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UN DIEU JUGE QUI M’ATTEND...DANS LE DÉTOUR?
DANS LE CANTIQUE «DIES IRAE , DIES ILLA», LES GRANDES VALEURS DE MISÉRICORDE, DE BIENVEILLANCE , DE GRÂCE ET D’ALLIANCE DISPARAISSAIENT AU PROFIT DE LA GRANDE VÉRITÉ DE LA PENSÉE RELIGIEUSE : DIEU EST UN JUGE QUI M’ATTEND POUR UNE REDDITION DE COMPTES. Il semble donc que l’ultime vérité eschatologique du jugement dernier donne raison à la religion contre la foi. Le vrai Dieu étant celui de la fin et la fin c’est le jugement. Lors du jugement le croyant religieux saura enfin s’il a réussi à se faire suffisamment valoir devant Dieu pour mériter son salut. Le jugement dernier semble donc favoriser la MANŒUVRE RELIGIEUSE comme cheminement préparatoire et la foi comme illusion infiniment téméraire. Que de peurs on a cultivées pour redonner au jugement dernier un rôle terrifiant et provoquer le religieux à des manœuvres religieuses, pour conjurer ses peurs et se donner de l’assurance dans une tentative de faire-valoir suffisant et satisfaisant. Ces dernières années, en Église, on a peu parlé de jugement dernier par peur de retomber dans les mêmes ornières de la théologie de la satisfaction. On parle désormais de RÉSURRECTION en prenant bien garde de ne pas parler de ce qui se cache derrière ce mystère et, par le fait même, on abandonne les croyants à leurs imaginations matérialisantes favorisant ainsi toutes les malcroyances possibles.
Et pourtant, le jugement dernier est dans les Écritures. En Mt 25,31-46, la parabole du jugement dernier a donné lieu à des relectures propres à la théologie de la satisfaction. Ceux qui avaient donné à manger, à boire, ceux qui avaient revêtu le pauvre, visité le malade ou le prisonnier….ceux-là donc avaient bien mérité leur bénédiction voire même leur salut! L’autre relecture, celle de la révélation du salut, nous annonce donc que tous ceux qui endosseront la pratique de Jésus telle que décrite dans la parabole, se retrouveront inévitablement sur le chemin du salut, de l’identification au Premier-Né du monde à venir! Nos relectures nous ont souvent piégés : on a affirmé, par exemple, qu’on échapperait au jugement par un effet de la miséricorde divine. Dieu épuiserait sa justice par la mort méritoire de Jésus pour laisser apparaitre sa miséricorde. On pourrait donc triompher de la justice de Dieu par les mérites de Jésus-Christ. Comme si Dieu mettait sa justice en poche, attendri par nos supplications ou nos mérites, pour sortir de sa poche … sa miséricorde! Si je ne me fie aux mérites, je rêverai enfin d’un Dieu débonnaire qui pourrait aller à récompenser le péché.
Et pourtant, le jugement de Dieu, faisant partie du donné révélé, est une bonne nouvelle, c’est une annonce de joie! Et ici je citerai François Varone : «Que l’on puisse se réjouir du Dieu qui vient me juger et juger le monde en justice et les peuples en droiture (Ps 98,9) voilà bien la plus grande différence de la foi, celle aussi qui … achève de la manifester dans l’eschatologie.» (In Ce Dieu juge qui m’attend. P.19)
Dans l’épitre aux Romains, au chapitre 8, Paul affirme au verset 1 : «Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus!». Voilà la perspective finale du salut pour le croyant vivant en Jésus-Christ.
En Rm 8,3, Paul affirme aussi : «Dieu a condamné le péché dans la chair.» «DONC DIEU CONDAMNE, MAIS NON PAS L’HOMME TOUT ENTIER TEL QU’IL SE RÉALISE DANS SON DÉSIR ÉGARÉ. IL CONDAMNE, IL DÉTRUIT LE PÉCHÉ DANS LA CHAIR, IL EN LIBÈRE L’HOMME. Ce dernier n’est pas condamné, c’est son existence de mort (Rm 7,24) qui est condamnée; l’homme lui est ressuscité! » (op.cit. p. 93 ) La condamnation fait donc partie du processus du salut! L’homme qui veut se réaliser dans son désir infini, voit souvent son existence égarée construite sur de fausses gloires. Au lieu de se laisser séduire par les fausses gloires ( le péché ), l’homme est appelé à se laisser engendrer dans l’identification à l’Image de Dieu, le Christ.
