Les Chroniques Bourgo


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HEUREUX SANS DIEU

Auteur: Michel Bourgault - Publié le 4 octobre 2009

Auteur d'un des 14 textes d'Heureux sans Dieu, qui vient de paraitre chez VLB éditeur, Daniel Baril est celui qui a dirigé le collectif avec Normand Baillargeon, professeur à l'UQAM. Des personnalités publiques qui se disent «incroyantes, athées ou agnostiques»... (lire la suite dans le Forum de UdeMNouvelles. 1 commentaires

Vraiment «heureux sans Dieu» ?

L’automne dernier un collectif paraissait au Québec portant sur l’athéisme de ses auteurs. Ce livre a créé une onde de choc et fait beaucoup réagir. J’ajouterai donc moi-aussi mon grain de sel. L’expérience de la foi ou de la non-foi pourrait se décrire à travers tout un spectre de concepts allant de la religion de la peur à la foi évangélique en passant par toute la gamme des approches telles l’athéisme et les malcroyances diverses. Il n’est pas facile de cerner les différentes expériences des croyants d’ici et d’aujourd’hui. Mais la question demeure: Peut-on être heureux sans Dieu? La réponse peut être oui et non. Allons voir!

L’athéisme est souvent perçu comme une réaction aux caricatures de la religion de la peur ou de l’utile, à la religion aliénante. Cette réaction rend service à la foi car elle la provoque à se dire et à se vivre d’une façon encore plus fidèle à l’Évangile. L’athéisme se veut une libération parfois véhémente de toutes religions carburant à la peur, à la violence, à la manipulation et au contrôle. Et c’est tant mieux! L’athéisme est un refus de toute aliénation devant toutes structures ou systèmes religieux qui prétendraient prendre en charge l’homme dans sa quête de sens et de plénitude en gérant ses peurs et en maintenant l’homme dans des binômes clos : loi-péché, culpabilité-peur, rite et expiation, loi-punition, péché-grâce… comme si nous étions condamnés à une marche angoissée à travers un champ de mines. L’athéisme est un refus bénéfique de laisser l’homme s’aliéner à un dieu hypothétique, à des manœuvres religieuses étrangères à la vraie vie. L’athée réalise qu’en confiant la gérance de ses peurs existentielles à un dieu tutélaire ou tuteur il se priverait ainsi de son existence réelle faite de fragilité, de précarité et d’audace, d’aventures et de créations et de responsabilité. L’athée nous mettrait en garde contre tout espace étriqué et enfermé où nous maintiendrait la religion qui exigerait en retour de tout religieux l’immobilisme du devoir!

L’athée pourrait-il aller jusqu’à affirmer ceci : ou bien Dieu existe, et l’homme n’est rien ou bien l’homme existe et Dieu n’est rien! Le croyant lui pense que l’homme existe en partenariat avec Dieu! Dieu n’est ni jaloux, ni mesquin pour l’homme mais plutôt en alliance pour répondre à sa quête de sens et à sa soif de plénitude. La foi ne dispense pas de l’intelligence et de la quête de connaissances. La science est la meilleure amie de la foi car elle lui rend le service de l’épuration en la libérant de toutes tentations récupératrices. L’expérience de la foi oscillera toujours entre la tentation religieuse et païenne de la religion de la peur et de l’utile, la tentation de la révolte athée ou prométhéenne et l’expérience de la foi à la manière évangélique. La foi évangélique est réellement compatible à la vie séculière ou sécularisée! La foi n’est pas un état pétrifié, elle connait l’assurance mais pas la sécurité! Elle est mouvement, circulation et investissement dans les enjeux réels de la vie. La foi est donc un cheminement audacieux nécessitant de la part du croyant de s’investir dans l’identification au Christ, à sa pratique de vie, à sa pratique du bonheur dans le but de partager sa gloire de Fils du Père. La foi n’est pas aliénation mais engagement à l’avènement du Royaume dont nous parle le Christ.

