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Mis à jour le 30 mars 2006

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Michel Bourgault:

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LETTRE OUVERTE AUX ÉVÊQUES DU QUÉBEC

Titre : TROP, C'EST TROP !
Publié le 6 février 2006

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(5 mai 2006)

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(20 mars 2006)

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À mes frères évêques
(12 mars 2006)

Suite à ce communiqué
Lettre à mon évêque
(12 mars 2006)

Communiqué de L'AECQ
(9 mars 2006)

Des membres du Forum André Naud et d'autres prêtres décrivent leur réaction de perplexité et de désaccord devant deux récents documents de l'Église sur les personnes d'orientation homosexuelle.

Deux interventions ecclésiales récentes ont porté sur les personnes d'orientation homosexuelle : l'une concernait le mariage civil des conjoints de même sexe ici au Canada, l'autre traitait de l'accès à la prêtrise et venait du Vatican. Dans le premier cas, il s'agissait du mémoire de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) auprès du Comité législatif chargé du projet de loi C-38; l'autre document émanait de la Congrégation pour l'éducation catholique à Rome. Dans les deux cas, l'attitude globale qu'on y manifestait ainsi que l'argumentation qui y était déployée soulèvent chez nous comme chez bien d'autres perplexité et désaccord.

Perplexes devant l'attitude négative

Le concile Vatican II a mis en lumière une donnée fondamentale : l'Église aime le monde. Elle l’accueille avec ses richesses et ses misères. Elle se montre disposée à l’accompagner dans sa marche. Elle souhaite et désire contribuer à la vie des sociétés qui en font partie, et elle s’attend également à s’enrichir à leur contact.

Dans la présentation du mémoire au Comité législatif sur le mariage gai, quelle différence d’attitude! Vous semblez donner un cours de droit et d’anthropologie à nos représentants politiques. Vous dénoncez le piètre état du mariage au pays et vous annoncez une dégradation encore plus grande si le projet C-38 devenait loi. Vous nous faites malheureusement penser à ces « prophètes de malheur » évoqués jadis par Jean XXIII à l’ouverture du concile.

Comme on se sent loin de la Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps! On pouvait y lire : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps (...) sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. »

Quant à la compassion qui imprégnait toute la démarche de Jésus sur terre, y a-t-il là quelque trace ? Pas un paragraphe, pas une phrase dans votre mémoire qui prenne en compte la discrimination historique exercée à l’endroit des personnes homosexuelles, et la tragédie de leur exclusion sociale ou ecclésiale ressentie profondément par un grand nombre d’entre elles. C’est pourtant dans cette souffrance humaine que s’enracine toute la quête de reconnaissance sociale du mouvement gai dans ses multiples expressions. N’y a-t-il pas là de quoi être perplexes ?

C’est la même attitude qui se retrouve dans l’Instruction de la Congrégation romaine à propos de l’admissibilité aux ordres sacrés des homosexuels. Pourtant, Thimothy Radcliffe, l’ancien Maître des Dominicains, affirmait récemment à propos de ce document, selon ce que rapporte The Tablet (27 novembre 2005) : « Je n’ai aucun doute que Dieu appelle des homosexuels au sacrement de l’Ordre; et il s’en trouve que je range parmi les prêtres les plus engagés et les plus impressionnants que j’aie connus. Et nous pouvons présumer que Dieu continuera d’appeler des homosexuels autant que des hétérosexuels à la prêtrise parce que l’Église a besoin des qualités des deux.»

Il en conclut : «Nous devrions nous montrer plus soucieux de ceux que nos séminaristes pourraient être enclins à détester plutôt que de ceux qu’ils aiment. Le racisme, la misogynie et l’homophobie sont autant de signes qu’une personne pourrait ne pas être un bon modèle du Christ.»

