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La pénible question de l'avortement
Publié le 12 juillet 2008


La récente nomination à l'Ordre du Canda du Dr Henri Morgentaler - celui qui a permis de mettre fin aux avortements clandestins - relance de plus belle la lutte entre les mouvements pro-vie et pro-choix. Simultanément, le projet de loi canadien C-484 a relancé le débat autour de l'avortement, car ce projet permettrait d'accuser d'un double crime quiconque blessera ou attentera à la vie d'une femme enceinte. Les opposants y voient une manoeuvre pour donner un statut juridique au foetus et mener éventuellement à recriminaliser l'avortement.

La nomination a été applaudie par 60% des Canadiens en moyenne, mais décriée par une minorité, religieuse surtout. L'exemple qui m'a le plus frappé est celui de l'évêché de Toronto. Mgr Thomas Collins invite les catholiques à «respectfully voice their displeasure with this decision» en écrivant au Premier Ministre et à la Gouverneure générale. Des organismes catholiques auraient aussi l'intention de manifester leur désaccord en invitant des récipiendaires passés de l'Ordre du Canada à renvoyer la médaille qu'ils ont reçue, signe de la haute distinction.

En visitant le site de l'archevêché de Toronto, j'ai constaté qu'on y publicise nombre d'organismes qui viennent en aide aux femmes enceintes en détresse. C'est tout à fait conforme à l'esprit évangélique et à la mission pastorale de l'Église catholique. Ce que j'ai un peu de difficulté à comprendre, c'est l'opposition de l'Église et du mouvement pro-vie à l'action du Dr Morgentaler qui pendant de nombreuses années est venu au secours des femmes en détresse, qui avaient décidé de ne pas poursuivre leur grossesse, alors même que l'Église et la société formée à son enseignement les condamnaient pour avoir conçu un enfant en dehors du mariage ou leur refusaient tout simplement la liberté de choisir de donner la vie.

Je me demande si les réprobations et les condamnations d'hier comme d'aujourd'hui sont conformes à l'esprit évangélique. Au nom de ma mère, de mes soeurs et de mes filles, j'en appelle au sens chrétien des personnes de bonne volonté pour faire cette réflexion et ne pas se gêner de questionner les autorités de l'Église catholique.

12 juillet 2008

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Le Dr Morgentaler à l’Ordre du Canada

Publié dans Le Devoir, Lettres des lecteurs,
le 4 juillet 2008.

L’entrée du Dr Henri Morgentaler dans l’Ordre du Canada a été bien méritée. Il est temps pour toute personne de bonne volonté de reconnaître la valeur de cet homme qui a lutté sans égard à sa propre sécurité et au risque de sa vie pour l’amélioration de la vie des femmes et pour que le don de la vie demeure un choix libre.

L’avortement m’interpelle en tant qu’homme. Je reconnais que souvent dans le passé et encore de nos jours beaucoup d’hommes ont mis sur le seul dos des femmes la contraception, la grossesse et le soin des enfants. Et ma conscience d’homme moderne et de croyant se révolte à cette idée. Bien que le rôle de la mère soit primordial, il est temps de dire que l’enfant relève de la responsabilité conjointe du père et de la mère, avant et après la naissance. Dans la mesure où des hommes refusent cette responsabilité, ils pavent la voie à l’avortement.

Une femme qui demande un avortement est une personne avec une histoire unique face à une décision douloureuse que je ne me permets pas de juger. Il convient à la famille et au professionnels de la santé et des services sociaux non pas de se poser en juges, mais de lui venir en aide. C’est ce qu’a fait le Dr Morgentaler. Cette femme n’a pas besoin qu’on la lapide, elle ou un médecin, contre un mur de lois, ni qu'on lui ferme la porte de notre coeur. Elle a besoin d’accompagnement et de soutien matériel et affectif.

Croire aujourd’hui en Dieu donneur de vie, croire en la nécessaire collaboration des humains à la création, pour moi c’est plus que des beaux discours. Ce n’est sûrement pas le discours haineux de certains militants pro-vie qui chercheront à intimider ou à manipuler autant les politiciens que les chefs religieux. C’est d’abord donner l’exemple d’un homme qui aime la femme de manière responsable et d’un père qui veille au bien-être de ses enfants.

Croire aujourd’hui en Dieu, malgré les forces de mort à l’œuvre dans nos vies, c’est encourager les jeunes qui font le pari que la famille est une force. C’est s’émerveiller sans cesse devant la naissance d’un enfant. C’est organiser notre société et prévoir l’avenir en fonction de la prochaine génération. En venant au secours des femmes démunies devant la grossesse et en permettant aux femmes d’assumer librement la naissance d’un enfant, le Dr Morgentaler a apporté sa contribution au projet de vie dans lequel Dieu et les humains sont partenaires. À chacun de faire sa part selon ses talents et ses possibilités.

Michel Bourgault
4juillet 2008


Envoyé à l'archevêque de Toronto, Mgr Thomas Collin,
via le site Internet de l'archidiocèse

Your Grace, Thomas Collins, Archbishop of Toronto,

I read that you haved asked every person of good will to write, phone or e-mail to Governor general Michaële Jean, Prime minister of Canada and parliament members to request that the nomination of Dr Morgentaler for the Order of Canada be revoqued. I also learned that you have sent a text to all of the churches of your archdiocese inviting faithfuls to pray for the end of the abortion malediction. So I understood through the translation I’ve read.

