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L'Église: Quand s'élève
le vent de l'Esprit!

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QUAND S’ÉLÈVE LE VENT DE L’ESPRIT!

Ces derniers temps des voix se sont élevées pour nous alerter au sujet de l’avenir de notre Église et à propos de questions brûlantes d’actualité : le célibat obligatoire, la question de la théologie de la libération, les abus sexuels … Ces voix prophétiques s’élèvent pour apporter un nouvel oxygène à notre Église anémique et gravement meurtrie par les scandales sans cesse rappelés dans l’actualité. Plus de 140 théologiens allemands ont signé récemment un manifeste portant le titre L’ÉGLISE 2011 : UN RENOUVEAU INDISPENSABLE et annonçant toute une série de changements possibles et urgents : accès aux ministères ordonnés pour les hommes mariés et les femmes, l’accueil des couples homosexuels, la fin du rigorisme moral, la participation des fidèles à la nomination des évêques et des curés… L’heure est grave : ou bien l’Église se secoue et se renouvelle ou elle sombre dans le silence de la mort en étouffant à jamais les derniers espoirs possibles. Ce manifeste arrive à point nommé car il précède de quelques mois seulement la visite du pape en Allemagne. D’ailleurs, la chancelière Angela Merkel vient de demander une exception pour son pays afin que des hommes mariés soient ordonnés prêtres, requête faisant suite aux multiples abus sexuels qui ont profondément blessé l’Église en Allemagne.

Que penser de tout ce vent de l’Esprit? D’abord, force est de constater que le régime constantinien de l’Église est obsolète voire révolu ainsi que sa justification théologique d’un autre âge. Après l’aventure du concile Vatican II, on a voulu restaurer l’ordre ancien, ouvrant la porte à toutes sortes d’intégrisme et n’hésitant pas à faire taire les grands théologiens, les prophètes entre autres de la théologie de la libération et surtout tentant de favoriser un christianisme univoque et aucunement prophétique. Les dirigeants de l’Église , aux prises avec la tentation de l’absolutisme, auront donc échoué : ils ont tenté de cacher les failles, les scandales, les aberrations organisationnelles afin de lutter de toutes leurs forces contre un supposé relativisme moral et théologique. Ces mêmes dirigeants ont éteint des ardeurs d’évangélisation partout dans le monde, laissant alors la place aux prédicateurs évangélistes. Partout l’Église a fondu en nombre, en crédibilité et au sein de ses pasteurs. Il n’est pas rare de voir des paroisses se fermer, privées de pasteurs, il n’est pas rare de voir des pasteurs en charge d’agglomération pastorale contenant plusieurs communautés. Nous en sommes arrivés là pour sauver un principe : le célibat obligatoire! La gestion de cette règle me rappelle l’épisode d’Antioche dont parle l’apôtre Paul dans son épitre aux Galates (2,11-14). Pierre tergiversait à propos de l’observance de la loi de Moïse, il jouait double jeu s’attirant ainsi les remarques vigoureuses de Paul. Parce que Paul a osé lever le ton à ce propos de l’observance des règles de la loi de Moïse devenue obsolète depuis la résurrection du Christ, il a donné ainsi un avenir possible à l’Église! Dernièrement l’évêque de Bagdad rappelait qu’il n’y avait pas de problèmes de recrutement de prêtres dans son pays à cause de la non-obligation au célibat et que leur mode de vie les rendait plus acceptables en pays majoritairement musulman. Apparemment au Vatican, un projet de réforme de la règle du célibat circulerait discrètement et l’archevêque de Vienne n’a pas eu peur de remettre en question cette discipline dernièrement. Cette modification de la règle concernant le célibat ne règlerait pas tout : ne faisons pas de pensée magique! D’autres problématiques surgiraient : divorces ou séparations, problèmes familiaux… Mais en évitant toute forme de pression et/ou de répression, on favoriserait une sexualité moins compulsive et moins susceptible de déborder en toutes sortes d’exutoires questionnables. LES CHEMINS DE LA VIE DONNÉE OU ENGAGÉE SERAIENT DONC MULTIPLES ET APPORTERAIENT CHACUN UNE RICHESSE EXPÉRIMENTALE PROPRE!