En désaccord avec largumentation

Toute l’argumentation sous-jacente à ces textes ne nous convainc pas. On y parle de « loi naturelle » comme s’il s’agissait d’une donnée aussi immuable qu’évidente. Pour notre part, nous considérons que l’être humain n’a jamais fini de chercher et de découvrir sa « vraie » nature. Il n’y a de saisie de la condition humaine que par le biais d’une culture précise qui ne cesse d’évoluer dans le temps. Ainsi ce qui était « naturel » dans une civilisation et à une époque passées peut apparaître inacceptable maintenant. Bien sûr, il s’agit d’une évolution qui s’échelonne sur beaucoup de temps, et il faut en parler en terme de siècles plutôt que d’années. Prenons un exemple : l’esclavage a perduré comme naturel, même dans l’Église, pendant des siècles, alors qu’il nous apparaît aujourd’hui « contre nature ».

La responsabilité de la recherche et de la définition de la loi naturelle incombe à tout le monde puisqu’il s’agit de la condition commune à l’humanité. L’Église peut puiser à des sources d’inspiration de grande valeur, dont certaines lui sont propres. Mais elle est solidaire de toute l’humanité et fait partie de ce monde.


Se pourrait-il qu’elle détienne seule toutes les clés qui ouvrent les portes de l’aventure humaine authentique ? Aurait-elle nécessairement le dernier mot sur les mystères de la vie politique, sociale, familiale, sexuelle ?... Est-ce qu’elle détiendrait « toute la vérité » sur l’être humain ? L’histoire et le sens commun démontrent le contraire. En ces matières, l’enseignement officiel de l’Église s’est plus d’une fois avéré erroné.

Nous souhaitons qu’en ce domaine l’Église tout entière se considère partie prenante de l’aventure humaine. Qu’elle soit elle-même, avec ses richesses propres et ses limites, sans complexe mais sans prétention indue face à « la » vérité. Qu’elle soit solidaire et confiante ! Il nous semble que c’est dans cet état d’esprit et dans ces dispositions de cœur que Jean XXIII et le concile Vatican II invitaient le Peuple de Dieu à s’ouvrir aux « signes des temps ».

Tout le monde est concerné

Pourquoi empruntons-nous la voie de l’opinion publique ? Premièrement, nous voulons dire à haute voix aux nombreux chrétiens et chrétiennes du pays qui refusent l’approche et le langage des autorités ecclésiales : ‘Vous n’êtes pas moins chrétiens pour autant !’ Selon nous, l’essentiel de la foi chrétienne ne se trouve pas en cause dans ce débat. Votre dissidence ne fait pas de vous des excommuniés. Puissiez-vous ne pas vous exclure vous-mêmes !

Deuxièmement, nous souhaitons un dialogue d’Église sur toutes les questions concernant l’homosexualité. Ce dialogue n’est malheureusement pas pratique courante au sein de nos Églises, surtout lorsqu’on pressent des divergences de vues. Et principalement quand Rome s’est déjà exprimé sur le sujet. Nous souhaitons que des chrétiens se mettent à l’écoute de l’expérience de vie de leurs frères et sœurs homosexuels. Que ce soit dans les communautés locales comme au sein des instances de consultation plus larges, avec leurs évêques. Nous espérons que nos évêques se parlent entre eux là-dessus et ouvrent le débat dans leurs Églises respectives. Nous espérons aussi que des théologiens et des théologiennes soient mis à contribution dans ces échanges. Rencontres formelles ou informelles, annoncées ou discrètes, larges ou restreintes : cela importe peu. Le plus important, c’est que soit suscité un débat libre, une prise de parole ouverte et authentique.

Quant à nous, nous avons pris le temps de nous rencontrer avec des témoins de la réalité homosexuelle dans l’Église et nous avons décidé de rendre publique cette première réaction. Le Forum André Naud s’étend déjà et nos sujets d’intervention s’allongent. Nous crions publiquement notre désir de réaliser le grand projet d’évangélisation que fut le concile Vatican II. Nous ne voulons surtout pas revenir au XIXe siècle : l’ultramontanisme a fait son temps ! La dissidence responsable est possible en Église. Nous voulons user de ce droit, car nous aimons l’Église du Christ et nous espérons en la réalisation de sa mission dans le monde de ce temps.

