Juifs, musulmans et chrétiens, nous sommes tous «fils d’Abraham». Au moment où plusieurs Québécois se demandent s’ils peuvent faire confiance aux musulmans, il est utile d’approfondir le sens de ce nom, fils d’Abraham.
C’est d’abord se réclamer d’un ancêtre commun, berger nomade, rude métier qui suscitait crainte et mépris, mais donnait à manger à la famille et procurait les biens nécessaire à la vie. Toutefois, ce métier exigeait aussi de se pouvoir se détacher de la terre où on a séjourné un temps. «Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père et va dans le pays que je te montrerai.» (Gn 12, 1) Habitants du Québec, que nous soyons juifs, musulmans ou chrétiens, cela fait partie de notre identité que nous avons été, soit nous-mêmes, soit par nos ancêtres, des immigrants à la recherche d’un pays meilleur pour y établir nos familles et prospérer.
La tradition judéochrétienne fait d’Abraham le modèle du croyant qui répond à un appel de Dieu. Abraham témoigne que Dieu n’est pas une énergie ou une force de la nature, mais un Être personnel qui parle aux humains et leur offre un partenariat, une alliance. «Je suis le Dieu tout-puissant. Vis toujours en ma présence et sois irréprochable.» (Gn 17,1) Cette alliance est assortie d’une bénédiction : «Voici à quoi je m’engage envers toi : tu deviendras l’ancêtre d’une foule de nations.» (Gn 17, 4) Les Québécois, jusqu’à tout récemment catholiques pour une grande majorité, se voyaient comme héritiers de la foi d’Abraham. Le défi de la génération présente est de comprendre comment dialoguer avec Dieu dans un monde où la science et la technique sont devenus le discours dominant et, aux yeux de l’homme moderne, prétendent tout dire sur l’humanité et sa destinée. Être fils d’Abraham aujourd’hui, c’est chercher par ses paroles et encore plus par ses actes à être justes.
Une des obligations de notre partenariat avec Dieu, non-négociable pour prendre une expression à la mode, est le devoir d’hospitalité. Il est constamment rappelé dans la tradition biblique. Il découle directement de notre condition d’immigrants dans le territoire du Québec. Comme nous avons été accueillis par les autochtones, il est juste d’accueillir les immigrants aujourd’hui. Ne pas le faire serait renier notre identité. Céder à la peur des autres, paniquer devant l’étranger, oublier notre condition de fils d’Abraham, oublier que nous ne sommes pas les propriétaires de cette terre mais ses gardiens, ne serait pas digne de notre humanité.
Comme les bergers du temps d’Abraham, n’accaparons pas le puits pour nos bêtes, mais partageons avec les autres bergers l’eau nécessaire à la vie. D’une façon pacifique, nous pouvons faire de cette terre d’accueil un lieu où la bénédiction de Dieu se répande sur tous. Telle est ma foi de fils d’Abraham.