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Très saint Père, Je veux vous parler comme un fils à son père. J’aime l’Église comme la famille qui m’a mis au monde spirituellement. Je pense vous respecter et vous aimer malgré certaines divergences de vues avec vous et votre enseignement. Si je vous considère comme un père, je demande que vous me considériez comme un adulte intelligent et capable de vous dire franchement ce qui ne marche pas dans votre discours. Je souffre que vos messages soient si mal reçus par le public qui trop souvent n’entend des médias que phrases-chocs, bonnes à faire vendre ou à attiser l’incompréhension et le mépris. Comme le public et les fidèles en général, je n’ai pas les qualifications des experts auxquels vous avez accès et mon jugement peut être partiel et rapide. Je suis prêt à vous écouter sincèrement, mais ne me demandez pas une obéissance aveugle à vos consignes morales, qu’une aile conservatrice de l’Église s’évertue à identifier à la fidélité au message de Jésus. Je comprends dans votre message à propos du condom en terre africaine que la lutte au SIDA ne passe pas par l’usage du condom, mais plutôt par la fidélité dans le mariage. Vous ne faites que rappeler l’enseignement traditionnel de l’Église. Les médias n’en ont évidemment retenu que le négatif : c’est plus sensationnel et vendeur. Quant au côté positif, plusieurs catholiques vivent comme moi dans le mariage et essaient de vivre un amour fidèle. Béni soit Dieu qui insuffle cet amour dans notre mariage! Mais l’amour et la fidélité ne nous ont pas empêchés d’utiliser la pilule ou le condom comme moyens de contraception pour espacer la naissance de nos enfants, selon nos conditions de vie et notre libre choix. Malheureusement, j’estime que votre enseignement sur la contraception, malgré mon attachement à l’Église et à l’Évangile, a discrédité tout votre discours sur l’amour et la sexualité et, pour plusieurs, la Bonne Nouvelle de la Résurrection. Nous vous percevons depuis longtemps comme incapable, du haut d’une conception désincarnée de l’amour, de discerner ce qu’il faut faire pratiquement dans la vie quotidienne. À cause de votre célibat, nous nous demandons bien ce que vous connaissez de la vie de couple et des difficultés d’y cultiver des relations harmonieuses. Nous nous demandons ce qu’un homme, vivant sans crainte de ce qu’il mangera demain, peut connaître des difficultés pour le monde ordinaire à joindre les deux bouts. Nous nous demandons comment il se fait que votre discours sur l’Afrique n’a pas d’abord dénoncé l’ignoble exploitation humaine, qui cause plus de morts que le SIDA, et le pillage injuste de ses ressources au profit des pays riches, le vôtre et le mien, ou au profit des classes riches des pays que vous visitez. Nous nous demandons comment vous faites pour dire : «Heureux les pauvres, car le Royaume des cieux leur appartient.» quand les gens vous voient arriver entouré d’un riche déploiement au milieu du pauvre monde? Un autre exemple? Nous nous demandons ce que signifient pour vous la règle de l’Église qui demande aux évêques de démissionner à 75 ans, quand nous vous voyons à la tête de toute l’Église bien passé vos 75 ans, alors que la tâche y est énorme. Ne croyez-vous pas que les gens et, surtout, nous les catholiques, nous recevrions votre discours différemment s’il y avait congruence entre votre parole et vos actes? Je prie régulièrement pour que nos évêques puissent assumer en disciples de Jésus et avec beaucoup de courage et de persévérance la tâche pastorale que vous leur avez confiée. Parce que j’aime notre Église et son chef, je prierai aussi pour vous afin que, tant que vous resterez à la tête de l’Église, vous laissiez vos collègues évêques libres de discerner selon l’Esprit de Jésus et de l’Évangile, déliés du serment de fidélité fait au pape. Je prierai pour que vous vous laissiez interpeller par vos collègues, de préférence les progressistes que les conservateurs. Je prierai pour que vous fassiez cardinaux non seulement des hommes qui pensent comme vous, mais des hommes qui se laissent conduire par l’Esprit d’audace et d’espoir en l’avenir. Je rêve de pouvoir dire à mes amis : «Voyez comme le pape est un disciple de Jésus et est capable de se convertir pour suivre le chemin des béatitudes! Votre fils, peut-être malcommode avec son père, mais dévoué à Jésus Christ. Michel Bourgault Paroisse de Saint-Paul À ma surprise, j'ai reçu une réponse de la Secrétairerie d'État. J'en reproduis le texte plus bas. |