6 février 2006

Les prêtres signataires de la lettre et leur diocèse :

André Anctil, José V. Arruda, Jean-Pierre Langlois, Claude Lefebvre, Claude Lussier (Montréal)
Éric Généreux, Raymond Gravel, Bernard Houle, Pierre-Gervais Majeau, Guylain Prince, Claude Ritchie (Joliette)
Lucien Lemieux (St-Jean-Longueuil)
Michel Lacroix (Gatineau)
Jacques Pelletier (Gaspé).

Informations : forum.andre.naud@sympatico.ca

Claude Lefebvre: 514-271-7070
ou 514-271-6670
Lucien Lemieux: 450-671-5721

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LETTRE À MES FRÈRES ÉVÊQUES

Chers frères évêques du Québec,

J’essaie, comme vous et tant d’autres, d’être un fidèle disciple au quotidien du Christ de l’Évangile. Ni titre de gloire, ni objet de honte, mais simple déclaration de mon parti pris : Jésus de Nazareth me fascine et m’interpelle.

Deux documents récents vous ont invités à ouvrir au monde les fenêtres de l’Église (pour reprendre la belle image de Vatican II) et à redynamiser le dialogue toujours aussi urgent mais jusqu’ici hésitant et maladroit entre culture et foi : la lettre des 19 prêtres du Forum André Naud publiée le 26 février dernier et la lettre de la Conférence religieuse canadienne envoyée au nom de l’ensemble des religieux hommes et femmes du Canada, et qui a été rendue publique quelques jours plus tard.

Deux gestes complètement autonomes, avec une origine et des objectifs très différents, et que seule la proximité de publication rapproche dans l’opinion publique. Et pourtant, deux gestes qui lancent le même cri du cœur et qui, jusqu’ici, tombent sur la même sourde oreille!

J’ai pleuré d’entendre Mgr Gaumond, au nom des évêques du Canada, et Mgr Cazabon, au nom des évêques du Québec, répondre de façon aussi pathétique à ces interpellations qui viennent pourtant de leurs plus proches alliés et de serviteurs et servantes de l’Église dont on ne peut questionner ni le dévouement, ni la fidélité.

Langue de bois prévisible, qui s’enferme dans le discours institutionnel et cherche avant tout à ne pas faire de vagues avec Rome, la maison mère. Réponses toutes faites, qui sonnent creux et faux, et tout le contraire d’une parole vraie, germée au cœur de la personne qui la prononce et assumée dans la liberté de l’Évangile.

J’ai eu la chance de connaître personnellement plusieurs d’entre vous, tout comme plusieurs de vos prédécesseurs (Mgrs. Hubert, Valois, Lebel, Drainville, Couture et quelques autres). J’ai un immense respect pour la responsabilité, lourde et difficile, qui est la vôtre : guider et accompagner notre Église à la suite de l’Évangile.

Mais il est plus que jamais urgent, par amour de l’Évangile et de l’Église, que quelqu’un ose enfin dire publiquement ce que tant de gens pensent depuis longtemps tout bas : « Le roi est nu! ». Nous n’avons plus de pasteurs à l’écoute de leur peuple mais des officiers prisonniers de leur chaîne de commandement, des ministres prisonniers de leur solidarité gouvernementale, des leaders prisonniers de leur autocensure face à Rome.

J’ai eu la chance, depuis trente ans, d’avoir assez de contacts et de proximité avec plusieurs d’entre vous pour avoir constaté plus d’une fois que ce que vous pensez et ressentez vraiment, dans la liberté des têtes à têtes personnels, des partages informels entre évêques ou des réflexions privées à l’abri des micros, ne ressemble pas beaucoup à ce que vous vous sentez obligés de dire ou de répéter publiquement à la suite de Rome.

