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« Le débat n'est pas clos. » Le 8 décembre 2006, on peut lire sur le site de la C.E.C.C. (Conférence des évêques catholiques du Canada): «Le débat sur la redéfinition du mariage n’est pas clos». Je comprends les inquiétudes de nos évêques concernant la famille et l'image traditionnelle du couple, ainsi que leur souci que les pasteurs aient la liberté de reconnaître et de célébrer les seules unions qu'ils considèrent conformes à la doctrine de l'Église catholique. J'ai également pris connaissance des conseils qu'ils prodiguent à tous les catholiques canadiens, autant les politiciens que les simples citoyens. En toute justice et pour être crédibles, est-ce que nos évêques ne devraient pas songer à: - ouvrir un débat au sein de l'Église catholique elle-même entre fidèles, pasteurs, théologiens et évêques, concernant ce que devrait être le mariage aujourd'hui? - reconnaître que les fidèles catholiques ont reçu le don d'intelligence par le baptême et la confirmation et que, par conséquent, ils peuvent participer au discernement dans ce débat? - reconnaître aux fidèles catholiques la même liberté de conscience et d'expression qu'ils demandent pour les autres citoyens? - reconnaître à tous les évêques la même liberté de conscience et d'expression, sur les questions de morale, qu'ils demandent pour les membres des partis politiques canadiens? Les chefs politiques canadiens défendent les principes de liberté de conscience, de liberté d'expression et à d'égalité entre tous les citoyens et ont généralement permis un vote libre sur l’opportunité de rouvrir le débat. Les plus hautes autorités de l'Église, tant romaines que canadiennes, peuvent-elles affirmer qu’un large débat a eu lieu à l’intérieur de l'Église? Peuvent-elle prétendre que la position de la C.E.C.C. sur la redéfinition du mariage ou sur le mariage entre conjoints de même sexe a résulté d’un discernement auquel on a invité tous les fidèles? Le Concile Vatican II, dans la Constitution «Lumière des peuples», a invité les laïcs à une plus grande participation à l'annonce de l'Évangile et à sa traduction dans l'histoire des humains et pour la culture de notre temps. Je souhaite vivement dans le Seigneur Jésus que nos évêques favorisent cette participation. Michel Bourgault |
Réactions de lecteurs Un lecteur m'écrivait le 15 mars: Monsieur, Lire ma réponse. |
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Cher Monsieur, Je présume que vous êtes un frère dans la foi en Jésus Christ. Je vous remercie de me faire part de votre interrogation. Je n'avais pas encore bien clarifié ma position par rapport au texte de s. Paul que vous citez: I Cor 6, 10. Vous m'en donnez l'occasion. Je crois aux déclarations de la Bible, aux témoignages et aux enseignements que s. Paul donne: c'est-à-dire que j'y puise, comme à une source, les fondements de ma foi au Christ Ressuscité. Mais il faut faire attention de ne pas isoler une phrase comme on le fait trop souvent, même dans des documents du Magistère. Quand on lit un texte de la Bible, il faut être conscient qu'on en fait toujours une interprétation à la lumière de notre temps et de notre situation.
De nos jours, peut-on souscrire aveuglément aux enseignements de la Congrégation concernant l'homosexualité, que nous avons hérités d'une époque où l'on ignorait que l'homosexualité était un fait naturel, que des personnes naissaient ainsi par des mécanismes biologiques et génétiques encore peu connus? Lorsqu'on parle avec des homosexuels on se rend compte que, bien avant d'avoir eu des relations sexuelles, plusieurs d'entre eux se sont sentis différents et ils ont découvert qu'ils étaient différents dans leur corps, leur coeur, leur affectivité. Et si c'était une question de choix, pensez-vous que ces personnes, sachant toute la difficulté qu'elles auraient à se faire accepter, pensez-vous qu'elles auraient choisi la voie de l'homosexualité? Pour cette raison, ils sont nombreux et nombreuses à nier ou à cacher leur homosexualité. Néanmoins, aux yeux de la majorité dont vous et moi faisons partie, ces personnes apparaissent en dehors de la normalité, en dehors des comportements acceptables par la majorité. Mais est-ce dans l'esprit chrétien de les condamner à la maginalité et surtout de qualifier les comportements homosexuels automatiquement de dépravés, de contre-nature, alors que la nature semblent les avoir faits comme ils sont? Contrairement à la Congrégation, je ne pense pas que des relations sexuelles soient dépravées, quand elles sont faites dans le respect de soi et de l'autre et avec une intention d'amour vrai entre deux personnes matures et libres. Par contre, vous conviendrez avec moi que sont condamnables, selon la morale chrétienne, des relations sexuelles sans le consentement de l'autre, pour le dominer ou simplement sans amour. Selon ma conception de la sexualité, les relations sexuelles sont mauvaises ou malsaines, non pas parce qu'elles sont faites entre deux hommes, mais plutôt si elles sont faites dans l'intention de dominer l'autre, de l'utiliser comme un objet, qu'elles soient homosexuelles ou hétérosexuelles. J'ajouterai que des doctes personnes dans l'Église font preuve de mauvaise foi lorsqu'elles font un rapprochement entre relations homosexuelles et relations pédophiles ou incestueuses, car dans ces dernières le partenaire dominant impose à l'enfant des relations qu'il ne désire pas ou est incapable d'accepter en toute connaissance et liberté.