I am a faithful catholic from de Joliette diocese in Quebec, fully engaged in parish and diocesan pastorale. In the name of my love of Christ and our church, permit me to disagree profoundly with your appeals.

I believe Dr Morgentaler fully deserves the nomination for the Order of Canada. Time has come that all good will people recognize the value of this man who entirely devoted himself, ignoring his own security and at the risk of his life, to improve women’s lives and ensure that the decision of giving birth remains a free and loving action.

As a man, abortion questions me. I recognize that often in the past and even nowadays too many men have laid on women’s back the whole responsability of contraception, bearing and caring of children. My conscience of modern man and of believer in God is simply appalled. While women assume a primary role in those tasks, it’s time to say outloud that both man and woman have a joint responsability before and after the birth of a child. And in so far as men have refused this responsability, they only have paved the way to abortion.

Every woman who wants or goes for abortion is a person with a unique story facing a most painfull decision which I do not permit myself to judge. It is proper for family members, health and social professionnals not to judge, but to be of some help. That’s what did Dr Morgentaler. Such woman, or her physician, does not need to be stoned against the wall of our laws, neither does she need that the door of our heart be closed to her. She needs someone the help her get through her emotional, social and physical crisis. So I learned in my religion classes and can I read today in the New Testament.

Believing in life giving God today, believing in the necessary human cooperation to the creation, means much more than noble speeches. And it certainly is far from the hainous words of certain pro-life militants who seek to intimidate or manipulate politicians and even church autorities. Believing in life giving God, in my view, means to give the example of a man who loves his wife in a responsable manner and a father who cares for his children. My appeal to all humans of good will is that men proove their true love for women, as much as Dr Morgentaler did.

Believe in life giving God today, despite the death forces at work in our lives, means encouraging young people who are starting a new family. It means to marvel at every birth. It means organizing society and planning the future of the next generation. By assisting helpless women in front of pregnancy and by allowing them to choose to give life rather than accept an undesired birth as a burden, Dr Morgentaler contributed to God’s will than humans be willingly engaged in his live giving project. Now it’s up to everyone of us to act with the gifts he was given through life, family, church and society.

With all my respects and full love of Christ and our church.

July 4th, 2008.


MesSeigneurs, frères évêques,


Lettre aux évêques canadiens

Envoyé via le site internet de la Conférence des évêques catholiques du Canada, le 4 juillet 2008.

sur la nomination du Dr Morgentaler à l’Ordre du Canada.

J’admire les œuvres de catholiques engagés dans l’aide aux femmes qui pensent à l’avortement comme solution malheureuse à leur grossesse. Je suis partie prenante d’une Église qui par ses leaders prend position sur les grands enjeux de l’heure. Mais je dois vous dire que je me pose des questions sur la pertinence de votre intervention demandant que l’Ordre du Canada reconsidère sa décision d’honorer le Dr. Morgentaler. Que je sache, le Dr Morgentaler est un homme de famille et un médecin qui a voulu sauver d’avortements dangereux des femmes désespérées. En dénigrant le médecin, ne refusez-vous pas en même temps à des femmes enceintes, qui ne veulent pas tuer plus que vous, la liberté de juger si elles peuvent oui ou non s’occuper d’un enfant et celle de choisir de donner la vie plutôt que de se le voir imposer?

Êtes-vous bien certains que ces femmes, alors même qu’elles souffrent, aient besoin d’un discours qui les accable encore davantage? En tant que pasteurs du peuple que le Seigneur vous a confié, vous êtes-vous demandé quelle attitude Jésus aurait prise vis-à-vis cette question? N’aurait-il pas plutôt appelé en premier les hommes qui sont à l’origine de la conception de l’enfant à revoir leur manière de vivre leurs relations sexuelles et à aimer authentiquement? N’aurait-il pas appelé énergiquement les familles et la société à reconnaître plus de valeur à l’enfant à naître qu’à bien d’autres soit-disant priorités de notre société? Vous avez fait entendre ces appels par le passé, je le sais, mais discréditée aux yeux d’une majorité de gens, par des interventions comme celles sur la contraception et cette dernière vis-à-vis du Dr Morgentaler, quelle chance votre parole a-elle d’être écoutée?

Ne vous manque-t-il pas en tant que célibataires consacrés la condition première pour juger correctement de la question de l’avortement? Avez-vous personnellement vécu dans votre chair ou dans celle d’un enfant le drame de celle ou celui qui se sent incapable d’assumer la responsabilité d’un enfant? Auriez-vous imposé votre solution à votre fille, à votre sœur, si malgré votre offre d’aide elle vous disait se sentir incapable d’assumer la grossesse? Auriez-vous tout fait pour empêcher l’avortement, y compris faire arrêter le médecin qui interromp la grossesse ou le vilipender sur la place publique?

Que pouvez-vous faire quand un prêtre vous dit qu’il ne peut plus assumer sa vocation de pasteur, sinon y aller de vos conseils et de votre soutien, sans toutefois le condamner, ni le déshonorer et lui ôter toute chance de se refaire sa vie? Faites-vous preuve de compassion comme le Dr Morgentaler ou bien condamnez-vous sans appel?

Qui sera discrédité au terme : le récipiendaire de l’honneur, l’organisme qui l’attribue, les autres récipiendaires ou bien vous-mêmes? Et plus que cela, la Bonne Nouvelle sera-t-elle entendue? Voilà les questions qui me viennent en prenant connaissance de vos réactions à la nouvelle que le Dr Morgentaler serait honoré de l’Ordre du Canada.

Michel Bourgault
4 juillet 2008