|
||||||||||||
|
ENTRE LA HONTE ET LA FIERTÉ
On lit dans le Devoir du 23 décembre 2006 un article où Mgr Ouellet, commentant la peur d’afficher les symboles chrétiens de Noël, s’inquiète d’une majorité au Québec qui aurait honte de son passé. Il constate une perte de vision religieuse et un affaiblissement de l’identité québécoise qui tente de se construire sans référence à Dieu. Selon lui, cela compromet notre capacité de dialoguer avec des personnes qui professent d’autres religions. Tout en étant d’accord avec lui, je pense que son regard, comme celui de nombreux dirigeants catholiques, est trop tourné vers le passé. Je suis fier de notre passé et de ce que l'Église catholique a accompli, malgré ses erreurs. Et de nombreux catholiques continuent de s'engager auprès des pauvres, des malades et des marginaux. Ils ne portent peut-être pas l'habit clérical, vont moins à la messe, ont souvent conservé un faible attachement aux signes tels que les sacrements, mais ce qui me désole davantage, c’est qu’ils se reconnaissent de moins en moins dans le discours des dirigeants catholiques. Sont-ils moins catholiques? À mon jugement, non. Car, ils agissent comme Jésus l'a demandé: ils donnent un verre d'eau à qui a soif, visitent les malades, donnent à manger à qui a faim et accueillent aussi l'étranger. Ces catholiques sont perplexes devant l'attachement des étrangers à leurs croyances et symboles religieux. Ils s'aperçoivent du coup que les signes extérieurs de leur propre tradition sont peut-être plus importants qu’ils ne pensaient. Ils se sentent actuellement bousculés au fur et à mesure que les cultures étrangères occupent l’espace public. Mais, que faire pour rester nous-mêmes et exprimer nos propres convictions d’amour de Dieu et du prochain qui se vit dans notre soif de justice, d’égalité, de fraternité, d’honnêteté? Nous sommes appelés à découvrir un nouvel équilibre, fait de l’affirmation de soi et du respect de l’autre. Au lieu de regarder nostalgiquement vers le passé, au-delà de la honte évoquée par Mgr Ouellet, avouons honnêtement que certaines visions et pratiques catholiques ne cadrent plus avec la vie actuelle. J'en nomme quelques-unes : l’autoritarisme, une conception figée de la nature humaine, la peur du sexe et du plaisir. Suite |
(suite)
Je suis fier d’un évêque quand il donne la parole à ses fidèles, cherche à construire avec eux le peuple de Dieu et les incite à expérimenter de nouveaux moyens d’exprimer la foi en église. Par contre, je ne reconnais pas l’Évangile dans une institution où l'autorité romaine, tournant le dos à l'Esprit qui suscite des vocations fémninines, refuse obstinément de reconnaître la contribution essentielle des femmes dans le ministère de la Parole. Je suis fier des pasteurs qui n’imposent pas aux couples les prescriptions récentes de Rome, mais leur proposent un chemin de fidélité dans le mariage. Je ne reconnais pas la vérité évangélique quand je lis des documents catholiques où la contraception est correcte si elle se conforme au rythme menstruel et mauvaise si elle est mécanique ou chimique. Je suis fier de voir que certains prêtres osent contredire ou ignorent les affirmations du catéchisme catholique sur l’homosexualité, ou encore reconnaissent que l’amour peut mourir entre deux personnes et voudraient reconnaître les nouvelles unions. Je qualifie d’injuste la discrimination de l’Église à l’égard des personnes qui sont différentes dans leur orientation sexuelle. J’ai honte à la seule pensée qu’un prêtre refuse la communion à quelqu’un qui est incapable d’observer toutes les prescriptions catholiques romaines, mais agit en toute honnêtement et conscience, et désire communier au corps du Christ. J’ose croire que tous les évêques ne pensent pas de la même manière. J'espère qu'au travers des nominations épiscopales de notre pape Jean-Paul II, l'Esprit a suscité des personnes libres de la pensée unique de la Curie romaine. J’ose croire qu’ils ont, eux aussi, été libérés par le salut en Jésus Christ et qu'ils exerceront librement leur mandat d’interpréter l’Écriture sainte pour aujourd’hui et pour notre société. J’ose croire que la recherche d’unité dans l’Église ne les empêchera pas de discerner dans la vie actuelle les signes de la présence de Dieu et les appels de l’Esprit saint à changer la vision de l’Église et ses pratiques pastorales. C’est alors que je serais fier de nos évêques, de nos pasteurs et de notre Église, comme je suis fier d’être chrétien et de faire mon possible pour suivre les enseignements de Jésus Christ. Michel Bourgault, 29 décembre 2006 |
