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À la Une du Devoir du 24 octobre, on annonce que, si Rome accepte, tu serais candidat du Bloc québécois aux complémentaires à Repentigny. Tu donnes comme raison de servir tes concitoyens, comme M. Sauvageau. C'est louable, mais cela a peu à voir avec la vocation du prêtre que tu dis profondément inscrite dans ton coeur. Être au service du Royaume est la tâche propre du prêtre, dans ton cas en prenant la parole et en montrant une voie de libération. Politiquement parlant, Rome sera dans un dilemme. La règle est de permettre à un prêtre de s'engager en politique partisane lorsque personne d'autre ne peut accomplir la tâche du député. Reconnaissons la validité aux yeux de ton évêque de la mission à laquelle tu t'es donné ces dernières années: défendre les personnes qui vivent une forme ou une autre d'exclusion, en particulier les homosexuels. Supposons que ton évêque défende ton point de vue auprès de Rome et qu'on reconnaisse ce nouveau champ d'évangélisation. D'une part, ça ferait peut-être bien l'affaire du Vatican et de Mgr Ouellet, enfant chéri de Rome, de ne plus avoir à supporter un contradicteur comme toi dans ses rangs. Tu es un des rares qui parlent franchement et osent les défier directement. Pour ça, ils te donneraient le champ libre. D'autre part, te libérer pour que tu fasses avancer la reconnaissance au civil des gais et autres exclus, ça mettrait Rome en pleine contradiction avec son propre enseignement. Vont-ils aller jusqu'à te sommer de faire tes valises? S'il peuvent trouver un moyen qui paraît bien, je crois qu'ils vont te dire de faire un choix entre sacerdoce et vie politique. Tu sembles croire que tu ferais avancer la cause des exclus au civil. Oui, tu serais un peu mieux placé pour aider les députés croyants en faisant contrepoids à la droite religieuse qui a investi le parti conservateur et qui détient présentement le pouvoir. Mais les conservateurs ne réussiront pas à inverser le mouvement de reconnaissance commencé au civil. Il n'est donc pas essentiel, à mon avis, que tu sois présent en personne à la Chambre des députés. Par contre, il serait important que tu continues à porter la cause des sans-voix dans l'Église. Il serait important que tu donnes espoir aux jeunes d'entendre la parole libératrice de Jésus: les captifs entrevoient la liberté, les pauvres entendent la bonne nouvelle, les aveugles retrouvent la vue. Cette parole, tu la proclames envers et contre tout. Peu de personnes savent le faire comme toi, avec amour et joie, avec patience et sérénité. Et tu as un évêque qui te laisse parler. Et tu as des collègues et amis qui admirent ton courage. À mon point de vue, en devenant député tu jouerais une partie facile et ça t'éloignerait de ta vocation de prophète, si rare et si importante aujourd'hui. Michel Bourgault, agent de pastorale |
Le combat pour la justice et la liberté fait partie de la mission du prêtre. Raymond Gravel ne manquera pas de combats en politique. Mais, celui qui a maintes fois déclaré aimer sa vie de prêtre, pourra-t-il vraiment y faire avancer l’annonce du Royaume de Dieu, ce qui est la mission propre du prêtre? Jouira-t-il de la même liberté de parole dans le parti du Bloc québécois que dans l’Église? Dans certaines questions, devra-t-il épouser la ligne de parti ou bien se taire? Si le prêtre poursuit son combat en faveur des exclus, le chef du parti et son état-major supporteront-t-ils son opposition avec autant de patience que nos évêques? Sa fonction de parlementaire repoussera-t-elle dans l’ombre la mission du prêtre? Ne sera-t-il pas éloigné de celle-ci par les nombreuses tâches et obligations du député? Au moment des élections, le commun des mortels dans notre état laïcisé se demandera s’il n’est pas risqué de confier le pouvoir politique à un homme de Dieu : que pourra-t-il bien faire dans cette galère? Nous savons que la cause des homosexuels a fait des progrès au plan des droits et des lois, même s’il y aura toujours un combat à mener. Mais, la voie politique est-elle appropriée pour influencer la mentalité homophobe de plusieurs croyants et dirigeants de l’Église? Le départ de Raymond Gravel vient soulager ces derniers d’un poids embarrassant, mais qu’en est-il de l’annonce du Royaume? Qui proclamera à temps et à contretemps, à la suite de Jésus, qu’on peut accueillir des personnes vivant ouvertement leur orientation homosexuelle comme prêtre, missionnaire et prophète? Qui dira qu'au Québec des communautés chrétiennes seraient prêtes à reconnaître que des femmes cheminent vers le plein sacerdoce? Qui reconnaîtra, aux jeunes femmes acculées à l'avortement, une véritable liberté de conscience, dernière instance de jugement, après un éclairage correct de l'enseignement de l'Église? Qui dira qu’un amour sincère et fidèle, et non l’orientation sexuelle, est la condition pour qu’un mariage soit témoignage de foi en la vie et d’espoir de fraternité humaine? Michel Bourgault |
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