La lecture de Mt 25, 31 à 46, est bien instructive dans ce cas. Au jour du Jugement dernier, je vous pose la question, qui recevra le Royaume en partage? Ceux qui se conforment en tous points aux enseignements de l'Église en matière de sexualité d'une part, mais qui, d'autre part, excluent les homosexuels de la communauté chrétienne s'ils osent exprimer leur amour dans des gestes, ou bien ces derniers essayant de vivre une relation de couple stable et fidèle, dans et malgré une société qui leur refuse les expressions de la vie amoureuse? En terminant, je reviens sur les déclarations de la Bible et la manière de les recevoir . Est-ce que vous prenez tout ce qui est écrit dans la Bible au pied de la lettre, ou bien si vous croyez qu'il faut comprendre une phrase dans son contexte et l'interpréter à la lumière des connaissances actuelles? Est-ce que vous croyez que le monde a effectivement été créé en 6 jours, et l'homme formé de la glaise du sol auquel Dieu aurait donné son souffle de vie? Tout en recevant ces textes, je crois que Dieu crée et est mystérieusement agissant hier, aujourd'hui et demain encore, dans un monde dont nous connaissons un certain nombre de lois, mais dont beaucoup restent à découvrir. 1. Allocution du cardinal Joseph Ratzinger et l'archevêque Angelo Amato, 31 juillet 2003. Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entrepersonnes homosexuelles. Article 4. Retour. 2. Catéchisme de l'Église catholique, Ottawa, CECC, 1993, no 2358. Retour. |
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Nos évêques catholiques ont invité les fidèles mariés à participer à la consultation du gouvernement fédéral canadien qui a étudié un projet de loi pour modifier la définition de mariage, ce qui pouvait mener à la reconnaissance du mariage des conjoints de même sexe. Ils souhaitent que les chrétiens mariés endossent leur position sur la définition du mariage, union d'un homme et d'une femme telle que voulue dans le plan divin. Mais quel est ce plan divin? Là est toute la question! C'est à leur invitation que j'ai entrepris cette réflexion au mois de février 2003. Le Vatican a aussi publié un texte condamnant à toutes fins pratiques les unions homosexuelles et leur reconnaissance juridique, réaffirmant ainsi la position traditionnelle de l'Église. Après avoir entendu des évêques du Québec et des pasteurs se faire l'écho du document émanant de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et après avoir lu ce dernier, je suis étonné d'abord que ce texte contienne peu de références au coeur de ma foi: l'Évangile. On y trouve la réponse de Jésus à une question sur le divorce et trois références aux épîtres de Paul, dont une seule traite explicitement d'homosexualité. Comment se fait-il que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ait fait si peu appel à l'enseignement fondamental de Jésus dans les Évangiles pour fonder sa position sur la reconnaissance du mariage pour les homosexuels? La position que j'exprime contient plus de questions que de réponses, mais se veut une invitation à considérer quelle est la mission de l'Église et à en tirer des conclusions dans le débat sur la reconnaissance du mariage pour les homosexuels. Mes prémisses L'Église a reçu pour mission d'annoncer la Bonne Nouvelle du salut à toute personne. Cette annonce affirme que Dieu, que nous appelons le Père, aime tous les humains, qu'Il a envoyé son fils Jésus, qu'Il l'a ressuscité par la puissance de l'Esprit Saint dans une action ayant valeur de salut pour tous les humains qu'Il veut rassembler dans son amour. On devra se demander si l'Église est bien fidèle à cette mission dans sa prise de position sur le mariage homosexuel. La vraie famille de Jésus sont ceux et celles qui font la volonté du Père. Ce ne sont pas les liens de sang, ni les liens juridiques, mais les liens spirituels qui font qu'on appartient à la famille de Jésus. Dans les termes de l'Évangile, ce sont ceux qui vivent selon l'esprit des Béatitudes. On devra se demander si l'amour vécu dans l'esprit des Béatitudes peut être le fait des personnes vivant en union homosexuelle. Depuis les débuts du christianisme, les disciples de Jésus se reconnaissent comme citoyens de ce monde et membres à part entière de la société; ils acceptent ses institutions, dont le mariage, mais en même temps ils ont une identité propre par leur attachement aux enseignements évangéliques. Ainsi, Jésus a sans aucun doute approuvé le mariage d'un homme et d'une femme, puisque lui et ses disciples invités à un mariage ont participé à la fête. Mais comprenons le message du récit des noces de Cana: Jésus donne un vin nouveau à boire, celui du Royaume de Dieu. Les chrétiens, à la façon de deux époux, ont mission d'être témoins de cette réalité nouvelle. De la même manière, n'a-t-il pas invité toutes les personnes, hommes et femmes, à le suivre et à le préférer à tous: père, mère, frère, soeur, femme, enfants. On voit qu'à ses yeux la condition sociale, ethnique, familiale, sexuelle ou autre, est «de ce monde»; mais ce qui compte davantage, c'est l'attachement aux valeurs du Royaume. Dans la question qui nous occupe, peut-on témoigner des valeurs du Royaume dans une union homosexuelle? Historiquement, le mariage est l'union légale d'un homme et d'une femme, qui énonce les droits et devoirs des époux l'un vis-à-vis l'autre et à l'égard de leurs enfants. Bien avant d'être religieux et reconnu par l'Église comme sacrement, le mariage fut et est un acte légal et civil, qui vise à assurer aux époux et surtout aux enfants un foyer stable et un traitement juste des personnes. L'Église, fidèle à sa mission, a développé une spiritualité du mariage qui fait des époux les témoins d'un amour fidèle, à l'image de l'amour du Christ pour son Église. C'est un idéal élevé qui engage les époux à se dépasser dans le don de soi l'un à l'autre et aux enfants. On devra se demander si les homosexuels sont également capables de cet amour. Mon questionnement A) Doit-on réserver le nom de mariage aux unions hétérosexuelles qui ouvrent sur la fécondité «normale» des enfants et constituent aux dires des autorités gouvernementales et ecclésiales «la base de la société»? Oui, enseigne l'Église catholique, parce que c'est seulement dans le mariage hétérosexuel que se réalise une fécondité normale telle que voulue dans le plan de Dieu. Mais alors, les couples hétérosexuels dont l'un des membres est stérile, ou incapable de s'occuper d'enfants de façon responsable, peuvent-ils vivre leur union selon le plan de Dieu? Et que dire du mariage d'un homme et d'une femme qui renoncent à la procréation et donnent leur vie au soin des pauvres et des malades? Et, en corollaire, pourquoi des couples homosexuels qui prennent en charge des enfants, les aiment et s'en occupent de façon responsable, ne vivraient-ils pas eux aussi en accord avec le plan divin? Ce qui compte le plus aux yeux de notre Dieu, dans l'économie du Royaume et du salut, est-ce la chair dont nous sommes faits qui est périssable ou l'esprit dont Il a doté l'être humain et qui permet de vivre en accord avec l'esprit des Béatitudes, avec l'Esprit Saint? Autrement dit, nous n'avions guère besoin de plan divin pour mettre au monde des enfants, puisque les animaux le font. Par contre, nous avons besoin de l'Esprit de Dieu pour considérer que chaque enfant que nous mettons au monde, y inclus celui qui a une orientation homosexuelle, est doté d'une dignité inaliénable, semblable à Dieu, non par son genre masculin ou féminin, mais par son coeur, son intelligence et son ouverture à l'Absolu. En conséquence, qu'est-ce qui nous autorise à affirmer que le plan divin ne laisse pas une place dans le mariage à d'autres types de fécondité à côté de la fécondité dite «normale»? B) Face aux demandes pour que soient reconnues comme mariages les unions entre conjoints homosexuels, les autorités ecclésiales qui s'opposent à cette reconnaissance remplissent-elles la mission de l'Église en affirmant le caractère unique et fondamental pour la société du mariage hétérosexuel? En d'autres mots, la mission de l'Église est-elle avant tout de construire la société ou de conduire les humains vers le Royaume de Dieu? N'y a-t-il pas dans notre propre histoire et/ou dans d'autres sociétés des manières différentes de vivre la famille, c'est-à-dire de donner et recevoir la vie, de grandir dans l'amour et le soutien, de connaître et de révéler à son tour la grandeur de l'amour de Dieu? L'amour à la manière de Jésus serait-il absent des familles élargies, des familles d'accueil, des familles monoparentales, des familles reconstituées, voire des familles polygames? Veut-on vraiment traiter toutes ces familles comme des exceptions ou des simulacres de famille? L'amour à la manière de Jésus est présent à coup sûr dans les communautés religieuses. Elles constituent une autre manière d'aimer et de donner la vie. Ce sont des confréries de femmes ou d'hommes, qui vivent ensemble une union au Christ, consacrée par des voeux de fidélité, où ils se prennent en charge les uns les autres, prennent en charge des orphelins, des malades, des vieillards. Les membres des communautés religieuses ne sont pas mariés, mais font des voeux qui ont exactement la même signification. Certains religieux et religieuses portent même un anneau pour l'exprimer : c'est tout dire ! Pourquoi un couple homosexuel ne pourrait-il pas témoigner, de manière différente encore, de l'amour du Père pour tous les humains? Leur union reconnue au regard des hommes et de Dieu ne peut-elle pas aider ces deux personnes à vivre les valeurs des Béatitudes, celles qui annoncent le Royaume? À mon sens, c'est la mission de l'Église non pas de privilégier telle ou telle manière de vivre l'amour, mais de discerner et d'annoncer la présence amoureuse de Dieu au coeur des unions et regroupements humains, et de soutenir les efforts que les humains font pour grandir dans un amour de don de soi. Et deux personnes homosexuelles sont capables de cet amour et d'en témoigner. La mission de