dieu aime les temples, les sacrifices d’expiation et surtout il exige mérites et satisfactions pour les péchés de l’homme. Pourquoi donc ce Dieu ne pardonne-t-il pas au premier couple cette faute «originelle»? Peut-on pécher quand on a reçu dès l’origine les dons préternaturels? Dans le récit de la Genèse, pour sauver Dieu n’a-t-on pas sacrifié l’homme désormais déchu? Sommes-nous ici en régime chrétien quand nous affirmons cette thèse? Est-ce là le vrai Dieu de la Bible? Le Dieu tel qu’il se révèle à Abraham, à Moïse, à Élie? Et si le Dieu de la Bible, le Dieu de la Révélation était un Dieu non pas jaloux mais en amour avec l’humanité, en alliance avec lui, partenaire dans la quête humaine de la plénitude. Le Dieu de la Bible est d’abord celui qui s’émerveille de sa création et de l’humanité. Quand il crée, Dieu crée forcément du non-Dieu, mais il le fait par amour et non pour avoir un exutoire à sa violente jalousie! Pour cette humanité créée dans la finitude et le manque originel de moyen de salut et de plénitude, Dieu a un grand rêve révélé d’abord à Abraham. «Quitte ton pays et va vers la Terre de la Promesse!» Voilà la parole dite au père de la foi! Quitter son pays, ses vieilles projections païennes sur Dieu, pour enfin découvrir le Dieu de la foi, de l’alliance. Moïse quittera ses sandales qui ont foulé les terres païennes pour cette rencontre du Dieu Autre au buisson ardent; Élie quittera les gloires païennes du Dieu prétendument courroucé au mont Carmel pour rencontrer un tout Autre Dieu au mont Horeb. Le Dieu de la foi biblique est un Dieu bienveillant qui tient sa promesse et qui tient à sa promesse. Soulignons ici que le mot PROMESSE se dit en grec EPANGELIA et que le mot ÉVANGILE en grec se dit EUANGELION. Ces deux mots sont très proches l’un de l’autre parce qu’ils évoquent une même réalité: la promesse de Dieu faite à Abraham s’est pleinement réalisée dans la personne du Christ par qui nous sommes devenus héritiers de l’annonce (évangile) du salut, de la plénitude. C’est ce que l’apôtre Paul tente d’expliquer aux Galates: vous avez quitté le règne de la Loi et donc du système religieux pour entrer dans le règne de la PROMESSE faite à Abraham. Par le Christ vous êtes devenus cohéritiers du salut annoncé à Abraham. Mais la tentation est forte de revenir à ses vieux ferments religieux au lieu de marcher vers la Terre promise indiquée par serment à Abraham et à sa descendance annoncée aussi nombreuse que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer! Au cours de l’Histoire, malheureusement, nous avons sans cesse oscillé entre le Dieu de la Promesse avec qui nous vivons déjà une alliance et le dieu païen , méfiant de l’homme, jaloux et mesquin dans l’octroi des grâces dûment méritées! Le Dieu Tout-Autre, celui de l’Évangile de la Promesse, est en amour avec l’Humanité, il s’en est fait le partenaire et IL l’accompagne vers la plénitude où Dieu sera Tout en tous! (! Cor.15,28). C’est ce Dieu Tout-Autre que le Christ nous fera découvrir par sa pratique prophétique, par l’enseignement de ses paraboles de miséricorde, par sa confiance en un Dieu capable de le relever d’entre les morts: «Entre tes mains, je remets mon esprit!» Entre tes mains, je m’en remets! Aujourd’hui, quand des gens se disent athées, sont-ils alors athées du Dieu de Jésus-Christ ou du dieu païen si souvent rappelé par nos pratiques «religieuses» ambiguës? |
Les visages de l'expérience de Dieu 4 septembre 2010 Le choix se précise de plus en plus de nos jours, ou bien on est croyant ou bien on est athée, la religion humaine et sa fille naturelle, la malcroyance, ne sont que des serpents qui se mordent la queue! C’est ainsi que nous pourrions dresser le paysage des différents visages de l’expérience de Dieu de nos contemporains. Mais aussi comment ne pas évoquer aujourd’hui le drame de l’intégrisme qui envahit de plus en plus le paysage religieux. L’intégrisme carbure à la peur. Ce qui motive essentiellement l’intégriste dans sa relation à Dieu, c’est la peur. Il est donc important qu’entre lui et