Vous êtes des hommes dévoués et fidèles, pour la plupart vraiment à l’écoute des difficultés et des souffrances des hommes et femmes dont vous avez la charge. Mais vous n’êtes pas libres de dire ce que vous voyez et entendez. Vous ne vous sentez pas libres de dire vraiment ce que vous pensez, y compris vos questions et vos doutes. Vous n’osez plus prendre la liberté de dire publiquement ce qui devrait être soulevé dès que cela risque de s’éloigner de ce que Rome vous semble vouloir entendre. C’est ce qu’on appelle l’autocensure. Ce n’est plus la liberté des enfants de Dieu à laquelle nous convie l’Évangile.

Qui suis-je, pour oser vous écrire cela? Rien d’autre qu’un disciple de Jésus, plein comme tout le monde de ses faiblesses et de ses contradictions. Mais qui continue d’espérer dans une Bonne Nouvelle pour notre monde de ce temps. Comme les 19 prêtres qui se sont adressés à vous, et plus encore comme les milliers de religieux et de religieuses qui vous ont transmis le portrait fidèle de notre Église, patiemment reconstruit à partir de leurs innombrables engagements à la base, sur le terrain.

J’ai assez fréquenté les communautés religieuses, au fil des ans, pour savoir quel dévouement elles manifestent au quotidien, au service de l’Église et du peuple de Dieu. Pour avoir constaté, à répétition, quelle fidélité et quelle solidarité à toute épreuve elles éprouvent envers l’Église et ses divers responsables. Et quelle prudence et long discernement elles exercent avant de prendre la parole, surtout publiquement.

Si la Conférence religieuse canadienne (CRC) a finalement choisi de vous faire parvenir, privément, sa lettre de 28 pages sur l’état de notre Église, au nom de ses 230 communautés religieuses membres, ce ne peut être qu’un geste de « dernier recours » : l’aboutissement d’une longue prise de conscience et le sentiment d’une urgence qui ne peut plus attendre. La CRC elle-même admet, dans sa lettre, le caractère « inusité » du geste et prend la peine d’en expliquer clairement le sens. C’est donc tout sauf un geste spontané ou irréfléchi de la part de dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont consacré toute leur vie au service de l’Évangile.

Comment, dans les circonstances, avez-vous pu même songer à « refuser cette lettre »? Comment avez-vous pu tarder à en accuser réception et, à plus forte raison, à vous mettre sincèrement à l’écoute de ce que vos alliés les plus proches se sont sentis obligés de vous écrire à travers cette procédure « inusitée »?

Comment justifier les arguments grotesques que vos responsables ont tenté d’utiliser pour discréditer la parole douloureuse et prophétique des communautés religieuses : manque de représentativité, genre littéraire inadéquat, absence de solidarité, ou mauvais forum pour soulever ces questions?

Les dernières semaines ont donné de notre Église une image désolante : négation de la réalité la plus évidente, soumission craintive à l’autorité, lâche désaveu de ses serviteurs les plus dévoués, rigidité (cadavérique?) institutionnelle. C’est dommage. Car je suis convaincu que notre Église québécoise dans sa globalité, y compris ses responsables hiérarchiques, est capable de bien plus de foi, d’espérance et de charité qu’elle ne le laisse paraître trop souvent, et particulièrement à l’occasion de ces deux derniers cris du cœur. Capable de plus de liberté aussi, de cette liberté de penser, de chercher, d’aimer et d’agir que Jésus a manifestée tout au long de sa vie. Une liberté dérangeante, courageuse et amoureuse, qui n’a jamais fini de chercher son chemin, au risque de la croix.

Je vous invite, chers frères évêques, à retrouver cette liberté de la Bonne Nouvelle, à la pratiquer entre vous et face à Rome, tout comme à nous y encourager sans relâche : sur les défis de notre temps, sur les débats ecclésiaux épineux ou interdits, sur nos pratiques de solidarité et les combats pour la justice. Vous en êtes capables. Nous en avons besoin. Le monde l’attend de nous.