|||||||||||
|
|
||||||||||||
|
Le décès de Jean-Paul II nous a permis de redécouvrir un autre visage de notre Église, son histoire et les couloirs peu connus de la Curie romaine et de la Cité vaticane. Il a donné libre cours aux expressions d'une touchante affection de la part de très nombreux catholiques. Nous avons écouté une multitude de commentaires de membres éclairés du clergé et d'experts provenant d'horizons divers, notamment sur l'avenir de l'Église et sur les défis qui attendent le nouveau pape. Vue de chez nous au Québec, la question maintes fois répétée se formule ainsi: sous la houlette du nouveau pape, l'Église saura-t-elle répondre aux désirs et aux questionnements des catholiques d'Amérique et d'Europe concernant la participation des femmes au sacerdoce, le mariage des prêtres ou l'ordination au sacerdoce d'hommes mariés. On ne peut pas s'attendre à un changement radical du Vatican sur ces questions, mais je m'attends à ce que le nouveau pape accepte de reconsidérer la question. Jusqu'à aujourd'hui, sous la conduite de Jean-Paul II, les évêques de mon pays me sont apparus muselés par la Curie romaine. Nos évêques ne vivent pourtant pas en Asie, en Arabie ou en Afrique où le statut social de la femme n'a pas évolué autant que chez nous. Mais puisqu'ils vivent dans une société où les femmes ont pris une place considérable dans les postes d'autorité et de responsabilité, je pense que l'Église doit s'engager résolument sur la voie du réexamen de cette question. Une autre question me vient: n'est-il pas temps de reconnaître plus énergiquement de nouveaux ministères, ou plutôt des ministères anciens mais qui s'exercent à l'ombre du sacerdoce? Par exemple, les chrétiens qui s'occupent des pauvres, des vieillards, des femmes et des enfants victimes de violence ou d'abandon, ces chrétiens ne méritent-ils pas une reconnaissance égale à ceux qui exercent le ministère de la Parole ou des sacrements? Et que dire des catéchètes? Une autre question: cela ne met-il pas à l'avant-scène le rôle de chaque baptisé, responsable de la mission d'annonce de l'Évangile? Qu'attend-on pour baptiser et confirmer les personnes qui ont vraiment la vocation de suivre Jésus et qui désirent vivement mettre en pratique sa Parole? En rapport avec ces questions, l'Église devra se questionner sur le style de leaderchip qu'exercent les évêques et le pape. N'est-il pas temps, dans nos évêchés et jusque dans le haut lieu de la Curie romaine, de faire une place plus juste et plus transparente aux laïcs dans les orientations et les décisions adoptées par l'Église? (suite) |
(suite) Est-il vraiment besoin d'un cours de 4 années de théologie pour comprendre la base de l'enseignement de Jésus que ses disciples trouveront dans l'Évangile? Quand donc nous convertirons-nous et deviendrai-je un témoin assez contagieux de cet enseignement pour en attirer d'autres à ma suite? «Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux: c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.» (Mt 3-12) Je conclus: quand prendrons-nous au sérieux l'appel et l'exigence de l'Évangile ? « Ne vous inquiétez donc pas en disant: Qu'allons-nous manger ? Qu'allons-nous boire ? De quoi allons-nous nous vêtir ? Ce sont là toutes choses dont les païens sont en quête. Or votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d'abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.» Mt 6, 31-32 |
|||||||||||