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Édité le 23 décembre 2006


Raymond Gravel demande: Peut-on encore célébrer Noël ?
Texte publié dans Le Devoir, le 23 décembre 2006


Noël, c'est l'amour, dit la chanson
Une réflexion de Michel Bourgault

Noël, c'est un temps pour exprimer de l'amour à nos proches et pour penser aux moins bien nantis.

Dans ma paroisse, l'équipe de la Guignolée quête pour faire des paniers de Noël. Comme Dieu aime rire, j’en ai fait un événement joyeux. Le dimanche désigné, je passe par les maisons de mon quartier avec ma fille, mon petit-fils de 10 ans et une de ses petites amies. Nous surprenons nos voisins avec le traditionnel chant des guignoleux en les priant de mettre «du lard dedans not' poche». Ils nous récompensent d'un beau sourire et la récolte est assez généreuse.

Même si je crois en la générosité du geste qui donnera l’espace d’un réveillon un air de festin à une table mieux garnie que d’habitude, j'entends tout le temps résonner cette parole de l'Évangile: «Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.» (Mt 5, 6)

La pauvreté et la misère ne disparaîtront pas de sitôt, même avec une guignolée par mois. Mais comment faire advenir ce bonheur, cette justice? N'est-ce qu'un beau rêve cet espoir d'un monde plus juste? Les plus âgés se souviennent de la société juste de P.E. Trudeau et du pays où il fait bon vivre pour Jean Chrétien. Beau rêve ou mensonge que tout ça? Il me semble, plutôt, que l’écart entre pauvres et riches ne cesse de s’élargir au Canada et ailleurs.

Cette parole de l'Évangile me fait penser aux jeunes de plus en plus nombreux qui recherchent une autre manière de vivre. Elle me fait prendre conscience que la publicité, les ventes à rabais flattent notre appétit insatiable de consommer et visent un seul objectif, augmenter les profits à tous les trimestres. Que les meilleurs prix à tous les jours cachent l’exploitation des travailleurs et des petites entreprises, qui doivent faire plus d’heures pour maintenir leur salaire ou revenus. Que des millions d'enfants dans le monde sont réduits en esclavage.

À cause de cette faim et soif de justice, empruntons d’autres voies : éviter les innombrables petits gaspillages, acheter du réseau équitable et des artisans locaux, pratiquer la simplicité volontaire. À chacun et chacune de voir ce qu’il peut faire selon ses besoins et ses possibilités.

Noël, ce sera l'amour quand nous nous engagerons résolument dans l’une ou l’autre de ces voies. Qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà commencé?

Finalement, Noël c’est un temps pour aménager un espace de lumière dans notre conscience, construire un chemin de justice dans nos rapports à autrui et, si c’est possible, faire tout ça dans la tendresse, en imaginant que Dieu sourit de voir ses enfants s'aimer.

Joyeux Noël!

P.S. Je trouve désolantes les questions aux personnalités religieuses et toutes ces discussions sur le fait que certaines personnes, ordinaires ou en autorité, aient peur de dire « Joyeux Noël ! », d'afficher les symboles de fêtes de peur d'offenser des gens d'autres traditions spirituelles. Cela va de soi qu'on doive conserver nos traditions. Accueillir les personnes d'autres cultures nécessite d'être soi-même et d'affirmer vigoureusement nos valeurs et de montrer nos belles coutumes.

Pour les croyants, Noël, c'est plus qu'un sapin, des souhaits, ou des tourtières. C'est ce que Mgr Turcotte déclarait en entrevue: penser et faire plaisir aux autres.

Pour moi, Noël c'est penser surtout aux enfants et à tous les sans-voix dans nos puissantes organisations sociales, politiques, économiques et religieuses. C'est pour ceux-là que Jésus de Nazareth a eu des embrouilles avec les pouvoirs romain et juif de son temps. C'est à cause de son parti-pris pour les pauvres qu'il été mis à mort.

Et Noël est joyeux, quand les disciples de ce Jésus croient que la puissance de Dieu s'est révélée chez les petits, et croient que Dieu ne pouvait laisser son Envoyé, son Fils, aux mains de la mort. D'où notre espoir que la lumière l'emporte sur l'oscurité, la justice sur l'égoïsme et les forces de la vie sur celles de la mort.

23 décembre 2006



Un prêtre du diocèse de Joliette, Raymond Gravel, récemment élu député du Bloc québécois, formation politique canadienne au niveau fédéral, réfléchit sur la place de Noël dans nos vies. Cela est d'autant plus nécessaire qu'en cette époque d'accomodements raisonnables, on a bien trop peur de froisser les susceptibilités des croyants d'autres traditions religieuses.