Dominique Boisvert
12 mars 2006

Dominique BOISVERT a été avocat pendant 20 ans. Ayant travaillé comme coopérant et observateur des droits humains à l'étranger (Côte d'Ivoire 1969-71; Zimbabwe 1980; Haïti 1993), il a travaillé ici aux questions de solidarité internationale, d'immigration et de refuge, des droits humains et à de nombreux dossiers d'alternatives sociales et spirituelles, entre autres à la Ligue des droits et libertés, à l'Entraide missionnaire et au Centre Justice et Foi.
Membre fondateur du Réseau québecois pour la simplicité volontaire (RQSV) et auteur du livre "L'ABC de la simplicité volontaire" (Éditions Écosociété, mai 2005), il travaille également sur l'objection de conscience fiscale (le refus de payer les impôts militaires) et la modernisation du droit de la bienfaisance au Canada (la question du "numéro de charité"). Il a publié dans la presse locale et plusieurs revues québecoise (Relations, Revue Notre-Dame, Possibles, Communauté chrétienne, etc.) et dans les bulletins de plusieurs organismes. Il a également collaboré à la publication de plusieurs ouvrages collectifs.


Commentaires et questionnements sur le
Communiqué de l’assemblée des évêques catholiques du Québec
du 9 mars 2006.

Lettre ouverte à mon évêque, Mgr Gilles Lussier,
et aux évêques catholiques du Québec.

Chers frères évêques,

Je me suis engagé depuis plus de deux ans dans une réflexion sur les positions de l’Église du Québec et sur celles du Vatican à propos de l’union pour conjoints de même sexe et à propos de l’accueil au sacerdoce des homosexuels. J’ai donc été particulièrement attentif à la Lettre des 19 prêtres aux évêques du Québec et à diverses réactions et réponses, dont celles de vos collègues évêques. Et j’ai particulièrement apprécié cette prise de parole publique, de quel côté qu’elle soit venue.

Dans un communiqué livré à la presse le 9 mars 2006, «Entre la compassion et l’interpellation», nos évêques disent regretter avoir été entraînés dans une dynamique de confrontation et se sentent «responsables de veiller à la compréhension mutuelle et à l'unité dans l'Église». Je le comprends, car c’est la crédibilité de l’Évangile même qui s’y joue.

Jésus a proclamé une parole libératrice en s’appuyant sur son unité avec le Père et en recherchant Sa volonté. L’Évangile ou l’annonce que Dieu aime le monde commence à être crédible lorsque les disciples de Jésus manifestent dans leur vie un amour inspiré de celui de Dieu, une justice qui s’ajuste à la volonté de Dieu. Une des façons de révéler cette qualité d’amour, c’est de vivre de ses enseignements en nous aimant les uns les autres et de demeurer unis dans le Christ.

Toutefois, la compréhension mutuelle et l’unité sont subordonnées à la valeur première de l’Évangile : l’amour de Dieu et du prochain. Être fidèle à l’Évangile, c’est se guider sur cette valeur. L’unité n’est pas le but principal que l’Église poursuit, bien qu’elle soit un des signes de la présence de cet amour.

Si la Lettre des 19 prêtres a provoqué une confrontation, c’est qu’il est difficile en église d’échanger librement sur ces questions. Dans l’église locale de Joliette, en dépit de la grande ouverture de l’évêque, on sent que des convictions profondes sont remises en question et, franchement, quand on aborde tout ce qui concerne la sexualité, on croit marcher sur des œufs, d’autant plus que l’autorité du magistère romain se profile toujours en arrière-plan.

Dans votre communiqué du 9 mars, vous avez évoqué la souffrance des personnes qui se sentent blessées par différentes déclarations. Je me demande si le collège des évêques reconnaîtrait publiquement la souffrance des personnes marginalisées – homosexuelles, divorcées/remariées, personnes ayant choisi l’avortement ou la contraception - par nos enseignements et nos pratiques d’Église. Il me semble que plusieurs intervenants se sont souciés d’affirmer leur amour de l’Église et ont déploré les divisions avant d’affirmer l’amour préférentiel que l’Évangile exige envers les personnes marginalisées.