Dans la mort-résurrection du Christ, le processus du salut est révélé : Dieu ne condamne que le péché mais Il ressuscite l’homme en en faisant un corps de gloire. Telle est la justice de Dieu : en condamnant le péché en l’homme, en détruisant le péché, il rend l’homme conforme à l’Image du Christ ressuscité, il lui octroie la filiation divine en plénitude. Le processus du jugement est donc est processus de RÉSURRECTION : Dieu libère l’homme de son enfermement et le fait exister dans la réalité de la filiation divine. «LE JUGEMENT, C’EST IDENTIQUEMENT LA MORT ET LA RÉSURRECTION DE L’HOMME : L’ACHÈVEMENT DE LA JUSTICE DE DIEU.» (op.cit. p.95) Dans les récits de guérison, Jésus révèle la pratique du Dieu différent, il revalorise la personne tout en condamnant son péché. Ces récits de guérison annoncent donc le processus du jugement dernier! En Dieu, il n’y a pas justice ou miséricorde : sa justice est identiquement sa miséricorde puisqu’Il libère l’homme de son existence égarée par le péché, les fausses gloires, pour le ressusciter dans une existence de plénitude, celle de la gloire de Dieu. En Dieu-Père il n’y pas de maximalisation du châtiment et d’identification de l’homme pécheur avec la réalité du péché. Dans le processus du jugement, Dieu détruit toute existence égarée et libère le moi, en le ressuscitant pour sa gloire et pour notre plénitude. Il enferme pour mieux libérer : «Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance ( l’égarement du désir ) et il attend avec patience de pouvoir les prendre tous dans la miséricorde de son jugement.» (Rm,11,32).
En conclusion, le jugement dernier est une bonne nouvelle de salut! Car Dieu nous jugera non pas à partir de notre péché, mais à partir de son cœur! Un jour ou l’autre, nous sommes tous des pécheurs pardonnés, car Dieu conduira un jour ou l’autre tous ses enfants à la conversion, à la louange éternelle. Pour Dieu les «maudits» n’existent pas, car il les délivrerait même du mal absolu de la damnation s’ils l’avaient «méritée», car il prédestine tous ses enfants à la gloire; Dieu est un Père qui récompense les bons mais qui pardonne aux pécheurs, car nous sommes tous des PERDUS RETROUVÉS, CAR LE SALUT EST POUR TOUS PAR PURE GRÂCE ET PAR PUR AMOUR. IL EST LE DIEU-JUGE QUI M’ATTEND NON PAS DANS LE DÉTOUR MAIS AVEC AMOUR ET PATIENCE!
Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,
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LE DIEU TOUT AUTRE : IL JUSTIFIE!
Les différentes relectures des textes bibliques en viennent à soutenir des propos fort différents. Ainsi en est-il de la question de la justice de Dieu. Pour les uns, en effet, Dieu est amour, mais il est aussi vengeance, le péché doit être puni, l’offense infinie ne saurait être minimisée par un pardon facile et déjà acquis. Il faut d’abord payer, ensuite peut-on espérer le pardon. Pourquoi mener une bonne vie dans la fidélité, s’il n’y a pas de justice divine pour récompenser le fidèle et sanctionner l’égaré? Heureusement que Dieu n’a pas épargné son propre Fils en le livrant à cause de nos péchés. Sa colère provoquée par les horreurs des péchés des hommes, s’est abattue sur le Fils comme la misère sur le pauvre monde, dirait ma sainte mère! Le Fils a payé pour les péchés des autres, sa mort hautement méritoire a donc compensé suffisamment! C’est dans cette punition nécessaire que Dieu se manifeste en sa supériorité infinie. Il est normal que Dieu en sa justice infinie punisse et avertisse et qu’il bénisse les fidèles. «Affirmer la justice pour les autres, y compris pour le Christ, et espérer la miséricorde pour soi qui se découvre de plus en plus incapable de triompher du jugement de Dieu, cette répartition n’est visiblement pas une synthèse heureuse.» ( F. Varone : In Ce Dieu censé aimer la souffrance, p. 140 ) Que Dieu punisse les pécheurs mais qu’il me fasse miséricorde à moi, moi , moi! D’autres soutiennent que la miséricorde de Dieu est toujours acquise, car Dieu n’est que miséricorde, une réduction qui s’inscrit en réaction à la théorie de la satisfaction énoncée précédemment mais qui verse cependant dans la malcroyance! Comment sortir de cette ambivalence entre la justice punitive de Dieu qui le campe dans un rôle de justicier livrant des sentences et la seule miséricorde qui réduirait Dieu à un rôle de spectateur de l’humanité, à la fois indifférent et débile!