l'Église n'est-elle pas d'appeler les personnes homosexuelles aussi à vivre un amour fidèle, compatissant, miséricordieux? C) La reconnaissance des unions de conjoints de même sexe va-t-elle avoir une incidence sur le nombre ou la qualité des familles donnant des enfants nouveaux à la société ou encore sur la valeur du mariage hétérosexuel? Bien que les causes de l'homosexualité se soient pas connues de manière certaine, la science nous apprend de plus en plus que l'homosexualité n'est pas qu'une question de choix libre. Il semble qu'aux premiers stades de la vie utérine et dans les premières années de la vie, l'être humain ait un potentiel homosexuel et hétérosexuel, l'un et l'autre se développant ensuite sous la poussée complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux . Inciter une personne qui se sent et se voit comme homosexuelle à se marier dans une union hétérosexuelle pour donner des enfants à la société ne rend service ni à ces personnes, ni à la société, ni aux enfants qui naîtront de ces unions. D'autre part, permettre aux homosexuels de se marier ne fera pas diminuer le nombre ou la qualité des familles où des enfants naîtront et grandiront dans l'amour. Je ne vois vraiment pas en quoi reconnaître que mes voisins homosexuels puissent se marier puisse avoir une incidence sur le désir d'un couple hétérosexuel de se marier et d'avoir des enfants. Si l'Église veut vraiment aider les couples à avoir des enfants, si elle veut promouvoir la famille, elle ferait oeuvre bien plus utile en dénonçant avec plus de vigueur le matérialisme de notre société qui hypothèque le désir des couples d'être parents et le nombre d'enfants par famille. L'Église devrait user de son influence pour que les gouvernements adoptent des politiques sociales généreuses à l'endroit des familles, par exemple la reconnaissance des années passées avec les enfants aux fins de l'ancienneté ou des années de service dans une entreprise. Parlant de familles et d'unions de qualité, les homosexuels tout comme les hétérosexuels sont appelés au dépassement. Je crois que Dieu sème en toute personne le désir d'aimer et d'être aimée. Les personnes ayant une orientation sexuelle différente de la majorité sont appelées elles aussi à vivre et à témoigner d'un amour à la manière de Jésus. Et qui ne connaît pas aujourd'hui des couples de personnes homosexuelles capables de ce dépassement? Voilà comment je pose la question. Plusieurs auront compris que j'ai appuyé le projet de loi du gouvernement canadien de reconnaître les mariages homosexuels. Et je suis en désaccord avec la déclaration de la Congrégation de la Foi. Dans ma conscience et mon intelligence, je m'écarterais de la mission de l'Église si je me faisais le porte-parole de la position du Vatican ou si je me taisais, ce qui revient au même, sur la question du mariage des homosexuels. Michel Bourgault, |
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Je me suis intéressé à la question du mariage pour conjoints de même sexe parce que, marié depuis 33 ans, mon épouse et moi avons des couples homosexuels dans notre cercle d'amis et parce que je me crois interpelé par l'Évangile à réfléchir sur la condition faite aux homosexuels, en particulier dans l'Église à laquelle j'appartiens. L'Église et les croyants de manière générale ont raison de tenter d'influencer le débat sur une question dont ont été saisis d'abord les cours de justice, puis le Parlement, parce que j'estime qu'il y va de la conception de l'être humain et de sa contribution à la construction de la société. Mais il y a plus : d'autres l'ont dit avant moi, l'être humain est une histoire sacrée; et le mariage est l'un des éléments culturels qui porte les traces de cette histoire. L'Église n'a-t-elle pas fait du mariage un sacrement, c.à.d. un signe d'alliance de Dieu avec les humains, puis du Christ avec les membres du peuple chrétien, un signe de l'amour fidèle de Dieu, un signe que le couple marié montre par sa relation conjugale. Lorsque les évêques interviennent sur la question, ils se fondent sur le rôle essentiel que la différence et l'altérité doivent jouer dans la relation sexuelle et dans la construction du couple; c'est pourquoi celui-ci doit être hétérosexuel. Ils tiennent pour valables seules les relations sexuelles ouvertes sur la procréation et constitutives de la famille et ultimement de la société. Une des interventions intéressantes de l'épiscopat est celle de Mgr Bertand Blanchet, où il se sert de l'argumentation judéo-chrétienne que l'homme, créé à l'image de Dieu, a été créé homme et femme et a été appelé à poursuivre la création en donnant la vie. J'adhère à cet enseignement. Mais, puisque je me réclame de Jésus Christ et de son Évangile, je souhaite montrer que l'Évangile, Bonne Nouvelle de salut, s'adresse à toutes les femmes et tous les hommes, qu'ils soient homosexuels, hétérosexuels ou bisexuels. Et si l'Église a une contribution originale à apporter dans ce débat, c'est au nom de sa foi en Jésus le Ressuscité. Cette