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1- «Résurrection», vous avez dit !
Comme pasteurs , nous sommes souvent appelés à présider des célébrations de l'adieu et nous sommes alors amenés à rappeler les grands axes de notre espérance chrétienne. Qu'entendons-nous alors par des mots comme mort et résurrection?
La mort serait donc la cessation de l'animation du corps matériel. Il y a mort du corps matériel animé, ce que nous appelons corps psychique, quand il y a discontinuité matérielle. Ce corps psychique cesse donc d'exister et le corps spirituel adviendra par la suite.
Il ne peut s'agir de deux réalités totalement différentes. Ce corps spirituel qui se relève dans la gloire de la résurrection est donc un Moi divinisé. Entre le corps psychique et le corps spirituel, il y a donc une discontinuité matérielle, mais aussi une continuité personnelle et existentielle du fait que Dieu notre Père recrée le corps (principe immatériel de la personne ) dans son espace de vie totale.
Dans l'événement-résurrection, l'acquisition de la filiation divine, s'opère immédiatement : tout en restant des MOI bien uniques et personnels, Dieu se fait tout mais en tous, car sa plénitude comble tous ces MOI. (cf. 1 Co 15, 20).
Dans l'épître aux Romains, 8,14-30, l'apôtre Paul nous expose en quoi consiste cette mutation spirituelle dans l'acquisition de la filiation divine qu'il appelle aussi la résurrection. Pour lui, la résurrection des corps spirituels c'est identiquement la filiation divine. Car Jésus ressuscité, le Fils par excellence, est l'Image du Père, et cette image (donc cette filiation parfaite) doit être reproduite dans la multitude des frères et des sœurs comme autant de puinés à la suite du Premier-Né. C'est par la résurrection que Jésus, fils de Dieu, a été établi fils de Dieu en puissance. Il en sera ainsi pour nous les puinés du Premier-né. Et ce processus de résurrection ou de relèvement s'opère en trois temps consécutifs.
En citant 2 Co 3,18, nous pouvons affirmer que le premier temps de la résurrection commence dès l'entrée dans la vie baptismale, car déjà nous réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur et nous sommes déjà transformés en Image de Dieu quand nous passons de gloire en gloire. Le deuxième temps de la résurrection c'est celui de notre mort personnelle où il y a discontinuité matérielle de notre corps psychique et immédiateté de l'acquisition de la filiation divine de notre corps spirituel, tout comme le Christ en croix franchit le voile de la mort pour passer immédiatement à la gloire de la résurrection d'après 2 Co 5,1. Et le troisième temps de la résurrection viendra après que se seront produites les multiples résurrections individuelles. Comme chaque ressuscité reste lié à ses solidarités humaines, la résurrection finale arrivera quand Dieu sera tout en tous, une fois que l'Esprit aura réalisé la cohésion finale. Alors tous les ressuscités seront passés de la désobéissance ou de l'errance spirituelle à la miséricorde, une fois que Dieu aura détruit en eux tout péché, donc toute incapacité de moyens de salut, pour les prendre avec patience dans le sein de sa miséricorde. Car Dieu condamne le péché, mais Il ressuscite le pécheur en l'englobant dans la filiation divine.
Comme pasteur, nous avons un bel ouvrage à accomplir et c'est le suivant : donner sens aux réalités de la foi chrétienne pour faire reculer les malcroyances qui soutiennent qu'on peut devoir agir sur Dieu pour être payé en retour. La foi évangélique nous annonce un Dieu tout autre qui nous a tous destinés à l'acquisition de la filiation divine donc à la résurrection, à la louange de sa gloire.
Pierre-Gervais Majeau
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2- Qui est en perte au juste:
la religion ou la foi ?
