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L’EUTHANASIE

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MON DERNIER GRAIN DE SEL...

18 janvier 2011

En ce 18 janvier 2011, la commission des affaires sociales du Sénat de France a voté une proposition de loi dont l’article 1 se lit comme suit :¨toute personne capable, majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique, qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable, puisse demander à bénéficier d’une assistance médicalisée permettant par un acte délibéré une mort rapide et sans douleur.¨ En soi, d’un premier coup d’œil, une telle proposition semble acceptable et moralement recevable! Y aurait-il matière à interrogation? Ma réponse se fera dans l’affirmative.

Une loi légalisant l’euthanasie ( l’ euthanasie définie ici comme tentative médicalisée d’interruption ou abrogation de la vie ), aurait un impact majeur sur l’acte médical en soins de fin de vie et ajouterait au patient une pression afin d’accepter cette solution généreuse et citoyenne dans le but d’éviter des coûts ou encore de se plier à des pressions venant des membres de la famille. Toutes les dérives deviendraient possibles considérant les différentes interprétations que d’aucuns pourraient s’autoriser à tenir. Et les personnes les plus fragiles et les plus démunies seraient évidemment les plus à risques de subir les possibles dérives. À titre de comparatif, pensons à la question de l’interruption volontaire de grossesse : au début, nous songions aux cas les plus risqués pour l’autoriser et c’est devenu par la suite, un droit exercé comme un moyen de contraception comme les autres et nous en arrivons à environ 30,000 interruptions volontaires de grossesse par an au Québec! Est-ce là une question à laquelle on devrait s’arrêter, non pas pour remettre en question le DROIT mais son application abusive?

De plus, outre les dérives possibles et déjà observées ou cela est déjà voté comme loi, ( le Parlement européen vient de poser la question de l’application abusive de la loi qui l’autorise en Hollande! ) il appert que des médecins spécialisés en soins palliatifs sont d’avis qu’une telle loi autorisant l’euthanasie, n’est pas nécessaire plus qu’il ne le faut, puisque déjà les médicaments et analgésiques sont à ce point efficaces que peu de patients demandent à les aider à mourir après y avoir songé. En effet, plus on accompagne avec professionnalisme les grands malades en fin de vie, au plan psychologique et physiologique, plus les demandes d’aide à mourir s’estompent. Et ce sont les personnes âgées qui sont les plus hostiles à l’euthanasie selon un sondage réalisé en France, au début de janvier dernier par l’agence Opinion Way. De plus, selon le même sondage, il appert que les soins palliatifs sont très méconnus ( 53% selon le même sondage, affirmaient ne rien en savoir et donc 47% affirmaient les connaitre tout à fait ou encore assez bien!) Quand nous considérons l’espace réservé aux hôpitaux pour les lits en soins palliatifs en regard des autres unités de soins, nous voyons que nous avons un immense défi devant nous : développer des cliniques spécialisées en soins palliatifs comme on en ouvre en temps d’urgence pour des situations de grippe ou d’épidémie appréhendée. Toujours selon le même sondage évoqué précédemment, 63% des personnes affirment vouloir privilégier les soins palliatifs plutôt de subir une injection mortelle. La prise en charge adaptée des grands malades en soins palliatifs fait chuter les demandes d’aide à mourir.

Le Dr Patrick Vinay, md,Ph.D., membre du comité d’éthique du Réseau de soins palliatifs du Québec, souligne que les demandes d’euthanasie proviennent des membres de la famille des malades qui pensent que les souffrances sont intolérables pour leur proche. Les membres des familles des grands malades pensent que les analgésiques ne sont pas assez puissants ou encore, ils ont trop mal de voir l’un des leurs partir si vite et ont tendance à projeter sur leurs malades, leurs propres angoisses voire même leurs propres souffrances. ¨Peu de malades en fin de vie bénéficiant de soins palliatifs de qualité vivent en fait des douleurs intolérables : les outils pour contrôler la douleur sont puissants. Mais les familles peuvent quand même penser que les souffrances ne sont pas contrôlées .¨ Voilà ce qu’affirme le Dr Vinay. Il faut donc rassurer aussi les familles en ce cas! C’est la famille qui souffre au pied du lit des grands malades en fin de vie, il faut donc l’aider, l’accompagner dans le respect et soulager ses appréhensions . Et si on permettait alors à la famille de décider, dans ces instants de douleur, de panique, de stress, d’émotions vives , de procéder à l’interruption de la vie? Imaginons alors dans quel climat, dans quel ambiance, le malade ayant de la difficulté à s’exprimer, pourrait alors se faire entendre! Et toutes les culpabilités vécues par les familles quand le calme serait revenu et aurait fait resurgir toutes les questions! Quand je pense à cela mon choix est vite fait entre les compétences du médecin spécialisé en soins palliatifs et les décisions émotives et irrationnelles des dernières minutes prises dans ces circonstances inappropriées!



