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L’AVENIR DE NOTRE ÉGLISE ME PRÉOCCUPE AU PLUS HAUT POINT. Une seule génération fréquente la communauté, les jeunes et les gens d’âge moyen sont partis depuis belle lurette. On aurait beau culpabiliser les gens, les pasteurs, la société, cela n’arrangerait pas la situation actuelle. La tentation du retour aux valeurs et aux pratiques du passé est une pure illusion : ce serait encore une fois la tentation de la chapelle fermée sur soi! Les grands responsables de notre Église clament à tout vent que la situation actuelle est imputable au vent de relativisme qui a cours maintenant : encore là la tâche leur incombe de prouver une telle assertion! On a souvent présenté le salut annoncé par la foi chrétienne comme le salut de l’homme tel que défini par la philosophie scolastique : le salut pour un être idéalisé sans aucun lien avec l’histoire, la société, la vie économique et politique de son temps, un être composite formé d’un corps et d’un esprit. Un salut sans emprise sur l’homme véritable! Et si l’homme du vingt-et-unième siècle, n’était plus religieux au sens ¨païen ¨ du mot mais plutôt un être pragmatique, scientifique et conscient de son environnement? Et si la foi chrétienne n’était pas à l’aise dans un système religieux. Rappelons-nous que les premiers chrétiens étaient soupçonnés d’athéisme parce qu’ils rejetaient le système religieux de leur temps!
Quand on lit les blogues, on se rend compte bien vite que les gens sont méfiants des systèmes politiques, économiques ou autres. Le système ecclésial ne fait pas exception! Devant le dévoilement des scandales au sein de l’Église, les gens sont devenus encore plus sceptiques et corrosifs. Encore une fois, on a pensé qu’une condamnation des coupables viendrait remettre les pendules à l’heure! On a démonisé des personnes déviantes sans remettre en question l’approche qui a prévalu à cette situation problématique! Si le système actuel n’est pas modifié, on se condamne à reproduire les mêmes situations dans l’avenir : les cas deviendront plus cachés et plus déviants malheureusement! Et tous ces réflexes de survie deviennent douteux puisqu’ils ne visent qu’à perpétuer les concepts ecclésiologiques qui ont généré ces problématiques. ET SI ON OSAIT UN GRAND CHANGEMENT PROPHÉTIQUE! Pour une Église vraiment catholique ou universelle, dans ce monde actuel, dans le but d’acculturer la foi évangélique et d’en assurer la pertinence pour l’Homme de ce siècle, il faut faire un grand virage! Voici donc quelques propositions que j’ose déposer en faveur de notre Église. 1) Que notre Église permette l’émergence en son sein, d’un fort courant prophétique, accueillant courageusement projets et propos sans méfiance, les considérant comme une grâce et une chance, sans succomber à la facile tentation de la censure, du mépris du changement voire même de l’exclusion. Se pourrait-il que la société ambiante avec sa culture et ses valeurs, ait une mission inversée pour L’Église? Rappelons-nous qu’engendrer dans la foi c’est d’abord et avant tout, engendrer dans l’amour. 2) Que notre Église promeuve l’annonce de l’Évangile et l’avancement des valeurs du Salut avant de faire la promotion de son système religieux et du pouvoir de ses institutions .L’Église existe avant tout pour porter la mission du Christ au monde réel de ce temps. L’Église est porteuse de propositions de salut pour le monde, c’est sa finalité! 3) Que notre Église quitte une fois pour toutes le discours ambigu de la théologie dite de la satisfaction et de la compensation, de la théologie du mérite et de l’expiation qui a engendré dans le passé et encore aujourd’hui tellement de malcroyances, d’athéisme, de révoltes… pour adopter une théologie dont les bases seront celles de la foi révélée, de la foi évangélique. L’Église ne peut être enfermée dans un seul système théologique, elle doit favoriser l’émergence d’une pensée plurielle. Dans le discours sur la montagne, Jésus nous rappelle qu’il faut d’abord chercher le Royaume et sa justice. La justice du Royaume se vérifie dans la pratique des Béatitudes, une pratique de vie dans le Royaume déjà actualisé mais tendant vers son accomplissement! 4) Que la morale que l’Église promeut au sujet de la sexualité quitte une fois pour toutes la notion de la loi naturelle pour adopter une notion beaucoup moins aléatoire, la notion du VÉRITABLE AMOUR tel que présenté dans plupart des textes néotestamentaires.