Pour donner un avenir possible à notre Église, à l’heure des grands réseaux sociaux, il faut oser se remettre en question sinon l’Église le paiera aussi cher que les dictatures maghrébines qui n’ont pas vu se lever le vent des réformes nécessaires exigées par des populations jeunes, sans travail et sans avenir. Notre Église a perdu ses jeunes, ses forces d’avenir et nous nous cabrons sur de vieux concepts à sauvegarder parce que nous avons peur d’oser des changements. Nous réfléchissons sur les problématiques de ce temps présent et merveilleux avec les outils des théologiens du Moyen-Âge! Nous oublions que toute théologie est forcément une théologie de libération parce que toute théologie est théologie du SALUT! Le salut passe par tout l’homme, par tout l’univers de l’homme : politique, social, communautaire… Ce n’est pas pour rien que le nouveau préfet des religieux, à Rome, Mgr Joao Braz de Aviz, vient de faire l’éloge de la théologie de la libération, sciant d’étonnement les jambes de beaucoup de collègues au Vatican!

L’Église n’arrivera jamais à se donner le meilleur modèle qui soit et qui préviendrait tous les problèmes possibles, elle devra toujours s’ajuster, se modeler sur de nouveaux paramètres, adapter sa culture et sa pensée à l’Évangile de la Promesse du salut. L’Évangile n’est pas gelé dans la glace mais il est Parole vivante sans cesse en train de susciter de nouvelles conditions de salut! Et nous, nous tiendrions à des images papales propres aux gloires impériales, à des structures de promotion et de pouvoir pour d’aucuns au lieu de promouvoir une pastorale d’humilité, de miséricorde et d’esprit évangélique. Est-il encore possible de maintenir pour l’Église un modèle constantinien en plein vingt-unième siècle sans se soucier de l’urgence d’une nouvelle évangélisation? D’ailleurs, nous percevons de plus en plus une grande lassitude au sein de l’Église et plusieurs ne veulent plus accorder de crédit aux instances romaines.

Des virages s’imposent de toute urgence. Après tant d’années à servir audacieusement l’Église, en temps de jeunesse comme en temps de maladie chronique, je pense que j’ai acquis un droit de parole à la fois exigeant et passionné pour le projet de salut inauguré par le Christ. Et je fais miennes les propositions des 140 théologiens allemands : 1) favoriser la participation dans les décisions visant l’animation des Églises; 2) favoriser la vie des communautés chrétiennes, véritables lieux d’Église et non succursales de services;3) reconnaitre les droits des personnes, leur dignité et leur liberté; 4) reconnaitre et favoriser la liberté de conscience des personnes dans leurs choix de vie et d’engagements amoureux; 5) l’Église doit vivre la réconciliation et surtout avec les personnes qu’elle a blessées par des pratiques d’abus de tous ordres afin de retrouver sa crédibilité et de cesser de faire ombrage à l’Évangile; 6) favoriser une liturgie propre à notre culture contemporaine : convivialité, partage de vie et de Parole pour une véritable fête de la foi.

En conclusion, acceptons une fois pour toutes que notre Église sera d’autant plus vivante et porteuse d’une PROPOSITION de salut qu’elle saura faire fleurir toutes sortes de visages théologiques, spirituelles, culturelles et communautaires. L’Église est comme un prisme qui réfracte la lumière de son Maître pour la diffuser sous différentes couleurs. Aucune de ces couleurs ne saurait prétendre épuiser toutes les potentialités de l’Évangile, mais ensemble, elles diffusent un Évangile de salut capable de parler d’espérance à notre humanité plurielle et objet de l’émerveillement et de la bienveillance du Père éternel à tel point qu’Il est en alliance avec elle!

PIERRE-GERVAIS MAJEAU PTRE-CURÉ, DIOCÈSE DE JOLIETTE,QC.

L'Église: une appartenance
à géométrie variable ?

Au cours de la longue histoire de l’Église, les divisions de toutes sortes sont venues déchirer l’unité du Corps du Christ : l’Église! Le Royaume souffre violence et d’aucuns cherchent à s’en emparer. D’autres prétendent en détenir à la fois le pouvoir et le contrôle. Jésus ne dit-il pas dans son Évangile, que celui qui veut se faire le premier, qu’il se fasse le dernier et le serviteur de tous! En plus de la quête du pouvoir, il y a la quête du contrôle de la vérité. Le règne de l’uniformité est-il nécessairement le règne de l’Évangile? Aujourd’hui, les uns exercent un rôle de prophètes et d’innovateurs pour faire que la foi conserve sa pertinence dans le siècle présent tandis que d’autres veulent restaurer l’ordre ancien pensant sauver l’Église! Mais qui est objet de salut : l’humanité ou l’institution ecclésiale? Certes, il est nécessaire d’avoir certains cadres pour maintenir le projet évangélique bien vivant, mais il ne faut pas en ce cas confondre le sujet et l’objet! Les prophètes jouent un rôle primordial au sein de notre Église même si leur présence a toujours été tolérée et malmenée car ils dérangent et questionnent l’ordre établi pouvant nous faire croire illusoirement que le Royaume est établi! Le fardeau de la preuve appartient maintenant plutôt à ceux qui veulent à tout prix conserver l’ordre ancien au lieu de tout faire pour faire advenir le Royaume dans l’ordre nouveau de l’Évangile!