L’autre voie, celle de la révélation et donc de la foi, nous rappelle que le jugement de Dieu se fait en deux temps : il détruit le péché, il condamne les égarements de l’homme dans sa quête de sens et de désir, de plénitude mais il pardonne cependant au pécheur. Le jugement de Dieu est à la fois condamnation et pardon. C’est dans le Christ que Dieu a révélé pleinement sa justice. ( Rm 1, 16-17 ) Mais encore là, ne versons pas dans la satisfaction en affirmant que nous sommes à l’abri de la terrible colère de Dieu étant donnée qu’elle s’est déjà assouvie sur Jésus que Dieu n’a pas épargné en le livrant à une mort cruelle. Que dit la foi révélée? C’est par méconnaissance que l’homme s’égare dans la recherche de la plénitude de son désir. Et c’est par méconnaissance ou malcroyance que l’homme pense que le jugement de Dieu est colère et punition entrainant la révolte de l’homme et parfois même, son athéisme. Il faut donc en arriver à ce que le jugement de Dieu ne soit plus perçu par méconnaissance comme Colère de Dieu, mais qu’il soit enfin reconnu et vécu pour ce qu’il est depuis toujours et maintenant : UN JUGEMENT QUI SAUVE, LA JUSTICE DE DIEU.
«L’événement révélateur, c’est Jésus. C’est en lui que la méconnaissance peut se dénouer enfin et permettre au désir de l’homme de s’ouvrir sur un nouvel espace, un espace qu’il va reconnaitre comme sa véritable demeure en même temps que son avenir : la gloire de Dieu.» (op.cit. p. 153) 1) Dieu a envoyé son Fils dans une existence livrée….à la vanité et à l’esclavage de la corruption. Dieu a fait son Fils péché, donc son désir s’est trouvé comme le nôtre, livré à la vanité… à une exception près, l’existence livrée de Jésus, le Fils, ne connait pas le péché, l’égarement du désir, donc pas de révolte et de méconnaissance; cela veut dire : le jugement de Dieu qui «livre» Jésus est perçu par lui non comme colère et condamnation mais comme voie de salut, comme puissance de vie favorable pour l’homme et à son désir authentique, comme Justice. «La preuve en est sa résurrection : c’est dans cet événement où la vie de Jésus s’épanouit dans la gloire de Dieu, que le jugement de Dieu apparait enfin dans toute la plénitude de son action pour l’homme. La résurrection est donc l’événement qui révèle la Justice de Dieu : Si tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. (Rm 19,9)» (Op.cit. p.154 ) Enfin l’homme découvre dans le chemin de résurrection emprunté par le Christ, un chemin possible pour lui-même, il découvre que Dieu n’est donc pas celui qui livre l’homme à la mort et à la ruine de son désir de plénitude, que Dieu n’est pas le dieu mesquin et jaloux que sa révolte et sa méconnaissance lui faisaient entrevoir, mais plutôt le Dieu qui ressuscite et ouvre à la plénitude et à la pleine identification au Premier-Né du monde nouveau.