Depuis l’aube des temps, les humains ont monté des systèmes religieux à leur image et à leur ressemblance. Appréhendant les terreurs ou les menaces de ces dieux imaginés au sein de leur panthéon, ces humains ont structuré des systèmes religieux dans le but de se faire valoir devant ces dieux jaloux ou mesquins. Sacrifices, rites d’expiations, actes méritoires, gestes satisfactionnels deviennent autant d’outils que les humains inventent dans le but de manipuler ces divinités afin de se mettre à l’abri de leurs terreurs punitives. Quand ces systèmes deviennent établis, ils se donnent des temples, des clergés, des doctrines, des pouvoirs spirituels, des outils d’exclusions et toutes sortes de contraintes morales ou autres. Ce sont ces systèmes religieux ou ces religions institutionnalisées qui sont aujourd’hui suspectés, quittés, rejetés, et qui sont en perte de vitesse partout dans le monde. Comme dit la chanson, faut-il en pleurer? Faut-il en rire? Je n’ai pas le cœur à le dire!
Mais désormais, des prophètes se lèvent pour rappeler la pertinence de l’expérience spirituelle, voire même de la foi biblique. D’ailleurs les prophètes bibliques et le Christ ont sans cesse critiqué les institutions religieuses de leur époque. Le système religieux est certes nécessaire s’il permet à la foi de traverser les civilisations et l’Histoire. Mais ce système n’existe pas pour lui-même, mais seulement dans le but de permettre à la foi de pouvoir se perpétuer. Au cours de l’histoire, les tentations furent nombreuses de faire valoir les institutions au mépris de la foi vécue.
La religion fait valoir Dieu pour qu’il nous soit bienveillant, dans l’expérience de la foi nous découvrons que c’est Dieu qui fait valoir l’humain. Le christianisme s’est laissé pervertir par les théories religieuses de la satisfaction sacrificielle, mais maintenant il s’en libère de plus en plus.
Désormais, nous pouvons dire que le sacrifice du Christ, son sang versé, n’a pas comme but de mériter le salut, mais de révéler que cette pratique prophétique du sang versé par amour devient un chemin tracé pour conduire l’humanité, à la suite du Christ, à la plénitude de la vie, en sortant l’humanité de sa précarité ontologique et de la mort totale ou elle se croyait enfermée. Toute vie donnée selon la pratique prophétique du Christ, que ce don soit violent ou non, devient un chemin de glorification ou de résurrection. La pratique de vie prophétique du Christ nous révèle que la passion et la mort sont devenues dans l’évènement de la résurrection, des chemins de vie. Le Christ a fait une œuvre de révélation en signifiant que nos chemins de passion sont des chemins de résurrection quand ils sont vécus à la suite du Christ et dans la fidélité à sa pratique. D’ailleurs, le Christ ne s’est-il pas dit lui-même chemin de vie car il nous a libérés de toute mort totale.
En conclusion, on peut affirmer qu’en prenant le chemin du Christ, nous sommes libérés de toutes nécessités satisfactoires et compensatrices en vue d’un salut qu’on pensait devoir mériter . Dans la foi, nous réalisons que les souffrances du temps présent, assumées selon la pratique de Jésus, nous paraîtront bien légères en regarde la gloire de la résurrection que Dieu va révéler en nous, quand nous serons établis dans notre pleine dignité de filles et fils de Dieu.
Pierre-Gervais Majeau
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3- Le Hasard ou la Providence ?