LES PARADOXES DU DÉBAT
SUR L'EUTHANASIE

12 novembre 2010

Les québécois se disent majoritairement favorables à l’euthanasie et en cela ils ressemblent à leurs cousins de France qui se disent à 94% favorables à l’euthanasie. Précisons bien ici ce que nous entendons par EUTHANASIE : provoquer une fin de vie d’une façon active et délibérée. On ne parle pas ici de soins de confort ni de non-acharnement thérapeutique mais d’euthanasie. Évidemment la question est toujours posée à des bien-portants tandis que les grands malades sont somme toute bien rares à demander que nous les aidions à mettre fin à leur vie. Il est tout de même paradoxal que notre société qui prône toutes tentatives pour lutter contre le vieillissement et la mort, qui propose en publicité tous les produits de rajeunissement possibles prône également la fin provoquée de la vie!

Comment expliquer que d’une part nous voulions à tout prix croire à l’amortalité, à la vie la plus durable possible et d’autre part promouvoir une interruption volontaire de vie? Nous n’en sommes pas à un paradoxe près en la matière. C’est comme si notre conscience d’homme postmoderne imbue de rationalité scientifique n’arrivait plus à concevoir et à accepter la précarité et la fragilité de la vie. De plus, en ce siècle de communication, on en vient à oublier que nous existons les uns PAR les autres et que l’individu fragilisé par les diminutions de santé a encore plus besoin de notre présence capable de lui apporter une puissance de vie. Et alors comment concevoir en ce cas que nous soyons à la fois des accompagnateurs capables d’apporter une présence de compassion et de tendresse et des personnes qui favorisent l’interruption volontaire de la vie.

Comment donner du sens à la vie, comment vouloir devenir éternel, comment vivre intensément toutes les étapes de la vie et escamoter et dévaloriser la dernière étape : celle qui fait la vérité de notre vie? Nous ne sommes pas de vieux machins qui entrent au garage en fin de vie pour passer à la casse! Si oui, à quand des mouroirs, des THANATORIUMS où pour quelques centaines de dollars on vous organise une fin de vie idyllique? Et le médecin qui devient alors non plus celui qui assure la santé et la qualité de vie mais celui qui l’achèverait par un travail propre et sans bavures si possible! On passerait ainsi de la vie donnée à la …mort donnée! Et cette mise à mort, renommée euthanasie, serait-elle encadrée juridiquement et rituellement pour paraitre plus compassionnelle donc moins révoltante? Et cette mise à mort ou cet attentat contre la vie d’autrui est-ce plus acceptable dans la condition de fin de vie ou faisant suite à une condamnation pour crime atroce. La mort donnée sera toujours une question de conscience! Une loi qui permettrait la mort donnée à autrui, qui plus est un autrui vulnérable, sera toujours vue comme une loi votée par des politiciens qui voudraient se débarrasser des citoyens les plus lourds et les plus onéreux! Une société peut-elle légaliser une violence institutionnalisée à l’égard des personnes les plus vulnérables?

Peut-on imaginer un tant soit peu les règles qui prévaudraient dans une société où des personnes auraient droit de vie ou de mort sur d’autres personnes surtout des personnes devenues si diminuées qu’elles doivent porter une double condamnation : perte de santé et perte du droit à la vie! Une telle société porterait sur les individus qui la composent un regard d’appréciation basée sur des règles de rentabilité et d’efficacité.

Et dans cette société où la violence est institutionnalisée envers les personnes les plus démunies, les plus fragiles, y aurait-il place encore pour de l’humanité. Une place pour soutenir et accompagner les personnes en fin de vie et qui ont besoin de notre présence et de notre compassion pour s’engendrer à l’autre saison de la vie, la cinquième, celle des accomplissements et des achèvements. Et ces personnes qui ressortent plus vivantes et plus humanisées après avoir accompagné les leurs dans ces situations de fin de vie? Comment ces personnes accompagnantes seraient-elles reconnues dans une société qui valorise les interruptions volontaires de vie : comme des personnes qui marchent à rebours ou des personnes qui ajoutent de l’humanité à notre humanité?

Comment donner place à notre intersubjectivité au sein de notre monde actuel? Comment continuer à vivre les uns PAR les autres dans une telle société? Comment faire en sorte que les personnes puissent faire humanité ensemble en s’accueillant dans tous les temps de la vie : dans les temps de naissances, dans les temps de croissance, dans les temps d’enfantement, dans les temps de famille, dans les temps de travail, dans les temps de maturité, dans les temps de vieillissement et dans les temps de fin de vie? Poser la question de la fin de vie, c’est poser la question de la vie tout court! Si on pense qu’une vie à son crépuscule ne vaut rien, c’est toute la vie alors qui est niée. Toutes les étapes de la vie valent en humanité car il y a de vie là-dedans et rien ne vaut la vie!

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