C’est le Christ qui nous révèle la Justice de Dieu comme processus de transformation pour l’homme. La Justice de Dieu dans son action transformatrice, s’appelle la justification. Dieu justifie, il rend le croyant ajusté à lui en condamnant en lui le péché qui conduit à l’égarement et à la quête des fausses gloires et en ouvrant le croyant à un avenir de plénitude. Le jugement de Dieu s’achève en l’homme glorifié dans l’événement de la résurrection à la suite du Christ. En devenant péché sans l’avoir commis , mais pour nous rejoindre dans notre existence, Jésus est devenu objet, avec nous, comme nous, du jugement de Dieu qu’en ressuscitant il a manifesté comme Justice. (Cf. op.cit. p. 155 ) Voici donc le plan de Dieu pour l’homme : tu ne t’égareras pas dans ton désir mais tu te laisseras engendrer, ressusciter et accomplir dans la gloire. Grâce à la révélation apportée par le Christ dans l’événement de sa résurrection, l’homme est passé de la méconnaissance à la foi au Dieu qui ressuscite.
Dans la foi, nous percevons la différence absolue de Dieu en son Mystère de libération de l’homme en le faisant participer à la gloire du Ressuscité. Ce n’est pas par la pratique de la loi et par la multiplication des œuvres que nous sommes sauvés mais par l’œuvre de Dieu, la résurrection du Christ. Mais vivre déjà en ressuscité, c’est s’engager dans des œuvres de salut! Chez ce Dieu tout autre, la justice aussi est toute autre : il n’y a en Dieu que puissance de vie et de salut pour conduire l’homme le long du chemin compliqué sur lequel son désir s’éveille puis découvre sa portée infinie, négativement d’abord dans la vanité du monde, puis positivement dans la découverte de la gloire de Dieu. La justice de Dieu, se fait donc miséricorde pour l’homme, force de transformation et de glorification pour l’homme. La justice de Dieu n’est que miséricorde car elle fait valoir l’homme; sa vie dans le compagnonnage du Christ lui permettra de se laisser engendrer par le Père. Son désir de plénitude et sa pratique de vie dans le compagnonnage du Christ, conduiront l’homme vers le salut, le partage de la gloire du Ressuscité. La Justice du Dieu tout autre : une PUISSANCE POUR LA VIE !
Pierre-Gervais Majeau
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LE SACRIFICE DE JÉSUS:
L’OEUVRE DE SA VIE!
¨Le Fils de l’Homme est venu non pas pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup.¨( Mtt 20,28 ) Voilà la parole qui résume le mieux le sacrifice de Jésus, l’œuvre de sa vie. La rançon signifie non pas le prix mais l’instrument de libération. La relecture sacrificielle de la théologie de la satisfaction, si en vogue au Moyen Âge, a interprété ce verset dans une visée compensatrice de la mort de Jésus. Dans tout le Nouveau Testament, la satisfaction n’existe pas comme exigence de salut. La satisfaction lie le salut à la mort de Jésus, la mort d’un Fils de Dieu : une mort innocente par surcroît ne peut être qu’infiniment méritoire. Cependant, c’est la Résurrection du Christ qui apporte le salut. Mieux encore, c’est la vie et sa pratique, la mort assumée et la Résurrection qui sont chemin de salut! ¨C’est seulement dans la stricte unité de ces trois étapes que le parcours de Jésus dans sa totalité révèle son sens et sa valeur de salut universel.¨( F.Varone, in Ce Dieu censé aimer la souffrance, p. 110 ) Les Évangiles démystifieraient ce mécanisme victimaire de la théorie de la satisfaction et de fait aucun écrit néotestamentaire n’alimenterait les thèses de la satisfaction qui ont altéré le christianisme. ¨Au désir de l’homme encore égaré dans la méconnaissance, dans la révolte et dans toutes les pratiques aberrantes qui en découlent, Dieu se révèle comme Puissance de vie pour l’homme. Et cette révélation s’accomplit dans la vie de Jésus, à travers toutes les étapes de sa trajectoire : sa pratique d’abord, la mort qui s’ensuit et la résurrection où Dieu donne raison à Jésus, et accomplit son désir de plénitude.¨ ( op. cit. p. 112 ). La pratique de Jésus devient donc une pratique d’homme sauvé et tous ceux qui endossent sa pratique endossent une pratique de salut!
