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Lettre ouverte à Monseigneur Gilles Lussier, évêque de Joliette
Le dialogue et le débat sont-ils possibles dans l'Église du Québec, |
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| Cher frère évêque, Le temps de l’Avent invite les baptisés à la conversion pour accueillir Jésus, non pas le petit enfant de la crèche, mais l’homme mûr, le prophète, qui s’est levé un jour dans la synagogue de son village pour lire ce passage du prophète Isaïe: «L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur.» et ensuite annoncer que ce jour était arrivé. Luc 4, 18-19 Nous, de l’Église du Québec, sommes appelés à une conversion, à discerner la volonté de Dieu afin d’annoncer de façon crédible la libération annoncée par Jésus. La récente sortie de Mgr Ouellet dans les médias et la réception sceptique ou très critique de sa demande de pardon par une majorité de Québécois m’interpellent en ce qu’elles remettent à l’avant-scène la nécessité et l’urgence du dialogue, souhaité d’ailleurs par l’évêque de Québec. Mais, avant de prétendre à un dialogue avec le Québec, je crois nécessaire d’instaurer des lieux de débat dans notre propre maison. Dialoguer, débattre et faire du discernement sur les enjeux vitaux qui préoccupent les catholiques, est-ce possible dans l’Église d’aujourd’hui? Le peuple de Dieu à Joliette a pu s’exprimer Ici, dans le diocèse de Joliette, nous avons participé nombreux aux assemblées du peuple de Dieu convoquées sur votre initiative. Que de samedis nous avons consacrés à l’avenir de notre Église, alors que d’autres tâches nous attendaient dans nos maisons et nos familles. Nous l’avons toujours fait avec enthousiasme. Et tout récemment, en 2004, notre Église se donnait un excellent instrument pour s’approprier le projet missionnaire de notre Église. Suis-je seul à avoir l’impression que, depuis ce temps, trop peu de baptisés «avancent au large» comme nous y invite le carnet d’appropriation de ce projet ecclésial? Nos baptisés manquent de formation Dans ce projet, on fait largement appel à notre vocation de baptisés pour que nous nous engagions résolument dans l’accueil de l’Évangile et la mission de l’Église d’annoncer cette Bonne Nouvelle autour de nous. De la position où je me trouve, aide bénévole à la pastorale paroissiale, je constate que l’évêque et les prêtres font généralement confiance aux laïcs pour témoigner de leur attachement au Christ et rendre un service dans l’Église. Mais je constate aussi que les laïcs manquent de formation. On a mis sur pied un plan de formation diocésain pour les agents de pastorale, une formation à laquelle tous les baptisés intéressés sont invités. Mais trop peu de baptisés me semblent s’y engager. Est-ce faute de temps? Je ne saurais le dire. Est-ce à cause d’une publicité trop timide? Si oui, il faut se demander si c’est dû au manque de détermination de nos leaders, à commencer par vous Monseigneur et les autres responsables de paroisses. Est-ce que je me trompe? Dans l’ensemble, j’ai l’impression que vous vous contentez de répondre aux besoins pressants de célébrations et de catéchèses des enfants, et que la formation de base des baptisés est laissée pour compte. Pouvons-nous vraiment avancer au large? C’est que former des laïcs, c’est ouvrir la porte à la vraie vie, à la culture présente, au partage des responsabilités et à la possibilités de faire les choses autrement. Et c’est là que le bât blesse. Tant que les idées et les décisions sont contrôlées par les autorités, diocésaines et romaines, on est en terrain sûr. Je peux en témoigner, je vous ai vu vous, Mgr Lussier, consulter vos diocésains sur la mission de l’Église et sur les ressources disponibles. Je vous ai vu accueillir leurs propositions, dont le désir maintes fois exprimé de reconnaître l’égalité entre les femmes et les hommes. Je vous ai vu encourager une réflexion sur l’accès au ministère ordonné pour les femmes et les hommes, mariés ou célibataires. Vous me sembliez disposé à mettre en pratique l’appel de Jésus : Avance au large. Suite |