Dieu, se dresse alors une institution-forteresse qui lui garantisse une protection solide et immuable capable de le protéger. Cette institution dotée de pouvoir hiérarchique, de savoir dogmatique, de rites efficaces saura donc exorciser la peur de l’homme dans la prise de conscience de sa précarité. L’intégriste trouvera donc dans l’institution religieuse revêtue d’autorité et d’anathèmes, une certitude de salut pour lui . Le châtiment, ce sera donc pour les autres! L’intégriste vise donc à se mettre à l’abri des exigences d’un Dieu implacable car son monde oscille entre la Loi et la Punition. Ce qui retient le plus notre attention au sein de l’Église, ce sont les manœuvres désespérées de ces intégristes pour qui la dureté de la loi est garante de salut. Ce qui retient le plus l’attention dans les média cependant ce sont les comportements des intégristes politico-religieux! Ces intégristes, loups dans la bergerie des âmes dévotes, se servent de la religion comme outil de contrôle, de peur, de soumission. Ces talibans de tous poils se revêtent du manteau de la rectitude religieuse pour mieux arriver à leurs fins politiques. Le bras séculier de la foi, au fait, ça vous dit encore quelque chose? Un autre visage apparait aussi dans le paysage religieux : l’athée existentialiste : un réactionnaire devant la religion aliénante et culpabilisante qu’entretient tout système religieux. Ce croyant à rebours refuse tout enfermement dans des binômes intangibles : loi-punition, mérite-salut, péché-grâce. L’ athée refuse donc que la religion soit une machination de la peur enfermant l’homme dans une désespérante angoisse existentielle : pour exister l’ homme doit se défaire de tout Dieu! L’athéisme peut prendre aussi un visage plus mou : toute référence religieuse dans la vie est considérée comme totalement inutile et ne nécessite aucun comportement hostile de la part du non-croyant, de l’agnostique pratique. Un autre croyant apparait dans le paysage de l’expérience spirituelle, appelons-le le religieux de l’utile: flairant la bonne affaire, il trouvera le moyen d’arracher à Dieu des faveurs bien monnayées! Rite, troc, promesse et vœu… autant d’outils que ce religieux emploiera pour arriver à son but! L’ambiguïté caractérise le comportement de ce croyant encore païen dans son rapport avec le divin. La médiation rituelle doit répondre à des besoins utilitaires du religieux : la religion doit jouer un rôle d’intégration et d’efficacité! La sœur jumelle de la religion de l’utile porte le nom de malcroyance! Le malcroyant pratique une religion à la carte capable de répondre à ses besoins de l’heure, pratiquant aisément un amalgame de rites et de dévotions capables de conjurer les peurs existentielles ou de répondre à des besoins ponctuels. Ce cocktail religieux est peut-être le chemin spirituel le plus fréquenté de nos jours. Nous rencontrons en fin de parcours le croyant habité par la foi. Nous pourrions utiliser l’image du trépied pour couvrir les différents aspects de l’expérience spirituelle : l’athéisme, la religion naturelle et la foi. D’ailleurs, nos vies connaissent des saisons où ce trépied se concrétise dans notre propre paysage spirituel. La foi n’est pas un état spirituel pétrifié, mais plutôt un parcours existentiel à travers les chemins de la vérité. La foi est une aventure infinie et inépuisable, elle est force, certitude, tendresse et vulnérabilité. La foi reprend le chemin prophétique du Christ et de l’Évangile, endossant sa pratique de vie pour vivre une expérience spirituelle de type conjugal avec Dieu. Le croyant accepte de relire et de confronter son expérience de vie à la lumière de l’Évangile, reprenant et intégrant dans sa vie réelle, les différents parcours vécus par les croyants de la Bible. Le croyant acceptera de vivre son expérience de foi en Église pour partager avec les autres croyants toutes les dynamiques de sa foi et portera ainsi avec les autres, le témoignage de son attachement au Christ et à sa Parole. Pierre-Gervais Majeau ptre-curé, Diocèse de Joliette, QC. |
||||||||||