(c.f. :1Co.12,31 ss) La mission de l’Église ne consiste pas à faire la promotion d’un système philosophique si noble soit-il mais la promotion d’une morale basée sur les appels des Béatitudes! Le véritable amour, s’ajustant graduellement à l’Évangile se vit dans la promotion de l’autre, dans la fécondité de la relation amoureuse ou fraternelle, dans l’engagement selon les valeurs de dépassement promues par la pratique d’une vie évangélique, dans une fidélité libératrice et engagée. Que la morale promue par l’Église ne se fasse jamais condamnations et menaces d’exclusion, mais incitation et appel comme en fait foi la pratique même de Jésus dans l’Évangile. Une telle vision morale est loin d’encourager un relativisme nivelant et démobilisant comme d’aucuns le clament! 5) Que notre Église soit unifiée par la proclamation des mêmes données de foi chrétiennes essentielles à sa communion intrinsèque, mais diversifiée dans son organisation interne. Aux Églises locales de trouver les accommodements nécessaires dans la vie des communautés, l’agencement des ministères, l’acculturation des valeurs et des pratiques de vie chrétienne. Imaginez un seul instant, l’effervescence ecclésiale qui surgirait au sein des Églises. Je vais vous donner un exemple : au Québec, depuis près de vingt-cinq ans, on a pratiqué une pastorale de la miséricorde : conférences et livres sur le pardon, ateliers de thérapies, célébrations communautaires axées sur la célébration de la miséricorde avant tout, démarches symbolisées de pardon, absolutions communautaires célébrées au sein d’assemblées fort nombreuses… Enfin, on redécouvrait le pardon comme une valeur centrale de la foi chrétienne, après des siècles d’une pratique froide du sacrement du pardon vu comme lieu du tribunal d’une justice punitive de Dieu! Eh bien tout est fini maintenant! Cette pratique étant jugée non-conforme par les instances romaines! Un quart de siècle d’une pratique merveilleuse du sacrement du pardon venait de recevoir un discrédit. Aujourd’hui, des paroisses n’offrent plus rien, parce que personne ne vient plus à la confesse! Cela m’attriste au plus haut point! Dans ce cas précis, a-t-on écouté ce que l’Esprit disait à l’Église ou nous sommes-nous tout simplement écoutés dans nos propres a-priori? 6) Que notre Église devienne une véritable communauté de frères et de sœurs égaux, sans sexisme, sans racisme, sans discriminations basées sur les orientations sexuelles des personnes : une Église accueillante à la diversité des cheminements humains voire même amoureux. Tout en se réjouissant de l’avancement des droits pour les personnes vivant des engagements amoureux¨ autres¨ ou minoritaires, le voyant comme l’avancement du Royaume et de ses valeurs de justice, que notre Église promeuve une vision du mariage inspiré de l’Évangile et le présentant comme un sacrement de salut! Une telle pratique loin d’être contradictoire, se voudra surtout évangélique! L’Église n’aurait qu’à rappeler que tout amour est appelé à devenir signe d’Évangile! 7) Que notre Église quitte pour toujours ses discours de condamnations sur l’avortement, le condom, l’euthanasie, la conception assistée, le mariage gay…mais qu’elle fasse la promotion de la vie, de la grandeur des valeurs évangéliques. Son discours sera alors perçu comme des appels au dépassement et touchera le cœur de gens sensibles à ce genre d’appel à la promotion de la vie, au respect de la dignité humaine. C’est comme cela que l’Église s’assurera une pertinence dans le monde actuel. Quand l’Église condamne, elle ne fait que perdre de sa crédibilité et elle dessert son Maitre! Quand notre Église appelle au dépassement, elle apparait comme porteuse de lumière spirituelle pour notre monde actuel! Notre Église deviendra alors porteuse d’un levain capable de donner une force promotionnelle à notre humanité en quête de salut! Dans le ciel de Bethléem, le message donné en est un de paix, donc de plénitude, aux bien-aimés de Dieu, à l’humanité bien-aimée de Dieu!( Lc 2,14) Que la pratique pastorale de notre Église rappelle sans cesse par ses enseignements et ses appels, que nous sommes avant tout, les bien-aimés de Dieu. Donc que ce message en soit un d’appel, de promotion de l’homme, d’affirmation des valeurs proposées par le discours des Béatitudes. La pratique de ce discours fera de notre Église un sacrement de salut vraiment prophétique! Et alors si notre Église devenait inspirante pour ces jeunes en quête d’un humanisme et d’une spiritualité de libération! |