Dans diverses réactions à la Lettre des 19, je trouve que nos évêques se sont d’abord retranchés sur le fait que la discussion soit rendue sur la place publique, plutôt que de toucher au cœur de la question. Ils souhaitent que les chrétiennes et chrétiens participent davantage aux échanges dans les instances de la vie de l’Église. Fort bien, mais plusieurs pensent qu’il est peu utile de le faire puisque, malgré de nombreuses années de contestation publique ou privée à propos de la contraception, la position de l’Église est demeurée inchangée. Je me demande s’ils seront davantage portés à investir dans ce dialogue, ou s’ils préfèreront tout simplement se replier sur eux-mêmes ou s’éloigner l’Église. En rendant publique leur remise en question, les 19 prêtres n’ont-ils pas tenté de briser cette absence de dialogue avec les simples paroissiens?

À coup sûr, un certain nombre de nos évêques cheminent sur ces questions; mais ce n’est pas apparent. Je comprends ce que c’est que la solidarité des évêques. Mais ne la maintenez-vous pas au détriment du dialogue que vous prétendez encourager chez les prêtres et les laïcs? L’autonomie des évêques du Québec, eux aussi successeurs des apôtres, n’est-elle pas sérieusement amenuisée par l’organisation hiérarchique de l’Église, par la primauté de l’évêque de Rome et par la lourdeur du processus de discussion et de changement dans l’enseignement et les pratiques ecclésiales? Le souci de communion avec l’Église universelle doit-il passer avant la mission et l’amour des pauvres de chaque église locale?

Étant engagé en pastorale paroissiale et même diocésaine, je suis très préoccupé par la mission de l’Église et pressé même de voir nos évêques prendre une position qui soit plus qu’un simple acquiescement de ce que les congrégations romaines ont statué. J’aimerais entendre publiquement que, comme collège, les évêques catholiques du Québec sont interpellés et ouverts à la discussion non seulement pour l’accueil des personnes homosexuelles, mais aussi des divorcés/remariés. J’aimerais entendre plus qu’une fin de non-recevoir sur le sacerdoce des femmes et d’hommes mariés, sur le célibat obligatoire pour les prêtres. J’aimerais entendre que les églises locales auront plus d’autonomie et que nos évêques permettront à leurs diocésains de participer pleinement au discernement sur ces situations.

J’ai espoir, à la veille de leur visite ad limina, que nos évêques voient dans les prises de position comme celle des 19 prêtres et, dans le concert des voix qui se font entendre, une occasion de discernement de la volonté amoureuse de Dieu pour ses enfants et de renouvellement de notre Église.

Union de prières,
Michel Bourgault,
Paroisse de Saint-Paul,
12 mars 2006

Après la Lettre des 19 prêtres...

par Pierre-Gervais Majeau

La parution de la lettre des 19 prêtres a causé toutes sortes d’émotions, de jugements, de mépris, voire même de crispations de personnes en autorité. Les uns sont montés aux barricades en réclamant des sanctions, des condamnations : on en est encore là hélas! D’autres ont applaudi et se sont mis à espérer encore de cette Église vieillie. Il y a une peur certaine que l’Église apparaisse comme un lieu de débat où l’on prend avec sérieux et respect les opinions d’où qu’elles viennent. Les désaccords ne sont pas nécessairement des manques d’unité ni de solidarité avec les responsables d’Église. La dimension prophétique de certains engagements est aussi une source d’oxygène pour l’Église, une richesse de vie à ne pas étouffer par un encadrement autoritaire. C’est en toute connaissance de cause que les 19 prêtres ont plongé les mains dans le feu de l’action. Préfèrerions-nous n’être jamais dérangés et mourir de notre belle mort? L’accueil mitigé du document de la Conférence religieuse canadienne nous pose aussi question. Nos communautés ecclésiales ne doivent pas être des lieux d’accusation mutuelle, d’exclusion, de mépris ou de rejet, mais des lieux de compréhension mutuelle et d’unité dans la diversité des dons et des engagements!

