Page généalogique
de Michel Bourgault
Dernière mise à jour: 19 juillet 2002


Mon ancêtre Claude Guité

Je me demandais d'où venait ce rêve que je nourris depuis mon enfance de partir sur la mer en voilier. Est-ce le fait d'avoir passé la plupart de mes étés à Maria en Gaspésie, aux Chalets Baie des Chaleurs de mon grand-père Alphonse Guité? Ou est-ce le fait que mes ancêtres aient été associés à la navigation?

Parmi les joies du généalogiste, il est celle de découvrir que l'un de nos ancêtres a laissé son nom, dans l'histoire de son pays.

Voici un texte que m'a transmis Suzanne Caissy, fille de Claire Guité et petite-fille d'Ernest Guité, frère de mon grand-père Alphonse. On s'est basé, pour l'écrire, sur ce que rapporte la Revue d'Histoire de la Gaspésie et sur des recherches faites par Rodrigue Guité.

Claude Guitet est né vers 1738 de René et Élisabeth Pérot de St-Michel de Carcassonne, France. D'après les documents recueillis sur place par Rodrigue Guité, sa mère Élisabeth Pérot est décédée le 30 décembre 1745 en donnant naissance à un enfant. Le père René est marchand boutonnier. Il se remarie en 1746 à Catherine Sarni...
Militaire, destiné à la défense du pays, CLAUDE s'embarque avec Pierre Loubert sur le «LYS» ou l'«ALCIDE» pour la Nouvelle-France sous le commandement de l'amiral Dubois de la Motte. Les deux navires furent interceptés au large de Terre-Neuve par l'amiral Boscowen qui surveillait l'entrée du fleuve St-Laurent. C'était le 8 juin 1755. Claude et son ami Pierre Loubert furent faits prisonniers et transportés à Antigua (Petites Antilles) où l'Angleterre parquait ses prisonniers français saisis en Amérique. La tradition veut que les deux jeunes gens résolurent de gagner leur liberté en se pliant aux circonstances en devenant citoyens britanniques.(1) En avril 1758, le Massachussets a 21 000 combattants provinciaux. On versait aux recrues une prime d'engagement de 8 livres sterling (200 livres françaises). Jamais un milicien français n'avait touché une pareille gratification en Nouvelle-France.
Le 8 janvier 1772 à Boston, devant Louis Robichaud avec l'autorisation du grand vicaire Bailly de la Nouvelle-Écosse, il épouse Modeste Landry, fille de Joseph et de Jeanne Robichaud de Port-Royal, Acadie. La famille Landry avait été déportée dans le Massachussets. Cette union reçut sa confirmation religieuse le 28 juillet 1775 comme le montre l'extrait du registre paroissial de Notre-Dame de Québec.


Le «Lys» ou l'«Alcide», sur lequel s'est embarqué Claude Guitet, ressemblaient-ils à la frégate Hermione que commandait La Fayette apportant du secours de France aux insurgés américains?

http://www.archeonavale.org/hermione/

Voyez un peu la dimension d'une ancre sur un tel navire!