Dans mon bureau jadis, il y avait au mur une plaque qui portait l’inscription suivante : le hasard est un manteau dont se revêt Dieu pour mieux passer inaperçu. Est-ce si vrai que cela? Si le Dieu des philosophes est la cause première de tout, le rôle de ce Dieu semble s’arrêter là. Dans les faits ce qui existe c’est un monde autonome avec un enchevêtrement de forces, les unes physiques les autres morales. Ce qui existe vraiment c’est l’événement. Face à l’homme, il y a l’événement. Dans l’enchaînement constant des événements, tout provient du hasard devenu nécessité par le libre jeu organisé des forces physiques ou autres. Et quand ce n’est pas le jeu du hasard, existe alors le projet mis en œuvre par l’homme. Et je laisse parler ici François Varone : « Il n’y a pas un Sens global, une Providence, une Pensée qui dirige le tout, il n’y a que cette immense et incessant enchevêtrement de hasards et de libertés, de forces aveugles et de projets humains. Il n’y a pas d’autres sens que ceux que l’homme peut, petit à petit, arracher ou imposer à la réalité, en fonction de son désir de vivre et de ses besoins. » (in Ce Dieu absent qui fait problème. p.84)
Au cours de l’Histoire, les hommes ont élaboré des rites et des systèmes religieux dans le but d’influer sur Dieu afin que ce dernier puisse inter-venir dans l’événement en faveur de l’homme. Le Dieu de ces religieux devait se montrer provident. Pour ces mêmes religieux, l’événement est considéré comme un instrument de l’intervention directe de Dieu dans le cours de l’histoire. Est-ce si vrai que cela? Il ne faut pas s’étonner qu’une telle croyance en la Providence ait engendré tant de révoltes et d’ athéismes devant les drames des innocentes victimes surtout. Une telle malcroyance, qui a pour but de faire valoir Dieu, ne tient pas la route. Ou bien l’homme est soumis à un plan préétabli qu il doit exécuter en automate, obéissant à des ordres divins dans le but de recevoir des mérites ou bien des compensations.
Dans le cas contraire, il sera en situation de dé-mérite et de possible punition. Ou encore, s’il traverse une épreuve c’est en vue d’un bien supérieur qu’il doit espérer et attendre dans la soumission.
Que dit la Foi de l’Évangile? Le Dieu de la foi chrétienne n’est ni le Dieu totalement absent des athées ni le Dieu totalement contrôlant des religieux du paganisme. L’Homme est seul face au déroulement incessant des événements, seul face à l’autonomie du monde. L’Homme y fait son bonheur en l’utilisant et en le maîtrisant. Dieu, tout en n’étant pas indifférent à ce qui se déroule dans l’événement, le laisse exister sans intervenir ni pour empêcher ni pour réparer. L’événement n’est donc pas signe de Dieu pour avertir ou pour punir. Dieu n’est ni absent ni contrôlant, il est proche partenaire.
Le seul signe de Dieu dans le monde est venu dans la personne du Christ, dont la présence a été espérée depuis Abraham et tous les croyants bibliques et maintenant rendue visible au sein de l’Église et des Sacrements. En Jésus, Dieu est inter-venu comme une puissance de vie pour l’Homme qui lui, demeure seul pour agir ou subir l’événement. C’est face à l’événement que l’Homme exerce sa liberté, ses responsabilités. Quand le religieux en régime païen voit dans le malheur des punitions ou des remontrances providentielles, le croyant voit dans le malheur rien de permis, mais des séquelles de l’autonomie de ce monde.
En conclusion, le croyant en refusant d’être objet des hasards, en rejetant le rôle d’exécuteur prétendu en régime païen, devient donc créateur d’existence et de sens. En agissant en être de précarité sur l’événement pour épanouir son existence , l’Homme devient donc co-créateur, véritable fils de Dieu. Et devant cet Homme, Dieu n’est ni jaloux ni mesquin mais plutôt partenaire dans le Signe du Christ pour le conduire enfin ou à la fin, à la plénitude de la vie, à la pleine stature du Christ.
Pierre-Gervais Majeau, curé,
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4- Tu as la prière de ta foi.
Autrefois, au pied du monument du Sacré-Cœur, jouxtant la Cathédrale de Joliette, il y avait quatre anges. Par leur attitude, chacun exprimait un des aspects de la prière : adoration, louange, intercession et expiation. L’ange de l’expiation et l’ange de l’intercession me posaient déjà question : quelle est la prière souhaitable? Entre le non- prier des athées et le mal-prier des religieux païens, il y a le prier de la foi.