Il existe plusieurs plans de doctrines fondamentales. Karl Rahner disait que pour tout enseignement de l’Église, nous devons nous demander ce qu’il nous apprend sur le Christ. L’enseignement de l’Église est une révélation de cet amour aimant du Dieu-Père pour toute personne sans exclusion. Sinon cet enseignement risque de devenir un contrôle, une manipulation plus que l’expression de l’amour illimité du Dieu de toutes les tendresses audacieuses! L’essentiel de l’enseignement de l’Église est de rappeler à toute personne quels que soient sa situation de vie ou ses engagements amoureux que le Seigneur est avec elle. Le rôle primordial de l’Église est d’aider à aimer mieux. Car il n’y a pas d’amour humain qui n’ait besoin de guérisons, qui n’ait besoin d’être accompagné vers la plénitude. Au cœur de toute relation interpersonnelle, il y a l’amour, terreau fertile pour l’Évangile. N’oublions pas que toute personne est d’abord à l’amour. L’Église apparaît souvent trop exigeante sur des points de morale qui ne sont pas extrêmement exigeants ou centraux. Est-on capable comme Église de donner de l’autorité à l’expérience que vivent des personnes engagées dans des unions homosexuelles par exemple, ou encore dans des couples reconstitués… ? Ces personnes baptisées et disciples du Seigneur auraient-elles, au cœur de notre Église, une mission inversée? Ces personnes que Dieu habite aussi, auraient-elles une fonction prophétique pour l’Église entière? Car la parole de Dieu est aussi au cœur de ce terreau humain. De fait, certaines personnes engagées dans ces amours vivent des valeurs évangéliques très parlantes. Sans bénir les différents modes d’engagement amoureux qui se multiplient maintenant, peut-on cependant cesser de condamner ou de critiquer ? Il faut exercer un discernement.

Le vrai discernement consiste à découvrir ce que dit l’Esprit à l’Église qui est appelée à accueillir ces différentes expériences de vie. Au lieu de promouvoir une morale d’interdiction, ayons une morale d’invitation, d’appels, d’évolution : «Vous donc, vous serez parfaits…» (Mt 5,48). Quittons une fois pour toutes les dogmes aléatoires d’une supposée loi naturelle, comme si l’être humain n’était que naturel, pour promouvoir une morale basée sur l’Évangile et sur les écrits des apôtres de la Nouvelle Alliance. Soyons miséricordieux pour ceux qui ne sont pas encore rendus là. Prenons en compte qu’aujourd’hui notre société québécoise rejette toute affirmation absolue jugée comme totalitaire. S. Thomas d’Aquin disait que le recours à l’autorité est le plus faible des arguments. Cessons nos regards critiques et méfiants sur les valeurs de notre société actuelle; elles peuvent être des pierres d’assise pour l’Évangile. Cessons ces comportements de compassion condescendante envers les personnes qui vivent des situations marginalisantes. Les vrais marginaux ne sont peut-être plus ceux que l’on prétend! Préférons-lui une compassion de communion. Devenir eux pour devenir nous.

Comment se fait-il que les questions autour de la sexualité soient devenues aujourd’hui pour l’Église son talon d’Achille? Tout son discours médiatisé tourne autour de cette dimension où l’Église est la plus vulnérable. Elle juge souvent les comportements des autres, alors que certains des engagements qu’elle préconise sont souvent perçus avec méfiance par la société ambiante. Par exemple, les engagements au célibat consacré sont pour les uns des lieux de fragilités et d’ambiguïtés, des lieux de drames humains. Mais ces engagements peuvent nous sensibiliser aux détresses des autres personnes souvent marginalisées et qui sont aussi en quête de plénitude. De la même façon, sommes-nous prêts à accueillir avec bienveillance les fragilités et les ambiguïtés des autres?