L’Église est sacrement de salut au sein d’une humanité porteuse d’une multitude d’ambiguïtés et l’Église partage ces ambiguïtés. Au sein de ce monde d’ambiguïtés, l’Église porte le témoignage de l’Évangile et ce témoignage demeure imparfait. En plus, les membres de l’Église vivent leur appartenance au Christ et à l’Église selon des modalités variables. Nous rêverions souvent d’une communauté ecclésiale uniforme : tous adhéreraient aux mêmes dogmes de la même façon, tous célébreraient d’une façon uniforme, tous auraient la même compréhension de la foi et de la pratique de vie chrétienne. Un tel rêve est une illusion irréaliste et non souhaitable! La diversité de la pratique de la foi assurera à l’Église sa vitalité, son cheminement à travers les cultures et les époques, son adaptation continuelle. Les différentes traditions chrétiennes ont permis à l’Évangile de marquer des cultures fort différentes. De plus, les ruptures douloureuses au cours de l’histoire de l’Église ont permis à l’Évangile de franchir des seuils pour permettre à l’Esprit de convertir son Église à son Christ et non à son propre corps!

Aujourd’hui, nous observons dans les communautés chrétiennes divers modes de participation et d’appartenance à l’Église : les uns sont au cœur de l’Église et vivent des engagements exigeants au niveau de leur foi et de leur vie spirituelle et n’hésitent pas à témoigner avec pertinence de leur foi. D’autres vivent leur pratique liturgique et éthique comme des exigences pour mériter leur salut concevant la voie chrétienne comme une religion. D’autres viennent occasionnellement ressourcer leur foi mais demeurent discrets dans la pratique de leur foi. D’autres viennent marquer par des célébrations les grandes étapes de leur vie : baptême, mariage, funérailles… D’autres fréquentent dans l’anonymat les lieux de pèlerinage afin de vivre des expériences spirituelles-relais. Et enfin, plusieurs restent au seuil de l’Église, amers, déçus ou soupçonneux. On observe donc un mode d’appartenance à géométrie variable! Faut-il s’en attrister ou en prendre acte comme un état de fait réel et même normal sur lequel nous n’avons aucune prise?

Et si la situation présente où se trouvent notre société et l’Église était une chance pour l’Évangile? Devant cette situation, les uns blâment, condamnent et méprisent ce monde qu’ils veulent évangéliser. Quelle aberration et quelle inconscience! Notre monde, avec ses ambiguïtés, ses démons et ses beautés, est objet de la bienveillance de Dieu. N’est-ce pas là le message de l’évangile de la Nativité : Paix et plénitude à l’Homme que Dieu aime! Notre monde actuel est merveilleux et tragique et c’est à ce monde que nous sommes appelés à déposer le levain de l’Évangile. Et on évangélise dans la tendresse et la bienveillance et non dans le mépris et l’arrogance. Et évangéliser, c’est engendrer dans la pratique de la vie chrétienne (peut-on engendrer autrement que dans la tendresse?) et c’est surtout et aussi laisser le monde ambiant, avec ses valeurs et sa culture , nous évangéliser … je dirais : à rebours! Et il faut accepter que l’Évangile demeure un levain dans le Royaume et un levain agit selon son mode d’action propre mais il ne contrôle ni la fabrication du pain ni sa cuisson. Il agit sans revendiquer le contrôle. Nous avons là une belle leçon de vie : évangéliser c’est comme mettre du levain dans la pâte humaine, c’est Dieu qui donne la croissance pour notre plus grande gloire. Et notre gloire fait la gloire de Dieu! Nous sommes donc appelés courageusement à assumer la réalité de ce monde pour lui proposer le chemin du Christ. Ce chemin du Christ nous conduira au Père qui enveloppe notre monde de sa bienveillance! Nous révélons un salut où nous précède l’Autre, le Ressuscité, dans nos Galilées!