suite... Rome freine l’Église dans son renouvellement Plusieurs croient que notre barque est retenue par les amarres de Rome. Vous, notre évêque, établi chef de l’Église à Joliette, et tous les autres évêques dans leur Église, vous vous heurtez jusqu’à maintenant à la fin de non-recevoir du Pape et de la Curie romaine qui ont interdit, par exemple, que la question du ministère ordonné pour les femmes soit seulement discutée. Je pense que l’épiscopat québécois est prêt à avancer au large. Mais il n’y a pas de jour où Rome ne fasse pas appel à l’unité. Au nom de cette unité, Rome se méfie des manières différentes de faire église et tient à garder autorité sur tout et tous. La récente nomination de Mgr Ouellet comme primat de l’Église canadienne, qui a passé pas mal de temps à Rome et semble éloigné de la réalité québécoise, m’en donne une preuve de plus. Cette mentalité existe même chez certains de nos prêtres qui mettent l’obéissance à l’Église et au pape comme première vertu du baptisé. Cette mentalité a aussi des effets paralysants sur l’œcuménisme que prétend rechercher Rome. Chercher la volonté de Dieu ou obéir à la Curie romaine? Depuis Vatican II, je comprends qu’un baptisé est d’abord un disciple de Jésus-Christ; ensuite il est appelé en union avec les autres baptisés, avec les pasteurs et leur évêque, à discerner à l’aide de l’Esprit Saint la volonté de Dieu, ici et maintenant. L’évêque de Rome n’a-t-il pas accaparé trop de pouvoir? Il m’apparaît que les autorités romaine ont fait fi de la volonté des évêques réunis en Concile, faisant passer les enseignements sur la primauté de Pierre et l’unité de l’Église avant de nombreux autres enseignements, comme l’appel à la conversion, le détachement des richesses, la recherche de la justice, la libération des pauvres, le rapprochement des petits et des exclus. Souvenons-nous que l’apôtre Paul n’a pas craint d’affronter Pierre, le chef de l’Église, sur la question de la circoncision. Paul a su montrer qu’on n’avait pas besoin d’être circoncis pour être bénéficiaire du salut par Jésus-Christ. Pourquoi les évêques d’ici ne peuvent-ils faire de même, par exemple, sur le ministère ordonné pour les femmes? Est-il vraiment nécessaire d’être de sexe masculin pour proclamer la Parole de Dieu et l’interpréter correctement, pour animer la prière dans une paroisse, pour célébrer les signes de l’amour de Dieu dans le pardon et l’eucharistie? Demandez à vos baptisés ce qu’ils en pensent. Expliquez-leur en quoi les hautes autorités de l’Église ont raison. Corriger l’injustice faite aux femmes dans notre Église est une priorité Je termine en vous disant que nous, les laïcs, serions plus encouragés à suivre les voies de l’Évangile, à prendre des responsabilités dans la mission, voire à nous former pour cette mission, si nous voyions que nos évêques et nos pasteurs ont pris parti pour l’égalité des femmes et des hommes dans les ministères ordonnés. Il y a là une injustice; il y a là un refus, sinon une lenteur incompréhensible en ce 21e siècle, de discerner avec tous les baptisés la volonté de Dieu. Et, pour revenir à la lettre de Mgr Ouellet, les demandes de pardon pour les injustices passées n’y feront rien. On juge un arbre à ses fruits. Que nos évêques mettent fin à l’injustice qu’ils perpétuent aujourd’hui, parce qu’ils obéissent à l’évêque de Rome. Qu’ils assument leur rôle de premier pasteur dans leur église locale. Qu’ils prennent l’initiative de débattre avec leurs diocésains pour discerner dans l’Esprit Saint la volonté de Dieu pour nous aujourd’hui. Je pense que le peuple de Dieu croira davantage en leur attachement à l’Évangile et à Jésus-Christ et seront mieux disposés à les suivre. Michel Bourgault 0 Commentaire |
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