Neuf femmes ordonnées prêtres et diacres
remettent en question l'autorité dans l'Église
L'Église catholique a grandement besoin de se moderniser. Au XXè siècle, Jean XXIII avait commencé une mise à jour importante avec le Concile Vatican II. Sous la conduite de l'Esprit Saint, elle avait fait de grands pas: rôle de plus en plus grand des laïcs dans la mission de l'Église, liberté religieuse, renouvellement de la liturgie, rapprochement oecuménique, réconciliation avec les Juifs. Les papes qui ont succédé ont certes posé des gestes pour donner suite au Concile, mais toutes les prises de position publiques sur le presbytérat des femmes ont plutôt manifesté une nette fermeture. Avec l'élection de Benoît XVI, le Vatican saura-t-il s'accorder non seulement à l'évolution des mentalités de la société, mais avec la réflexion et les pas qui sont effectivement accomplis dans les églises locales?
Quatre femmes sont ordonnées prêtres et cinq autres ordonnées diacres - pourquoi pas prêtresses et diaconesses? - le 25 juillet 2005 à proximité du diocèse de Kingston en Ontario. Cette nouvelle me permet de réfléchir sur l'exercice de l'autorité et du pouvoir dans l'Église catholique. Je ne discute pas de la validité de ces ordinations; aux yeux de l'Église, elles sont invalides. Mais je me demande bien quels ministères (étymologiquement, ministre veut dire serviteur) assumeront ces femmes. Sûrement aucun ministère confié par un évêque rattaché à Rome!
L'Église est une organisation dont la mission est de propager l'Évangile, c'est-à-dire la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité. Le pape, les évêques et les autres ministres sont tous les serviteurs de cette unique mission. Très tôt dans l'histoire de l'Église s'est posé le problème de l'unité dans la foi et dans l'enseignement théologique et moral. On y a pourvu en confiant l'autorité à des hommes, selon la coutume du temps, qui veillaient sur une portion du peuple de Dieu, une église, résidant sur un certain territoire: ce sont les évêques. Puis, on a reconnu non sans difficultés et divisions, l'autorité d'une église, celle de Rome. Je reconnais que l'autorité de l'église de Rome se fonde sur le besoin d'unité dans la foi, mais cette autorité n'est valide qu'à cause de sa fidélité à l'Évangile. Que faire quand, selon notre conscience, cette autorité s'écarte de l'esprit du Seigneur, qui ne faisait pas acception des personnes?
D'autres familles chrétiennes croient au même Seigneur et au même Évangile; on y reconnaît la primauté de certaines églises, mais il n'y a pas qu'une seule église qui a autorité sur toutes les autres. Quant à l'église de Rome, bien que le pape soit élu par des évêques venus de toutes les églises locales, il n'est pas évident qu'elle tient compte véritablement de la voix de toutes et chacune des églises dans leur diversité. L'Esprit du Seigneur a pourtant été donné à tous les fidèles et à tous les évêques. Pourquoi pense-t-on que Rome est le seul lieu où l'esprit de vérité se manifeste? Toutes les apparences me disent qu'il y a, par souci d'unité, une concentration du pouvoir dans l'Église catholique, qu'on tend à imposer partout les mêmes règles, indépendamment de la diversité culturelle, et que la démocratie, qui caractérise le monde moderne, fait à peine le contrepoids de la mentalité paternaliste.
Il faut dire toutefois que, dans le diocèse de Joliette, l'évêque procède à des consultations et des études sur les ministères confiés aux laïcs, hommes et femmes. Cette consultation amènera-t-elle les autorités à favoriser l'accession des femmes au presbytérat? Si ses conclusions étaient favorables, feront-elles le poids devant l'autorité romaine?
Dans l'Église catholique, verrons-nous le jour où l'on reconnaîtra aux femmes la pleine capacité pour annoncer l'Évangile et la possibilité de le faire avec la même autorité que les hommes? Les femmes d'aujourd'hui ont-elles une chance de voir leur ministère ou service reconnu sur un pied d'égalité avec celui des hommes? On se replie toujours dans l'église sur l'argument qu'une femme ne peut pas être prêtre parce que Jésus n'aurait pas envoyé de femmes en mission et qu'une femme ne peut pas non plus, à cause de son sexe féminin, représenter correctement Jésus, un homme. Plus longtemps les autorités de mon église vont tenir ce discours dépassé, plus elles tomberont dans le discrédit et le ridicule. Qu'on me corrige, mais avant longtemps plus de femmes que d'hommes occuperont les services de missionnaires, de catéchètes, d'enseignantes en théologie et d'action caritative. À quoi sert-il aux autorités de mon église de nier la réalité et surtout de s'en tenir à des arguments auquels plus personne n'adhère? À vouloir perpétuer le pouvoir masculin, elles se mettent à dos une partie de plus en plus grande du peuple de Dieu. Le Christ et l'Évangile sont-ils mieux servis par cette attitude conservatrice? Que signifie la phrase adoptée par l'église de Joliette comme thème de la mission «Avance au large»?
Les ordinations de ces neuf femmes ont une valeur symbolique: elles contestent à leur façon le pouvoir masculin. Je souhaite que nos évêques et le pape acceptent maintenant de remettre en question une conception sexiste de l'autorité, héritée des siècles passés, pour s'ouvrir à une nouvelle église où les femmes seront considérées vraiment les égales des hommes. Alors, ils mettront en pratique cette parole de l'apôtre de Paul:
«Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus ni Juif, ni Grec; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ.»
Épître de Paul aux Galates 3, 27-28