Les écrits néotestamentaires sont tous forcément des relectures postpascales de la pratique salvifique de Jésus. L’Épitre aux Hébreux n’échappe donc pas à cette règle. On peut faire une lecture matérialiste de cette épitre et également, une lecture symbolique. La lecture matérialiste est chère à la théologie de la satisfaction. L’interprétation symbolique utilise dans cette épitre le langage sacrificiel pour rejoindre la vie même de Jésus des origines jusqu’à la résurrection pour en faire ressortir la portée salvifique. On passe donc du rituel à l’existentiel, de l’image à la réalité. Le cadre symbolique de l’épitre aux Hébreux est celui de la fête juive du YOM KIPPUR, fête du renouvellement de l’alliance entre Dieu et son peuple. C’est la plus grande fête du calendrier juif. Ce cadre sacrificiel servira donc de fond de scène pour parler du sacrifice de Jésus en regard de la Nouvelle Alliance. La fête du renouvellement de l’alliance se déroulait en quatre actes : 1) l’ obtention du sang, 2) la traversée du voile du temple, 3) l’aspersion du propitiatoire, 4) l’aspersion du peuple avec le sang. L’Épitre aux Hébreux emprunte donc ce cadre pour situer l’originalité du sacrifice de Jésus. L’utilisation de ce cadre demeure une entreprise remarquable mais risquée en ce sens qu’il y avait de possibles dérives sacrificielles. Dans l’Ancien Testament, les sacrifices ne comportaient pas toujours les nécessaires mises à mort, on pouvait offrir de l’huile, du vin, des fruits. La mise à mort pour l’obtention du sang ne faisait pas partie du sacrifice, ce n’était qu’une technique nécessaire qui ne constituait pas le cœur du sacrifice. L’épitre aux Hébreux affirme que nous avons été sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus (10,10). Le corps, le sang : des réalités pour parler de Jésus avec toute sa vie! L’objet réel du sacrifice de Jésus n’est ni le sang répandu, ni le corps mis à mort, mais la ¨ prière¨ de Jésus :cris et supplications. À la suite de Jésus, les disciples offriront le même sacrifice de louange, le fruit des lèvres qui confessent son nom.( 13,15 ) Et l’auteur rappelle immédiatement que l’entraide et la bienfaisance sont des sacrifices qui plaisent à Dieu. (13,16 )
Le grand-prêtre apportait donc dans un grand vase le sang qui devait signifier la démarche vitale de tout le peuple dans le renouvellement de l’alliance. Il traversait le voile du Temple avec ce vase. Jésus a traversé le voile de la mort avec toute sa vie, sa pratique prophétique, sa foi en un Dieu capable de le ressusciter. En présence de Dieu, dans le Saint des Saints, le grand-prêtre versait un peu de sang sur le propitiatoire et par la suite, il revenait vers le peuple pour l’asperger de ce sang. Toute la démarche rituelle constituait le sacrifice. Un sacrifice est donc un acte symbolique par lequel le peuple peut accéder à Dieu pour trouver dans la communion avec lui, sa propre plénitude. C’était exactement cela le sens de la fête du Yom Kippur. ACCÈS, COMMUNION ET PLÉNITUDE : voilà l’objectif de la démarche sacrificielle.