Bonne Nouvelle s'est exprimée de deux manières dans la vie de Jésus et de ses disciples, par la guérison et l'enseignement. Ces deux voies doivent tracer également la mission de l'Église aujourd'hui. La mission de l'Église doit s'inspirer des discours de Jésus aux foules venues l'écouter et aussi appporter la guérison ou une libération profonde aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui. Si des homosexuels ou des couples d'homosexuels ont foi dans le Christ ressuscité et si, en dépit d'une longue histoire de rejet, ils viennent vers l'Église, ils attendent d'elle un enseignement, ils demandent une guérison. Ils ne demandent pas que le Christ ou ses disciples d'aujourd'hui les guérissent de leur homosexualité ou les transforment en hétérosexuels, ils demandent d'être libérés de la solitude, du mépris et de l'ostracisme, ils demandent d'être acceptés comme ils sont et considérés eux aussi comme capables de vivre un amour vrai. Mettre au monde et éduquer des enfants, beaucoup de couples homosexuels savent que ça ne leur est pas possible: plusieurs en souffrent. Mais affirmer qu'un tel couple est incapable d'aimer et d'éduquer des enfants, est loin d'être une certitude. Affirmer que l'identité et l'équilibre d'un enfant ne sont pas assurés quand il a deux pères ou deux mères, ça non plus n'est pas du tout certain: ça reste à démontrer. Je dis, pour ma part, que l'affection, le goût de vivre, le respect de l'autre dans sa différence, l'éducation aux valeurs spirituelles et morales, l'exemple de parents heureux ont bien plus à voir dans l'éducation d'un enfant et dans l'affirmation de son identité, dont l'identité sexuelle. Un certain nombre d'homosexuels ont eu des enfants et ils vivent dans une deuxième relation de couple un nouvel amour. Déjà pères ou mères, ils veulent continuer de l'être dans la dignité et l'acceptation des autres. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'ils peuvent aimer autant que vous et moi. Et, au nom de ma foi au Christ, je vois dans la vie et l'amour de ces couples un appel et une exigence d'être humain qui vient de notre Dieu-Amour. Parlons de la pastorale de l'Église maintenant. Les homosexuels n'attendent pas seulement que l'Église leur répète les articles du catéchisme dont certaines parties sont héritées d'une tradition trimillénaire et auraient besoin d'être ajustées à nos connaissances nouvelles. Ils attendent un enseignement qui les aide à vivre leur condition homosexuelle. On leur a dit à leur baptême : «Tu as du prix aux yeux de Dieu». Ils désirent entendre encore cette parole de la bouche de ceux qui enseignent le message de Jésus. Je crois qu'il est bien de leur faire entendre cet appel à la continence; mais, tandis que certains peuvent la vivre, tous n'y sont pas appelés ou n'en sont pas capables. N'allons pas leur imposer une conduite que même Jésus n'a pas imposée à ses disciples. Le mariage est d'abord un acte civil, on s'entend. Si l'État devait éventuellement reconnaître l'union des homosexuels comme un mariage, un certain nombre de couples voudront qu'un représentant de Dieu ou de l'Église reconnaisse dans leur projet de vie un appel à vivre de l'amour de Dieu, un amour fidèle, altruiste, compatissant, tout comme les couples hétérosexuels. L'Église, au lieu de se rabattre sur la charte des droits et libertés, devrait saisir cette chance pour «évangéliser» leur union et pourrait très bien la «bénir», sans qu'on parle nécessairement de sacrement. Je dis plus encore: au terme d'une démarche de foi et d'une préparation sérieuse, l'Église pourrait reconnaître dans leur mariage un véritable sacrement. Quand le mariage a été élevé au niveau d'un sacrement, il s'est enrichi d'une signification religieuse et chrétienne : les mariés exprimaient l'amour de Dieu pour l'humanité, du Christ pour son Église. De cela, un couple homosexuel, dans une démarche de foi, peut devenir un signe. En terminant, le regard que Jésus a posé sur les personnes m'a toujours frappé; c'est un regard qui les faisait vivre, les libérait, leur redonnait vie. Nos regards sur les homosexuels les ont trop longtemps blessés, écrasés et même tués. Ne pas être considéré, ne pas être accepté pour ce que l'on est, devoir vivre caché ou dans un ghetto, c'est une grande souffrance. C'est une prison. J'appelle l'Église et ses pasteurs à être de ceux qui combattent ces attitudes; elle doit offrir la guérison à ces personnes. Si l'Église veut vraiment travailler à préserver la société, comme elle prétend le faire en préservant sa conception du mariage, ne serait-il pas plus juste de promouvoir l'attention aux pauvres et aux exclus, la compassion pour ceux qui souffrent, la tolérance vis-à-vis ceux qui sont différents, et par-dessus tout un regard sur les personnes basé non sur leur orientation sexuelle, mais sur leurs actions et leur capacité d'aimer. Michel Bourgault |