J'ai aussi écrit en août 2006: Pour une Église vraiment catholique, dans le monde de ce temps et d'ici ; pour acculturer la foi chrétienne dans la réalité contemporaine; pour assurer la pertinence de l'Évangile et de sa vision de l'Homme; il est urgent d'opérer un grand virage. Voici donc quelques propositions: 1. Que notre Église permette l'émergence en son sein, d'un fort courant prophétique, accueillant courageusement projets et propos sans méfiance, les considérant comme une grâce et une chance, sans succomber à la facile tentation de la censure, du mépris du changement voire même de l'exclusion. Se pourrait-il que la société ambiante ait une mission inversée pour l'Église ? 2. Que notre Église promeuve l'annonce de l'Évangile et l'avancement des valeurs du Salut avant de faire la promotion de son système religieux et du pouvoir de ses leaders. 3. Que notre Église quitte une fois pour toute le discours ambigü d'une théologie du mérite, de la compensation, de la satisfaction voire même de l'expiation, discours qui a engendré tellement de malcroyances et de révoltes, pour adopter une théologie dont les bases ne seront plus celles de la « religion » ou de la loi naturelle, mais celles de la foi révélée, de la foi évangélique. 4. Que la morale que l'Église promeut au sujet de la sexualité quitte une fois pour toute la notion de la loi naturelle pour adopter une notion beaucoup moins aléatoire, la notion du « véritable amour » tel que présenté dans les écrits du Nouveau Testament. Le véritable amour, s'ajustant graduellement à l'Évangile se vit dans l'union, la promotion de l'autre, la fécondité d'un amour engagé et la fidélité libératrice. Que la morale que l'Église promeut en soit une d'incitations et non de condamnations. 5. Que notre Église soit unifiée quant aux données essentielles de la foi chrétienne, mais diversifiée dans son organisation interne. Aux Églises locales de trouver les accommodements nécessaires dans la vie des communautés, l'agencement des ministères, l'acculturation des valeurs chrétiennes. 6. Que notre Église devienne une véritable communauté de frères et sœurs égaux, sans sexisme, sans racisme, sans discriminations basées sur les orientations sexuelles. Une Église accueillante à la diversité des cheminements humains voire même amoureux.
7. Que notre Église promeuve une vision du mariage inspiré de l'Évangile tout en se s'opposant pas aux législations civiles qui doivent répondre à d'autres critères, mais qu'elle se réjouisse de ces lois favorisant les droits humains les voyant comme un apport positif, une chance de faire avancer l'esprit du Royaume. Qu'elle se réjouisse de l'avancement des droits ! 8. Que notre Église cesse de se considérer comme une organisation de points de service, qu'elle fasse la promotion de l'aspect convivial de la vie ecclésiale. Il y va de sa survie chez nous. 9. Que notre Église cesse une fois pour toutes ses condamnations (avortement, port du condom, mariage gay… ) mais qu'elle fasse la promotion de la vie, de la grandeur des valeurs évangéliques, sinon elle apparaîtra discréditée, archaïque et in-signifiante. Qu'elle se rappelle qu'elle sert une vérité dont elle n'est pas propriétaire et qu'elle n'est pas seule à la faire ! 10. Que les premiers responsables de notre Église se considèrent avant tout comme des pasteurs et non des censeurs, ou des docteurs de la loi, alors le message de l'Église sera davantage reçu et apprécié comme un sel et une lumière voire même un levain et il sera moins ridiculisé comme on l'a vu l'été dernier à la suite de la déclaration d'un cardinal. Si notre Église quittait une fois pour toutes ses allures jugeuses pour épouser les visions prophétiques ou novatrices du dernier concile, la pertinence du message du Christ apparaîtra davantage dans sa pleine lumière et sera porteur de vie et d'espérance donc de salut pour le monde de ce temps et d'ici, comme une chance pour un monde plus humain mais pas nécessairement plus « religieux ». Pierre-Gervais Majeau, ptre-curé |
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