¨Après avoir parlé à nos pères dans les prophètes, Dieu nous a parlé par le Fils ¨ … ( Héb.1,1-2 ) Il nous a parlé par le sacrifice de Jésus, par l’œuvre de toute sa vie. La vie de Jésus, sa pratique prophétique, son immersion dans la condition humaine ( cris et supplications, peurs et angoisses…), autant d’aspects nous montrant Jésus comme acteur sacrificiel. Son passage à travers le voile de l’obéissance à la volonté de Dieu rappellera celui du grand-prêtre dans le Temple. La volonté de Dieu c’est de faire en sorte que la condition de vie humaine soit un chemin vers la vie en plénitude. La mort de Jésus se veut une traversée du voile de la chair, de la fragilité humaine et l’arrivée de Jésus devant la face de Dieu. Dans ce second acte du sacrifice de Jésus, la mort, rien n’est joué! Rien n’est encore sauvé! Rien n’est encore résolu. Le troisième acte, l’accès à la perfection, la résurrection ou le relèvement de Jésus, constitue l’achèvement en plénitude de Jésus. Le sacrifice de Jésus est maintenant achevé : ¨Jésus, avec toute sa vie, à travers sa mort comme aboutissement logique de sa pratique, a accédé à Dieu, est entré dans la communion avec Lui et y a trouvé sa propre perfection : accès, communion, perfection : les trois termes qui définissent le sacrifice, en une démarche non plus rituelle, mais existentielle, ont été appliqués à Jésus pour dire la portée salvifique de cet être, pour préciser aussi qu’en lui se réalisent enfin toutes les promesses antérieures. En Jésus, Dieu parle enfin définitivement.¨( op.cit. p. 125. )
Avec le troisième acte, celui du ¨sang¨ sur le propitiatoire, i-e, la vie rendue parfaite auprès de Dieu, le sacrifice est achevé. Il faut donc l’annoncer au peuple : donc rendre au peuple sa vie mais maintenant enrichie de la vie même de Dieu. Annoncer le Christ ressuscité, c’est annoncer la vie enrichie du peuple de Dieu par la Résurrection du Fils qui a reçu le nom au-dessus de tout nom! Annoncer la résurrection pour que tous deviennent les compagnons du Christ dans le partage de la même gloire. L’épitre aux Hébreux parle un langage sacrificiel qui n’est nullement satisfactionnel mais bien révélationnel. Car le sang de Jésus, c’est-à-dire, sa vie et sa pratique, parle, il porte une révélation ; les disciples se mettent à son écoute, faisant maintenant de leur vie réelle, un chemin d’accès à Dieu et à sa puissance de vie pour nous ( la résurrection ), faisant de leur propre vie un sacrifice , à la suite du Christ reconnu comme le précurseur sur ce chemin révélé de salut.
¨Ainsi donc, entrer dans le sacrifice de Jésus ne signifie donc pas pour le croyant comme pour Jésus lui-même, récolter et subir des souffrances à cause de leur valeur compensatoire devant Dieu qui les aime pour cela. Mais entrer dans une pratique positive , dans la voie existentielle ouverte par Jésus, la voie qui porte notre existence vers Dieu et les autres, même si, chemin faisant, il faudra rencontrer et traverser la résistance, la souffrance et finalement la mort. ¨(op.cit. p.138 ) Le sacrifice c’est l’acte par lequel on fait du sacré. Seule est sacrée l’existence, celle de Dieu et celle de toute personne habitée du désir de cette perfection que Dieu lui partage dans le Christ. Le sacrifice de Jésus, l’œuvre de sa vie! Toute sa vie est une révélation du chemin du salut, du chemin menant à la Plénitude, à la Résurrection, à la condition de Fils de Dieu.
Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,
Unités Belles-Montagnes et Pied-de-la-Montagne, Diocèse de Joliette.
Membre du Forum André-Naud.
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UNE VIE ACHEVÉE
EN RÉSURRECTION
Un jour, une enfant de douze ans mourut d’un anévrisme au cerveau. Aux funérailles, le prêtre, tout en compassion et en tendresse, parle dans son homélie de la volonté de Dieu, de la sagesse impénétrable de la divine Providence ¨qui a voulu nous faire passer par une telle épreuve¨. Et le prêtre rappelle que Dieu est malgré tout un Dieu bon! Que de fois une telle scène s’est répétée au cours de l’histoire! Dieu est bon mais il permet le mal! Est-ce un Dieu qui aimerait faire sentir sa toute puissance arbitraire, histoire de nous contrôler par la peur? Le drame, c’est que nous trainons dans notre coffre deux discours : celui de la religion (païenne?) et celui de la foi. Nous oscillons sans cesse entre ces deux registres sans nous en rendre compte! Comment sortir de l’impasse? La clef de tout, dit saint Paul (1 Cor 15,14-17) , c’est la Résurrection! Résurrection : plénitude de l’homme vivant par la puissance de Dieu, rencontre du Dieu vivant, vie achevée dans la rencontre de Dieu. Dieu est bon, affirme le discours de la foi parce que sa bonté se réalise dans la Résurrection!