Cela est d'autant plus intéressant pour moi, car à mon avis les croyants d'autres traditions préfèrent que, nous, les catholiques soyons capables d'affirmer notre foi au lieu de reléguer nos convictions dans la sphère du privé, ce qui ferait bien l'affaire du mouvement laïcisant.

Peut-on encore célébrer Noël ? demande l'abbé Raymond Gravel.

Depuis plusieurs années, dans nos sociétés dites laïques, des dirigeants, des gouvernants, des juges, des personnes qui occupent des postes de responsabilités voudraient bien bannir le mot Noël du temps des Fêtes, sous prétexte que ce mot porte une connotation religieuse chrétienne. Il est vrai qu’à l’origine de la fête, on y célébrait le solstice d’hiver Solis Invicti, le moment de l’année où les jours commencent à allonger et que les chrétiens ont récupéré pour en faire la fête de la naissance du Christ Natalis dies, que Pâques a révélé comme l’étoile du matin, le soleil de justice, dans tout l’empire romain du 4è siècle.

Si en français, la fête de Noël a conservé, à la fois, son origine païenne, du grec néos hélios, nouveau soleil, et sa transformation chrétienne, du latin natalis dies, nativité, contrairement aux autres langues latines qui ont adopté son étymologie latine seulement : natal en portugais, natividad ou navidad en espagnol et natale en italien, il m’apparaît évident que dans les pays de langue française, on peut continuer à utiliser le mot Noël, parce que celui-ci correspond à tout ce qu’on veut bien lui apposer comme signification.

Alors, pourquoi la fête de Noël ne serait-elle pas l’occasion d’une réconciliation, puisque chacun y trouve son compte? Qu’on soit chrétien, athée, agnostique ou croyant d’autres confessions, la fête de Noël peut s’adapter à toutes les cultures et à toutes les religions. Ce peut être la fête de la lumière pour toutes les populations de l’hémisphère nord qui illuminent leurs maisons, leurs arbres et leurs rues par des décorations de toutes sortes; ce peut être la fête des enfants qui attendent fébrilement la visite du bon vieux Père Noël qui descend une fois l’an pour distribuer allègrement ses cadeaux; ce peut être la fête des familles qui se retrouvent, qui se rassemblent et qui échangent des vœux autour d’une table bien garnie; ce peut être la fête des pauvres qui bénéficient, en cette période de l’année, de la générosité des riches et des bien nantis; ce peut être la fête de la naissance du Christ, où les chrétiens de toutes les dénominations célèbrent leur Dieu qui renaît sans cesse dans l’aujourd’hui de leur histoire. Par ailleurs, quel que soit le sens qu’on donne à Noël, c’est toujours une fête de l’Amour, où on oublie nos rivalités, nos disputes et nos divergences pour célébrer ensemble ce qui nous unit : la Vie.

Si Noël a su s’adapter, à travers les siècles, aux différentes cultures et traditions, pourquoi voudrait-on aujourd’hui l’amputer, au nom d’un accommodement raisonnable, de ses lumières, de ses boules, de sa crèche, de ses cantiques, de son réveillon et de toutes ses manifestations? Qu’il s’agisse de la naissance du soleil pour les uns ou de la naissance du Christ pour les autres, il n’en demeure pas moins, que c’est la lumière qu’on célèbre, la lumière qui éclaire, qui réchauffe, qui nous fait nous regarder les uns les autres et qui nous invite à plus d’humanité. Se souhaiter Joyeux Noël, c’est se souhaiter de renaître à la lumière de l’accueil, de l’ouverture, de la tolérance, de la paix, de la réconciliation, de l’espérance et de l’Amour.

Mais peut-on encore célébrer Noël? Pour les uns, les non-croyants, comme pour les autres, les croyants, il faut que nos souhaits deviennent réalités; sinon, ils ne sont que vanités et Noël ne peut être célébrée, car même après deux mille ans de christianisme, tout reste encore à réaliser: « En effet, bien que nous chantions : Gloire à Dieu dans les cieux et paix sur la terre, il n’y a aujourd’hui ni gloire de Dieu ni paix sur la terre. Aussi longtemps que cela reste une faim encore inassouvie, et tant que nous n’aurons pas déraciné la violence de notre civilisation, le Christ n’est pas encore né » (Gandhi).

Joyeux Noël!

Raymond Gravel, ptre
Député de Repentigny

Le 20 décembre 2006