L’athéisme ne rendra pas heureux sans Dieu s’il n’est que réaction! La foi ne rendra pas heureux si elle n’est que fuite du monde! L’athéisme en étant promotion de l’homme vient interpeler la foi dans son engagement à la promotion de l’homme dans le Royaume. Dans un monde idéal, le croyant et l’athée se rendraient mutuellement le service de la promotion de l’homme! Promotion de l’homme debout, libéré. L’homme debout c’est la gloire de Dieu! Athéisme et foi : un couple inséparable!

Pierre-Gervais Majeau ptre-curé,

Diocèse de Joliette,QC.

Voici ma réflexion à un ami qui me signalait cet article sur le Bulletin

Bonjour mon ami,

J'ai lu l'article en attendant de trouver le livre soit en bibliothèque, soit en bouquinerie d'occasion. Merci pour la référence. Mon premier commentaire.

C'est relativement facile de trouver au Québec par les temps qui courent des gens qui se définissent par leur non-croyance, souvent en se servant de la foi des années 1940-1950 de leurs parents ou de leurs pairs telle un repoussoir ou encore de la démarche scientifique que la plupart de ces mêmes gens ne maîtrisent pas plus que moi, sinon que nous accordons plus de crédit aux scientifiques qu'aux religieux, prêtres, prophètes et politiciens. Je me demande bien pourquoi, car les scientifiques ont aussi leurs présupposés.

Il est autrement plus difficile de trouver des gens capables de réfléchir sur la condition de l'être humain aujourd'hui en 2009 avec toutes ses contradictions et sa finitude. La religion répond, il est vrai, à un besoin de combler un vide: on cherchait les réponses autrefois auprès des religieux, aujourd'hui on confie nos angoisses aux nouveaux prêtres (assez bien rémunérés à part ça): les humoristes comme Martin Petit. Il ont trouvé une bonne veine, en toute bonne foi sans doute. Et probablement quelque bonne oeuvre humanitaire pour aider leurs semblables. Quoique l'humour soit important dans une vie, le rire ne suffit pas pour combler mon existence et j'estime plus utile la compassion et la prière.

Personnellement, je préfère me définir comme un chercheur de Dieu. Le rire qui se complaît dans le cynisme me laisse vide. Je préfère la compassion pour la souffrance des humains, à la manière du Dieu de la Bible, et les actions des saints tels mère Térésa, l'abbé Pierre, Martin Luther King, ou des humanistes tels Dr Réjean Thomas, Dre Lucille Teasdale, Yvon Deschamps, même si certains font profession d'athéisme.

Ceux-ci sont des têtes célèbres, mais ils sont des milliers d'autres, obscurs travailleurs et travailleuses humanitaires, à forcer mon admiration. Qu'ils soient motivés par leur foi en Dieu, la compassion pour leur semblable, une plus grande justice dans le monde, peu m'importe, c'est exactement la même chose pour moi. Ce qui parle, ce sont les actions.

Pour moi, le texte fondateur de la foi chrétienne, et celui qui me sert de guide sera toujours:

«Heureux les pauvres de coeurs:
le Royaume des cieux est à eux...»
Mt 5, 3 et suivants

Ça vaut la peine de le relire et de le méditer. La foi chrétienne doit être reformulée à chaque période de notre histoire personnelle et collective. On ne peut pas, sans rester enfant, rester accroché aux jupes de notre mère et aux expressions de foi de nos pères! En cela, le livre de Daniel Baril nous oblige à reformuler notre foi. Bravo!

La meilleure argumentation et le meilleur exemple pour ton fiston qui prépare sa confirmation, c'est toi, mon ami, ton témoignage, tes actions quotidiennes, ta capacité de compatir, d'apprécier les événements avec justice, le temps que tu prends avec lui parce que tu crois... en la Vie. Pour ce qui est de croire en la Source de la vie, Dieu comme je l'appelle, ça reste un don mystérieux, un peu comme l'attirance entre deux personnes qui se développe en amour, en respect. Cet amour donné et reçu est plus grand que nous et la foi en Dieu c'est aussi plus grand que tous les prêtres et les croyants eux-mêmes.

Que Dieu t'accompagne!

Michel

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