Le discours de la religion parle du gouvernement de Dieu sur le monde. C’est le discours que nous retrouvons tout au cours de l’Ancien Testament. Dieu mène tout! Cependant, dans le Nouveau Testament, on parle de Royaume : Dieu mène tout en son Christ, et par le Christ, il mène le monde vers son accomplissement, il le mène à la Gloire avec le Christ à la tête d’une humanité nouvelle. C’est l’Esprit qui nous conduit de la conception religieuse du monde à la vision de foi sur le monde! L’action de Dieu, sa gouvernance, c’est de faire exister et par la suite , de laisser exister dans la liberté. C’est en cela que consiste sa volonté : sa volonté, c’est notre sanctification et la concrétisation de cette volonté est entre nos mains. Dieu, en règle générale, laisse faire et livre le monde et l’histoire à leurs propres forces internes; dans ce cas, il devient impossible de soutenir qu’il permet certains drames! Sur notre monde, sa ¨providence¨ en est une d’inspiration. Il fait exister pour laisser exister. Il ne s’agit donc pas d’une providence d’organisation où Dieu serait le seul Acteur réel de l’histoire. Si cela était vrai, il faudrait donc se faire valoir pour que le gouvernant de ce monde nous soit favorable comme le soutient le discours religieux!
Dans la foi, Dieu est le tout autrement puissant, celui qui peut libérer la liberté de l’homme. On ne parle donc plus de gouvernement mais d’attirance d’un Royaume de liberté, de confiance, de collaboration, de reconnaissance et d’amour. Avec les risques inhérents à la liberté humaine : méconnaissance, violence des dominants et écrasement des fragiles et divers mépris de la liberté. Tout ce qui s’appelle péché ou égarements vers des fausses gloires! Voilà ce que dit la foi sur le cours de ce monde. Le désir souvent hésitant et égaré de l’homme peut épouser le Désir de Dieu : nous rassembler en sa maison! Dans cette conception du monde que promeut le discours de la foi, Dieu devient avec l’histoire humaine. Le temps, l’histoire, l’humanité et chaque personne pourraient apporter à Dieu la plénitude qu’il désire. Nous sommes devenus nécessaires à sa plénitude : c’est ce que croit la foi. Le Verbe se fait chair, histoire et l’Éternel fait alliance avec le temporel! Dieu dépend de l’histoire, tel est son désir, il s’y est immergé. Il y exerce un regard de bienveillance mais pas avec un œil inquisiteur! Et dans ce cas, Dieu n’a pas sur le monde, une connaissance dirigiste ou déterministe comme le prétend le discours religieux. Laissons ici la parole à François Varone : ¨Ce qui n’est pas encore, n’est pas du tout, n’est rien du tout. Et rien n’est pas, pour personne, un objet de connaissance, même pour Dieu. Rien c’est rien!¨ ( In Ce Dieu absent qui fait problème, p. 114 )
Sur le cours de l’histoire qui conduit l’homme, selon le désir de Dieu, vers la Parousie, Dieu a un regard de bienveillante attirance. C’est sur ces chemins périlleux de l’histoire humaine, histoire d’une liberté souvent égarée, à travers le temps, temps et histoire partagés par Dieu également, c’est donc à travers ce déroulement historique que Dieu devient TOUT EN TOUS. C’est son projet, c’est son désir. En Dieu, il n’y a qu’une seule volonté et elle est salvifique à l’égard de tous! Tandis que le discours religieux maintient en Dieu une volonté de partage entre élus et maudits, prédestinés et réprouvés, ciel et enfer…le discours de la foi soutient que tous sont prédestinés au salut, tous existent sous le signe de l’Amour, tous sont prédestinés à des étapes et par des cheminements différents. Personne n’est réprouvé! Dieu sait-il qui serait sauvé ou non? Connaissance divine de ce qui ne serait pas encore, soutenir cela c’est annuler le temps, celui de la liberté, c’est annuler l’apport réel que Dieu, dans son alliance, attend de l’homme dans le temps. Le Dieu de la foi se fait patience en sachant que le Christ est en train de grandir vers sa stature d’Homme achevé. Dieu devient progressivement tout en tous, l’humanité est en train d’avancer même péniblement vers son rassemblement dans le Christ. Le seul acquis de la foi c’est d’affirmer l’alliance actuelle entre un Dieu sauveur universel et une histoire en état d’alliance en train de s’accomplir progressivement. Dans cet état d’alliance, Dieu fait valoir l’homme et l’homme fait valoir l’homme dans toute quête de plénitude. Notre monde est donc en chantier, le Royaume annoncé prend donc place en côtoyant les aléas de la vie. Le Royaume est en chantier dans le chantier du monde organique en plein devenir!