Dans la religion de l’utile, la prière se fait l’expression du besoin et la demande s’accompagne de rites sacrés dans le but de faire fléchir la divinité en faveur de l’homme. Le but de la prière est d’agir sur Dieu pour faire en sorte que le besoin de l’homme l’emporte sur le désir de Dieu. Le religieux païen prie comme un homme limité à la satisfaction de ses besoins; et s’il n’est pas exaucé, il n’hésitera pas à se révolter. Le croyant, lui prie en étant habité du désir de plénitude constamment en bute aux aléas de la vie. Ce Dieu qui se veut absent dans les drames et les combats de la vie humaine, attire sans cesse l’homme au partage de sa plénitude et par la prière, l’homme découvre la mystérieuse présence de ce Dieu Père dont le désir le plus ardent est de nous partager sa vie. La prière du Notre Père exprime à son plus haut point la véritable prière de la foi évangélique, c’est-à-dire l’avancement du règne de Dieu. «Je suis malade, que je guérisse ou pas, cela dépendra de ma résistance et de l’art médical, qu’importe pourvu que dans les deux cas le royaume progresse en moi et par moi.» (in ce Dieu absent qui fait problème, le Cerf, p. 182) Le désir de Dieu c’est son règne ou son royaume. Ce règne existe quand Dieu règne dans l’existence de l’homme et dans l’histoire de l’humanité. Et son règne advient quand l’homme accueille la vie qui vient de Dieu puis la partage aux autres dans la justice et dans la tendresse et quand l’homme fait retourner en louange cette vie ou ce règne vers Dieu.
La prière du païen existe par besoins à exaucer, la prière du croyant est permanente, elle ne peut qu’accompagner l’existence car la prière est l’exercice respiratoire de la foi.
Par la prière Dieu me fait exister et je l’accueille. Dans un deuxième temps je me prépare à exister avec Dieu et finalement je fais exister Dieu comme père qui comble mon désir de plénitude en comblant lui-même son désir de communion avec moi. Comme dit l’apôtre Paul, l’Esprit gémit en nous et nous fait crier vers le Père. L’Esprit, ce don du Père nous est donné pour durer en prière, pour trouver notre identité de fils et pour accéder à la vie définitive.
La prière est assurément efficace lorsque nous demandons la sagesse, la paix, le savoir dans l’Esprit-Saint, bref la connaissance de la liberté dans la foi. Le Père est amour et miséricorde et c’est dans l’accueil de cet amour que nous sommes sauvés d’une précarité définitive. La prière est donc un exercice pour produire des fruits de reconstitution de l’homme dans son sens, sa foi, sa liberté.
Qu’en serait-il de la prière d’intercession? Dans la prière d’intercession, le croyant ne prie pas pour que Dieu agisse mais parce que Dieu agit sans cesse. Dans la prière nous voulons retrouver le sens de cette action divine. Dans la prière d’intercession, le croyant veut faire passer dans sa vie concrète la justice et l’amour reçus de Dieu. Prier pour les autres? Non! Mais porter les autres dans notre prière pour durer dans la solidarité, pour rayonner ou diffuser sa foi et son espérance. Nous croyons, en effet, à la solidarité spirituelle, à l’intensité spirituelle de la vie communionnelle au sein du Corps du Christ( cf.Ep.4,12-16)
Et les morts, faut-il prier pour eux? Il ne s’agit pas de prier pour les morts mais de prier contre la mort. Nous vivons la mort de l’autre comme une amputation d’une partie de soi-même et un début de mort en soi. La mort me prive de tout ce que je recevais de l’autre. Celui qui me faisait exister ne m’atteint plus. Je ressens donc les affres de la mort. Prier contre la mort et avec les morts, c’est s’ouvrir à cet enseignement du Père qui me rappelle qu’avec lui je suis appelé à accueillir la mort et même à la dépasser, c’est donc mener à fond le combat de la foi et grandir dans l’espérance en ce Dieu capable de me partager la victoire déjà acquise dans le Christ de Pâques.
Prier, c’est en définitive faire exister Dieu comme Père pour qu’il nous fasse exister dans la pleine stature de fils et de filles de Dieu, en nous ouvrant à l’avenir de la Résurrection, à la stature de l’homme achevé dans la communion au Dieu vivant. Car dans la foi chrétienne, la résurrection est source de sens et sommet de vie.
Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé,
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