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Quelques éléments pour débattre
de l'adoption par un couple gai


J’ai un papa et un daddy

Gros débat que l'adoption par un couple gai d'un garçonnet! Qui me donne l’occasion de me rappeler ce qui a fait de moi l’homme que je suis. Je n’ai pas écrit l’hétérosexuel que je suis, car j’aurais eu l’impression de me réduire d’une manière intolérable.

Si je me rappelle ma propre famille, père, mère et deux sœurs, je serais porté à la décrire comme «normale», comme étant celle qui aurait dû, selon le mouvement Équité-Famille, donner les meilleures chances de développement équilibré pour les enfants. Ce n’est pourtant pas le fait que j’ai été élevé par un couple hétérosexuel qui me ferait dire aujourd’hui que je suis bien dans ma peau, marié à une femme depuis 34 ans et père de trois enfants.

Je dirais que ce qui a été le plus déterminant dans mon équilibre personnel, ce sont les qualités personnelles de chacun de mes parents : leur souci de ma sécurité matérielle et psychologique, leur ouverture sur d’autres couples amis, leur sens des responsabilités et leurs encouragements à bien agir et à me dépasser. J’ai connu aussi les inévitables conflits entre mes parents et avec mes sœurs; à l’adolescence j’ai découvert leurs carences aussi. Mais finalement, ils nous ont donné généreusement tout ce qu’ils pouvaient et je peux aisément et honnêtement parler d’eux avec fierté. Y a-t-il quoi que ce soit dans tout cela qui concerne leur orientation sexuelle?

De 11 à 19 ans, j’ai passé 8 heures par jour, 200 jours par année, dans un collège de religieux, uniquement composé d’hommes donc. Jamais je n’ai pensé que cela limitait ma croissance; je me sentais aussi bien au collège qu’en famille. J’appréciais les qualités de mes éducateurs et professeurs et ce que j’ai retenu d’eux, c’est leur rigueur dans le travail, leurs encouragements à s’engager dans des causes justes, leur exemple d’hommes dévoués. Je peux aisément et honnêtement parler d’eux avec fierté. Y a-t-il quoi que ce soit dans tout cela qui concerne leur orientation sexuelle?

Les qualités que je souhaite transmettre à mes enfants sont de cet ordre et je serais heureux qu’ils en aient retenu l’une ou l’autre. Par contre, je n’ai jamais souhaité leur transmettre l’hétérosexualité. La capacité d’élever un enfant pour qu’il soit un être humain aimable, passionné de la vie et espérant envers et contre tout, ne dépend aucunement de l’orientation sexuelle, mais bien des qualités que j’ai énumérées.

Qu’il est chanceux, cet enfant, d’avoir un papa et un daddy qui veulent son bien!

Michel Bourgault
3 novembre 2006


Évangile et adoption par des gais

L'Évangile ne traite pas de l'homosexualité. Pourtant, la Bonne Nouvelle m'invite à accueillir les personnes homosexuelles et à poser un jugement sur leur valeur en tant qu'e parents. Leur situation me fait penser à cette parabole.

Un fermier voulant faire sa récolte va au marché et embauche des travailleurs à la première heure du jour; il convient avec eux d’une somme d’un denier pour la journée. À court de main-d’oeuvre, il retourne vers midi au marché et embauche d’autres hommes qui attendent; avec eux aussi il convient du même salaire pour la journée. Et il fait de même en fin d’après-midi, vers la onzième heure, avec d’autres chômeurs.

À la fin du jour, il faut remettre à chacun son salaire. Le fermier commence par les derniers embauchés et leur remet un denier pour leur travail. Il fait de même avec ceux qu’il avait engagés en cours de journée.

Ceux qui avaient commencé à travailler tôt le matin se disaient qu’ils recevraient plus que le denier convenu. Mais arrivé à eux, le fermier leur remet la somme d’un denier. Évidemment, ils se mettent à récriminer sur l’inégalité de traitement. Et le fermier de leur répondre qu’il ne leur fait aucun tort, puisqu’il leur a donné le salaire convenu et qu’il peut faire ce qu’il veut de son argent. (Mt 20)

L’enseignement de cette parabole, c’est que la bonté de Dieu dépasse notre façon de comptabiliser. Ainsi, la justice selon l'Évangile n’est pas toujours synonyme d’équité ou d’égalité de traitement. Les ouvriers de la onzième heure n’ont-ils pas eux aussi une famille à nourrir et le prix du pain est-il différent pour eux?

Dans le cas des couples homosexuels offrant des garanties de stabilité, pourquoi leur refuserait-on la possibilité de protéger, soigner, nourrir, aimer et éduquer un enfant?
Parce qu’un couple homosexuel ne saurait répondre au bien supérieur de l'enfant? Mais, prouvez-moi donc que l'enfant recevra moins de tendresse et de soins dans un couple homosexuel! Montrez-moi que les hommes sont incapables de cajoler, rassurer, donner un biberon ou baigner un petit enfant!
Parce que l’enfant serait privé d’un modèle masculin ou féminin? Mais, depuis toujours l'enfant n'a-t-il pas trouvé des modèles chez les grands-parents, les oncles et tantes, les cousins et cousines plus âgés, les amis de la famille, les éducateurs, les entraîneurs?

La parabole m'invite à regarder non pas le sexe des parents ou leur orientation, mais leur bonté et leur capacité de donner à l’enfant ce qu’il faut pour grandir dans un milieu où priment les valeurs de tendresse, de sécurité, de vérité, d’ouverture aux autres. Les couples hétérosexuels - de la première heure - ne sont pas toujours les meilleurs pour offrir tout cela à un enfant, tandis que certains couples de la onzième heure - les couples homosexuels - sont habilités à le faire. Voilà comment, en disciple de Jésus, je juge de cette situation.

Michel Bourgault
4 novembre 2006