Le mal physique nous pose question. Dieu serait-il responsable de ce mal, devrait-il en répondre comme s’il en était l’auteur? Le discours religieux soutient que ce mal devient un outil de réprobation des péchés. Qui a péché pour qu’il soit né aveugle? Lui ou ses parents? Peut-être est-il né aveugle à cause de ses futurs péchés? Pourquoi est-il né ainsi? Ou pour quoi est-il né ainsi? Pour quoi? La source du sens, c’est l’avenir et l’avenir, c’est la Résurrection. Le mal physique ou le mal moral est inhérent à un monde en évolution et en devenir. Il n’est en aucun cas, le résultat d’une déchéance à la suite d’une faute originelle comme le soutient le discours religieux. Un tel discours religieux est même, poussé à sa limite, une injure à Dieu qui aurait manqué son coup ou encore, aurait permis la faute pour mieux rétrograder une créature devenu objet de sa jalousie! Notre monde est en évolution, et avec l’homme, il devient histoire. Désormais, l’homme conscient et libre, porte son propre développement. La poussée d’être du monde entier peut devenir dans l’homme, DÉSIR DE PLÉNITUDE, reconnaissance de la Plénitude divine et dans la foi, alliance dans cette quête, reconnaissance de Dieu comme Puissance de vie pour l’homme. Le ¨pour quoi ¨du mal physique trouve sa réponse ici : le mal physique devient provocation du désir l’homme en quête de plénitude. Provocation et donc appel à devenir!
Dans ce monde en évolution, Dieu livre l’homme à l’événement. Avec les risques inhérents que comporte un monde organique et précaire. C’est là son plan. Ce n’est donc qu’indirectement que Dieu a à répondre du mal physique! Dieu livre l’homme à ce monde organique et précaire, pas pour le faire expier ou payer. Le mal physique est naturel. Il existe alors pour quoi? Il existe naturellement mais il permet à l’homme d’accéder à son devenir de fils de Dieu en devenant occasion de croissance, de liberté, de choix. C’est là la pédagogie que Dieu a voulue pour que l’homme laissé à lui-même, choisisse Dieu et son Règne de plénitude. On pourrait parler ici d’une PÉDAGOGIE DU DEVENIR INFINI! Quelle joie pour l’homme et pour Dieu quand les risques de la liberté permettent la rencontre dans la plénitude de la Résurrection! La souffrance existe non pas pour punir le péché, mais tout en étant naturellement normale, elle devient le lieu où l’œuvre de Dieu se manifeste en faveur de l’homme.
¨L’homme est un être de fragilité non parce qu’il est la ruine d’un chef d’œuvre passé ( voire puni et déchu! ) mais pour être le chantier d’un être à venir. Il faut que l’homme se reconnaissance et se choisisse lui-même comme l’être en qui Dieu attend de faire éclater sa puissance de vie et d’amour. Il sera fils de Dieu, le désir de Dieu est de l’ENGENDRER et le désir de l’homme en est le reflet : l’homme doit donc devenir fils de Dieu…pour que l’accomplissement de l’histoire soit, certes, l’œuvre de Dieu, mais aussi l’œuvre de l’homme.¨ ( Op. cit. p.126.) L’œuvre de Dieu, c’est la gloire de l’Homme, sa plénitude, sa parfaite identification au Fils de Dieu, sa complète spiritualisation, sa RÉSURRECTION : UNE VIE VRAIMENT ACHEVÉE!
Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,
Unités Belles-Montagnes et Pied-de-la-Montagne,
Diocèse de Joliette.
Membre du Forum André-Naud.
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