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Tiré des notes: 1, 26 un adam. Litt.: « un terreux » c'est celui qui, au chapitre suivant, sera tiré de ba'adamâ, de la terre. à notre image/comme notre ressemblance. Le mot demût « comme notre ressemblance, qui nous ressemble » est de facture abstraite et vient corriger ce que le mot tselem « image, représentation plastique » pourrait avoir de trop matériel. Tiré du glossaire: Commentaire personnel: Je terminerai en disant qu'il faut se méfier des interprétations utilisées dans le but de justifier une opposition à l'homosexualité ou aux comportements homosexuels. On sert de pareilles interprétations pour dire que les femmes ne peuvent pas devenir prêtres ou pasteurs. (retour à l'article) M.B. 27 avril 2005 |
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Les considérations suivantes ne prétendent pas à une étude exhaustive du sujet, mais je me suis penché sur les arguments soit-disant bibliques qui condamnent l'homosexualité et, par conséquent, le mariage des conjoints de même sexe. Dans ma vie et mes études, j'ai été amené à fréquenter les textes bibliques, en compagnie d'exégètes il faut le dire, et assez pour savoir que toute lecture est sous-tendue par une interprétation du lecteur, qui reçoit un texte selon sa personnalité et la situation de son époque. Les textes bibliques eux-mêmes sont des lectures de la réalité d'une autre époque et même souvent des relectures de traditions existantes. Prenons les textes de la Bible qui supposément conduisent à la condamnation de l'homosexualité et indiqueraient que la tradition biblique et chrétienne sont contre le mariage pour les CMS (conjoints de même sexe). Voir: Genèse 1, 27-28; 2, 24; Romains 1, 24-27; I Cor 6, 10; I Tm 1, 10. Certaines de ces conceptions et condamnations ont comme fond socio-culturel la nécessité de survivre et de se reproduire du petit peuple que formaient nos ancêtres juifs dans la foi. Bien plus, les enfants étaient clairement interprétés comme une bénédiction divine. Le fait de ne pas en avoir était considéré plus ou moins comme une malédiction. C'est ainsi qu'on comprend la loi du lévirat chez les Juifs du temps de Jésus qui permettait à un homme de faire un enfant à la femme de son frère décédé, enfant qui était reconnu comme héritier légitime du décédé. On n'aurait pas idée aujourd'hui d'appliquer cette coutume. Est-ce que cette coutume, quand même exceptionnelle, était pour autant contre nature? Comme on l'a répété, à l'évidence, les couples homosexuels ne font pas des enfants forts. Pour cette raison, ces couples ne correspondraient pas, pour l'Église, à la meilleure voie pour la réalisation d'un couple qui est de donner la vie comme le fruit de l'amour. Le couple et le mariage hétéro et le fait d'avoir des enfants sont également une nécessité pour la société. Étant marié à une femme, j'ai connu cette joie de mettre au monde des enfants, et parfois la douleur qui arrive dans une vie de couple et de parent; mais je choisirais exactement le même chemin aujourd'hui. Ça ne m'empêche pas de penser que le mariage peut être une voie d'épanouissement pour des conjoints de même sexe. Il est vrai que dans le passé, notamment du temps où la Bible a été écrite, le mariage servait à créer un lien entre un homme et une femme (et leurs familles) pour donner des enfants qui seraient les héritiers des biens de la famille de l'homme et porteraient son nom dans les générations à venir. C'était un arrangement entre deux familles où le consentement des futurs mariés ainsi que les considérations d'amour étaient secondaires. Mais la notion de mariage a évolué. Sans que la composante enfant-héritier soit disparue, l'Église s'est battu pour faire reconnaître que le mariage était valide seulement si les partenaires consentaient librement à cette union. Si bien qu'il n'y a pas de mariage à ses yeux si ce consentement est absent (beaucoup de gens oublient cet aspect, mais les annulations de mariage peuvent se faire sur cette base). Ensuite est apparue la notion de mariage chrétien. La dimension sacramentelle consiste à dire que les mariés par leur amour témoignent de l'amour de Dieu pour les humains. L'amour n'était pas essentiel dans le mariage des temps bibliques. Aujourd'hui, l'Église pourra déclarer nul un mariage s'il est démontré que l'amour (et l'engagement de chérir et de supporter dans l'adversité comme dans le bonheur) n'était pas présent au moment du mariage: par exemple, on se marie pour qu'un immigrant entre au pays. Parlons maintenant de la procréation jugée nécessaire pour qu'il y ait mariage dans l'enseignement actuel de l'Église. Aux yeux de l'Église, à l'heure actuelle, s'il est prouvé qu'un des conjoints s'est marié avec l'intention (avouée ou non à son conjoint) de ne pas avoir d'enfant, ce mariage peut être déclaré nul par l'Église. « Nul » veut dire qu'il n'y a jamais eu de mariage entre ces conjoints. Mais il faut que ça passe devant un tribunal avec avocats. etc. Mais je vous demande ceci: pouvons-nous affirmer que l'Église (ou même les autorités civiles) célèbre uniquement des mariages où les conjoints ont l'intention de donner naissance