La Lettre des 19 et le document audacieux de la C.R.C. sont des signes heureux d’une Église qui accepterait enfin de ne pas mourir mais de repartir en se laissant interpeller de l’intérieur et aussi de l’extérieur. Pour que notre Église retrouve une autorité nourrissante, elle doit partager la vie du vrai monde, entrer dans leurs peurs, être touchée par leurs déceptions, leurs échecs, leurs exclusions, leurs rejets, leurs doutes et donner de l’autorité à leur expérience. La Parole de Dieu fait autorité sur nous-mêmes et également sur la vie des autres personnes et, en même temps, elle donne autorité à la fois pour nous-mêmes et pour les autres. L’Esprit appelle désormais l’Église à un avenir inespéré, si elle est capable de discernement audacieux, en quittant définitivement tout discours potentiellement discriminatoire ou du moins non inclusif.

Pierre-Gervais Majeau, ptre,
Curé des paroisses de Saint-Thomas et de Saint-Paul de Joliette et de Crabtree.
20 mars 2006

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L'évêque de Joliette à Rome

Nos évêques québécois font présentement leur visite quinquennale Ad limina à Rome. Le profond différend qui oppose les catholiques du Québec, et en particulier le clergé, sur l’accueil et la pleine reconnaissance des homosexuels sera sûrement à l’ordre du jour d’une des rencontres de nos évêques avec les responsables des congrégations romaines, organes qui formulent les enseignements de foi et de morale de l’Église.

L’évêque de Joliette, Mgr Lussier, qui est le patron de 6 des 19 prêtres signataires d’une lettre désormais célèbre, aura certainement des entretiens musclés, mais, espérons-le, motivés par l’amour. C’est pourquoi nous devrions penser à lui cette semaine et prier l’Esprit Saint de lui envoyer ses lumières.

En lisant certains articles des catholiques conservateurs qui se disent invariablement obéissants à Rome et à la loi divine, on peut se rendre compte qu'ils fulminent de colère contre les 19 prêtres, et même contre la Conférence religieuse canadienne (lire le journal l’Apostrophe, diocèse de La Pocatière, numéro de mars 2006, courriel : apos@sympatico.ca). Au nom de la vérité, ces écrits débordent de haine et n'exigent rien de moins que ces prêtres démissionnent et quittent l'Église, parce qu'ils sèment la confusion parmi les fidèles.

En lisant ces articles, je ne peux m’empêcher de reposer la question : quel accueil un chrétien doit réserver aux homosexuels? La réponse qui me vient présentement à l’esprit s’appuie sur le récit de la première prédication de Jésus dans la synagogue de son village, Nazareth. (Luc 4, 16ss)

On y raconte qu’on donna à Jésus le livre du prophète Isaïe et qu’il y trouva le passage où il était écrit : «L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur.» Commentant ce passage, Jésus dit à l’assemblée que cette parole était accomplie aujourd’hui (en lui). À cette parole, les assistants ont trouvé ce discours si scandaleux qu’ils l’ont jeté dehors et leur colère a failli coûter la vie à Jésus. Le rédacteur évangélique décrit dans ce récit toute la mission de Jésus et la réaction qu’elle suscitera en Israël.

Ce passage éclaire singulièrement la question homosexuelle qui nous préoccupe aujourd’hui et la réaction des catholiques conservateurs qui se réclament de la loi divine. Demandons-nous qui sont les captifs aujourd’hui, qui sont les pauvres, qui sont les opprimés, qui sont les aveugles? Et demandons-nous qui cherche-t-on à jeter hors de l’Église? Demandons-nous si ceux qui annoncent une année d’accueil du Seigneur sont les 19 prêtres ou ces catholiques conservateurs?

Michel Bourgault
5 mai 2006

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