Une des ancres de la frégate mesurant 4,25 m de hauteur et pesant 1500 kg repose sur le banc du Four au large du Croisic, site du naufrage en 1793.
«Le vingt-huit juillet mil sept cent soisante quinze nous curé d'office après avoir relu de nouveau le consentement de mariage de claude guitet fils de rené guitet et d'elisabeth pérot ses père et mère de la paroisse de saint-michel de carcassonne en bas languedoc d'une part et de marie modeste landry fille de joseph landry et de jeanne robichaud ses père et mère de la paroisse de saint-jean baptiste de port-royal en acadie d'autre part leur avons donné la bénédiction nuptiale avec les cérémonies de l'église qui manquaient à leur mariage contracté civilement devant le sr louis robichaud autorisé pour cet effet par messire charles françois Bailly cidevant grand vicaire de la nouvelle ecosse à boston le juit janvier mil sept cent soisante douze come il parait par leur contgrat qui nous a été présenté étaient présents leurs enfants jean baptiste et joseph louis provenus du dit mariage en qualité de témoins marie esther robichaud marie vallée poerre debarats amis des époux et ont signé avec l'époux.»
Claude Guitet Marie Vallée Pierre debarats
L. Beaumont ptre
Quelques jours plus tard, la famille se présente de nouveau à l'église pour le baptême de leurs deux enfants dont l'extrait est trouvé dans le même registre paroissial de N.-Dame de Québec.
«Le douze août mil sept cent soixante quinze nous curé d'office avons suppléé les cérémonies qui manquent au baptême de jean baptiste et de joseph louis donné au cas de danger de mort par sr louis robichaut autorisé et par charles lefebvre fils de claude guitet et de marie modeste landry le parrain du premier a été joseph pelerin et la marraine a été anne louise robichaut le parrain du second louis michel de salaberry et la marraine marie marthe robichaut qui ont signé avec nous les jeunes enfants agé de deux ans et huit mois et agé de sept mois.»
Joseph Pelerin Anne Louise Robichaux
Michel de Salaberry Marthe Robichaux
Vénérande Robichaux
Jeanne Hélène robichaux
L. Beaumont, ptre.
Qui sont ces témoins? Les Robichaux sont des cousines de Modeste Landry, acadiennes comme elle et déportées dans le Mass. Joseph Pelerin est aussi acadien; dans un acte de baptême en 1778 où il est parrain, il se dit capitaine de navire. Quant à Michel de Salaberry, sa signature montre l'homme qu'il était: militaire, colonel de milice, député, conseiller législatif; il reçut du duc de Kent protection pour ses fils. Il est le père du héros de Chateauguay. Le choix de Salaberry comme parrain laisse croire que Claude Guitet est dans l'armée.
On lira plus loin, dans quelles villes ont vécu nos acadiens. Le «Parkman's Diary» cite que Louis Robichaux, représentant du grand vicaire Bailly à Boston et oncle de Modeste Landry a quitté avec les Loyalistes en 1775 pour Québec. La famille de CLAUDE Guitet a dû faire de même.
Des recherches dans les registres de Québec, Beauport et aussi Deschambault où demeuraient les familles Landry n'ont donné aucune autre naissance pas plus que l'acte de décès du jeune JEAN-BAPTISTE.
Dans la colonie d'alors, la loi martiale fut proclamée par Carleton le 9 juin en vue de l'invasion américaine. Tous les hommes disponibles donnent leur nom pour la défense du pays (2) dont CLAUDE GUIDET demeurant au 30 rue St-Jean et faisant partie de la 5è Compagnie: en tout 891 soldats et 53 officiers. Le gouverneur Carleton rentre à Québec le 20 novembre, où commence le siège de la capitale qui ne prit fin que le11 mai 1776. Pierre Loubert (ami et beau-frère) se laisse séduire par les avantages qu'offre l'enrolement sous les couleurs anglaises dans la lutte contre les américains: il va faire le feu du côté de Boston.(3) Le gouvernement canadien tient promesse et octroie une sorte de seigneurie de huit cent acres de terre soit depuis l'église actuelle de Maria vers l'est jusqu'à l'anse St-Jean. Claude Guitet viendra le rejoindre vers 1785.

1. Revue d'Histoire de la Gaspésie, mai-juin 1966, p. 101
2. Bulletin des Recherches historiques 1905, p. 238
3. Revue d'Histoire de la Gaspésie, déc. 1966.

Autre relation de la vie de mon ancêtre CLAUDE GUITÉ

L'Album-souvenir Le Centenaire de la Paroisse de Maria, 1860-1960, pp. 19-20, ajoute quelques informations intéressantes au récit précédent.
Je ne sais pas d'après quelles sources, mais l'Album précise que Pierre Loubert est à bord du Lys lorsque le navire est capturé par Boscowen. Il ne dit pas sur quel navire était Claude Guité.
On apprend ensuite que, durant son séjour à Québec, Claude exerce le métier de peintre.
Lorsqu'il se rend à Maria, à l'invitation de son ami Pierre Loubert, il se choisit un lot et batit une maison de pièces. L'Album mentionne qu'ils sont beaux-frères, car tous deux ont épousé deux soeurs de Claude Landry, l'un des fondateurs acadiens de Carleton, village voisin de Maria. Mentionnons en passant que Carleton reçoit son nom du deuxième gouverneur anglais du Canada et Maria du nom de son épouse Maria Effingham.
En retour des services rendus à la Couronne britannique, Pierre Loubert a reçu une concession de huit cents acres de terre au centre de la future paroisse de Maria. Le domaine partait du site actuel de l'église tirant à l'est jusqu'à l'anse Sainte-Hélène en comprenant aussi le deuxième rang. Pierre s'installe définitivement sur sa seigneurie, vers 1780, avec des enfants qui commencent à l'aider. Sa maison se trouvait près de la mer dans un champ qui appartient, en 1960, à Alphonse Guité, descendant de Claude. Les Loubert et Guité se partagèrent à cette époque l'espace de terre qui constitue un front d'une trentaine d'arpents. Pierre Loubert mourut sur son fief et fut enterré à Carleton. Claude Guité, plus jeune de onze ans, mourut le 20 novembre 1802, à 64 ans, et fut enterré lui aussi à Carleton.