à des enfants? À l'évidence, c'est non, même s'il m'est difficile de quantifier ces mariages. Et au delà de ça, est-ce que l'Église actuelle déclare nuls les mariages où les conjoints n'ont pas donné naissance à des enfants? Ou encore dit-elle que ces mariés sont en état de péché grave et les empêche-t-elle d'approcher de la communion? On peut aussi demander pourquoi l'Église accepte de marier des gens qui ont passé l'âge de donner des enfants? Peu importe leur nombre, sont-ce des mariages de seconde classe? Ne devrait-on pas plutôt admettre franchement que la notion de mariage a évolué dans l'Église aussi? Quand l'Église défend aujourd'hui le mariage contre les assauts des personnes homosexuelles parce qu'elles n'en remplissent pas les conditions, elle mène un combat pour la société; c'est vrai que sa survie et sa vitalité sont assurées par des couples hétérosexuels qui donnent des enfants. Mais il n'est nullement besoin de mariage devant les autorités religieuses ou civiles pour former un couple et avoir des enfants. La société et l'Église viennent les appuyer d'une reconnaissance juridique ou religieuse. Du temps de Jésus, chez les Romains, quand un homme et une femme avaient vécu un an ensemble, avec ou sans le consentement de leurs familles, ils étaient considérés mariés de fait (conjuncti) et toutes les conséquences du mariage légal s'appliquaient, surtout en matière d'héritage pour les enfants. Selon les lois actuelles, les conjoints de fait bénéficient de plus en plus des mêmes prérogatives. Il reste la valeur symbolique du mariage. L'Église a beaucoup de choses pertinentes à dire sur ce point. Plus que sur le plan des enfants ou sur le plan juridique. À mon avis, l'Église n'est pas là pour se prononcer si le mariage est bon ou mauvais pour la construction ou la préservation de la société. Elle peut le faire, mais je dis que ce n'est pas sa mission propre. Sa mission, qui découle de celle du Christ et de ses apôtres, est d'annoncer que le Royaume de Dieu s'est manifesté en Jésus qui est mort et ressucité, et qu'il continue de se manifester là où il y a de l'amour. Lorsqu'elle bénit un mariage, quel est le message de l'Église? Elle dit aux conjoints: à chaque fois que vous donnez naissance à un enfant, faites-le en ayant conscience que vous participez à la création, parce que vous êtes à l'image de Dieu. Elle dit encore: à chaque fois que vous êtes un soutien pour votre époux dans les épreuves, vous manifestez l'amour fidèle de Dieu pour les humains, qui pardonne les offenses, qui espère même dans les situations qui semblent les plus perdues. Suis-je le seul chrétien à lire la Bible de cette manière? Je sais que je suis loin de m'attirer la faveur de beaucoup de catholiques, mais l'essentiel pour moi, c'est d'être fidèle au message reçu des apôtres. L'Église peut-elle accorder sa bénédiction à des conjoints homosexuels? Dans la logique que j'ai exposée précédemment, je pense que oui. L'Église n'a pas à prescrire que de toute relation sexuelle doit résulter en procréation d'un enfant (quels torts physiques et moraux n'a-t-elle pas causés dans le passé à cause de cet enseignement, et encore aujourd'hui lorsqu'elle décourage l'utilisation du condom?), ni qu'une relation sexuelle doive se faire exclusivement entre hétérosexuels. Elle doit plutôt se préoccuper que les relations sexuelles soient l'expression d'un amour vrai, que les époux se promettent et vivent un amour fécond, fidèle, généreux..., à la manière du Christ. Il est temps que les enseignements du catéchisme catholique soient modifiés pour accueillir avec justice les homosexuels. Parce que la société et la famille ont changé, il est temps de reformuler notre foi pour inclure ces personnes, pour leur dire que Dieu est venu à leur rencontre et les invite à se dépasser dans l'amour. Aucun texte fondamental de la Bible ne condamne les couples homosexuels, ni leurs comportements quand ils sont motivés par un amour vrai. Michel Bourgault |
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Mgr Marc Ouellet Archevêque de Québec et Primat du Canada Monseigneur, J’ai appris par divers médias que vous avez appelé les catholiques à appuyer le premier ministre Harper dans son projet de rouvrir le débat sur la définition du mariage. Vous auriez dit, en autres, que la loi redéfinissant le mariage divise la population du Canada, ne reconnaît pas l’ordre naturel voulu par le Créateur et sème la confusion dans le domaine de l’éducation. Je comprends que vous vous posez en défenseur de l’unité de la population, tout autant qu’interprète de la volonté divine et autorité dans le domaine de l’éducation. Personnellement, je me demande bien quelle unité favorisera votre action en faveur d’un retour en arrière sur la question du mariage. Je me demande encore quel est l’ordre naturel voulu par le Créateur dont vous prétendez détenir le fin mot. Enfin, je me demande si vos paroles sont susceptibles d’aider les catholiques et les Canadiens dans l’éducation des jeunes. Premièrement, vous me