Carissime Sancte Pater, Je ne vous apprends rien en vous disant que, ici au Québec, nombreux sont ceux et celles qui ont accueilli avec froideur la nouvelle de votre élection au pontificat. C'est qu'elle ne correspondait pas à nos attentes d'un pape que nous espérions voir changer certaines règles morales dont vous aviez vous-même participé à l'élaboration, notamment sur les unions entre personnes homosexuelles. En un second temps, à cause de mon amour de l'Église que je suis certain de partager avec vous, je fais confiance à mes frères évêques qui vous ont choisi comme son premier pasteur. Je fais aussi confiance à l'Esprit saint qui vous guidera dans l'accomplissement de votre ministère. Enfin, puisqu'on vous dit un homme d'une intelligence supérieure, j'ai confiance que vous saurez regarder le monde avec un regard renouvelé et avec les yeux de notre Seigneur Jésus Christ. Ils sont nombreux maintenant les fidèles catholiques qui ne se contentent plus de vivre une foi empreinte de soumission à tous les enseignements de l'Église. Les avancées des sciences ainsi qu'une connaissance de plus en plus grande de la révélation biblique et de la théologie permettent aujourd'hui aux laïcs de comprendre par eux-mêmes le message évangélique et d'y adhérer avec une foi plus personnelle. C'est pourquoi j'accueille avec joie votre annonce d'exercer le pontificat en plus grande collégialité avec tous les évêques. Depuis plusieurs années déjà, nous avons été habitués dans nos diocèses à dire notre mot à l'évêque et celui-ci semble prendre au sérieux nos avis. Et nous sommes fiers d'affirmer que les femmes d'ici, autant que les hommes, participent à la construction et à la direction de nos églises locales. Est-ce que cela veut dire aussi, saint Père, que vous accepterez que les églises locales aient une couleur particulière, des manières variées de célébrer les sacrements, des règles ecclésiales et morales qui prennent en compte les us et coutumes ou les lois des différents pays et communautés? Ai-je raison de craindre que la recherche d'unité dans l'Église ne vous amène à tenter d'uniformiser les rites et les règles morales? Nous comprenons difficilement pourquoi les femmes n'auraient pas accès au ministère de la parole et de l'eucharistie, quand les mentalités sont prêtes dans notre pays à accueillir ce changement. La force de l'annonce de l'Évangile en serait-elle diminuée à vos yeux? Ce changement provoquerait-il un scandale au point de faire perdre la foi aux fidèles des autres églises? Ou au contraire, cette ouverture redonnerait-elle confiance aux jeunes qui se sont éloignés du Christ à cause de la rigidité de l'Église universelle? Je pense que vous êtes de ceux qui voulez présenter l'Évangile sans diluer ou sacrifier à la modernité ses exigences. Je souhaite donc que votre pontificat s'exerce en faisant un retour aux exigences radicales des Béatitudes et que tous les rites et les règles ainsi que la doctrine soient clairement expliqués en se référant à cet enseignement de Jésus et des premiers apôtres. Les catholiques de chez nous n'attendent pas moins que cela de leur premier pasteur et je suis d'avis que beaucoup de jeunes suivraient joyeusement un enseignement renouvelé à l'aune de l'Évangile. Je prends à témoin ces jeunes femmes homosexuelles qui vivent l'amour en couple. Je prends à témoin cette femme ou cet homme divorcé et remarié à qui on a dit qu'il ne pouvait espérer être en communion avec la communauté, bien qu'il ait recommencé à aimer après un premier échec. Je prends à témoin des pauvres qui se débattent pour manger et survivre et n'ont trouvé qu'un accueil timide chez certains bons pratiquants de notre Église. Je prends à témoin tous ces fidèles qui se voient imposer un fardeau de règles morales que plusieurs membres du clergé ne suivent pas eux-mêmes. Je prends à témoin notre Seigneur qui s'est fait petit, exilé, pauvre et sans pouvoir, afin de nous montrer à nous, les grands, les riches, les puissants, que la force de l'amour a préséance sur les lois pour changer les coeurs. Je termine, saint Père, en priant que l'Esprit saint vous accompagne sur la route où vous rencontrerez la Samaritaine au bord du puits, l'eunuque sur le chemin de Gaza, la famille du centurion Corneille à Césarée. Je prierai que par votre ministère il renouvelle la foi des baptisés et attire au Christ de fervents disciples. Fraterne in Christo, Michel Bourgault |
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Du Vatican, avril 2009 La Secrétairerie d'État vous fait savoir que votre lettre est bien parvenue à Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, qui a été sensible à votre témoignage de fidèle attachement à sa personne et à son ministère de Successeur de Pierre et vous en remercie vivement. Heureux de pouvoir compter sur la prière de nombreux fidèles, le Saint Père demande au Christ Sauveur de vous accompagner chaque jour de sa présence vous donnant de témoigner, en Église, de la joie de la Résurrection. De grand coeur, il vous accorde la Bénédiction Apostolique ainsi qu'à toutes les personnes qui se sont unies à vous dans votre démarche. La Secrétairerie d'État vous assure de son religieux dévouement. Mgr Gabriel Caccia Assesseur |
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