semblez confondre débat et division. La loi sur le mariage a bien été adoptée au terme d’un débat entre différentes visions du monde et des humains, certaines inspirées par des croyances religieuses. Le vote majoritaire en faveur d’une redéfinition du mariage ne plaît pas à la majorité des évêques catholiques, non plus qu’à de nombreux autres personnalités et penseurs. Mais, vous ne détenez pas, que je sache, le monopole de l’intelligence ni de l’Esprit saint. De nombreux citoyens et des baptisés ayant reçu les dons de l’Esprit étaient en faveur de cette loi. Si le vote majoritaire a permis un élargissement de la définition du mariage aux conjoints de même sexe, le débat social n’est pas pour autant terminé. Les mentalités changent lentement. Est-il si dangeureux que tout le monde ne soit pas d’accord ? D’accord surtout avec la position majoritaire des autorités de l’Église. Au sujet d’unité, j’ajouterai que Jésus a demandé que nous soyons uns, mais il a dit aussi que sa parole sèmerait la division entre le père et son fils. En tant que pasteur de notre Église, votre rôle n’est-il pas davantage de faire connaître le message d’amour de Jésus que de voir à l’unité de la population canadienne ? Ce message est que le Père aime tous les humains et les appelle tous, quelle que soit leur orientation sexuelle, à vivre un amour vrai, juste, fidèle, compatissant. Croyez-vous que votre opposition à reconnaître le mariage des conjoints de même sexe réponde à cet appel ? Croyez-vous que votre jugement sur les relations homosexuelles s’inspire de l’amour à la manière de Jésus et du Père ? Parlons maintenant de l’ordre naturel voulu par le Créateur. S’agit-il du même ordre que celui qui prétendait que le soleil tournait autour de la terre, que les élections était l’affaire des hommes seulement, que le contrôle des naissances n’est correct que s’il se fait sans moyens techniques ou chimiques ? Étant un universitaire, je ne vous apprends rien en vous disant que nous n’avons pas fini de connaître ce qu’est la nature humaine, que nous n’avons pas fini par conséquent, comme croyants, de découvrir et d’apprécier la merveilleuse richesse du Créateur dans ses créatures. Qu’est-ce qui vous dit que nous savons tout sur la réalité sexuelle ? La procréation est-elle vraiment l’unique destination de la sexualité ? L’altérité est-elle inexistante en dehors de la différence des sexes ? Seriez-vous prêts à dire que ceux qui font vœu de célibat vivent une sexualité contraire à l’ordre naturel voulu par le Créateur ? Aujourd’hui, de plus en plus, nous avons l’immense bonheur de voir l’amour d’un père ou d’une mère reconnaître en leur enfant homosexuel un enfant de Dieu, capable aussi d’amour de don de soi. Même si vous êtes célibataire, seriez-vous dépourvu à ce point d’amour d’être incapable de faire comme eux? Nous avons aujourd’hui l’ouverture et la liberté de vivre de façon variée notre différence : cette variété ne vous fait-elle pas penser à l’incomparable variété des créatures de Dieu ? Enfin, vous craignez la confusion dans le domaine de l’éducation. Dès le départ, je soupçonne quelqu’un qui qualifie une loi de germe de confusion, de vouloir faire croire que, lui, il détient LA vérité, que, lui, il sait ce que les gens doivent faire. Ne serait-il pas plus éclairant, surtout au niveau des valeurs humaines, de rechercher la vérité avec les gens ? N’est-il pas plus profitable pour l’éducateur d’emprunter les mêmes chemins que les gens, de connaître leurs doutes, leurs souffrances, afin de reconnaître avec eux ce qui est bien ? Ultimement, ne serait-il pas plus éclairant pour un chrétien aujourd’hui de voir son évêque rechercher avec lui quelle est la volonté de Dieu, aujourd’hui, ici, dans la société canadienne ? Quand je fais face à un couple homosexuel, je le regarde avec affection d’abord, ensuite j’essaie de reconnaître en lui les traces de l’amour divin, fidèle, juste, compatissant. Et je n’ai pas de peine à en trouver. Les couples homosexuels ne sont pas plus parfaits que les autres ; eux aussi auraient besoin d’entendre la parole de Dieu : tu es mon enfant et tu as du prix à mes yeux. Ils auraient besoin aussi de voir les plus hautes autorités de l’Église à leurs côtés pour faire reculer les incompréhensions dont ils sont victimes. Ils auraient besoin que vous les regardiez comme capables d ’apporter une contribution valable à la société canadienne, tout comme les célibataires et religieux que vous êtes. Si je prends la peine de vous écrire, Monseigneur, c’est en premier parce que je suis catholique et je me sens le devoir de vous faire savoir qu’au nom de ma foi en Jésus Christ je ne pense pas comme vous. C’est aussi parce que le traitement que nous réservons aux homosexuels est indigne de l’amour chrétien et relève plutôt de l’obscurantisme. C’est parce que la vérité et la justice ne souffrent pas de rester silencieux devant l’injustice et l’obscurité. Respecteusement vôtre, Michel Bourgault |
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