|
1.
|
|
Foi et homosexualité
|
| Tous les humains sont des êtres manquants. Seul l’amour - à la manière de Jésus qui donne sa vie pour ceux qu’il aime - peut les amener à sortir d’eux-mêmes, à se tourner vers les autres et, aussi, espérer être accueillis tels qu’ils sont par Celui qui est l'Amour, Dieu. |
|
Béni soit Dieu qui a trouvé le chemin du coeur de ceux et celles qui l'accueillent! Car la foi est un don de Dieu, une grâce disait-on autrefois.
J'estime qu’à tous les humains, quelle que soit leur situation de vie, en particulier ceux qui ont une orientation homosexuelle, il est donné de connaître l’amour du Père, de connaître l’amour humain et de vivre ce dernier dans des relations ou une union correspondant à leur nature profonde. Dieu ne pourvoit-il pas toutes ses créatures, à plus forte raison ses enfants, de ce qu’il leur faut pour grandir et s’épanouir?
Celui ou celle qui est reconnu ou se sait aimé de Dieu, lui fera confiance et répondra à son amour par la conversion, en quittant ses attitudes égoïstes, en montrant de la compassion pour les autres, en faisant ce qui est juste, en recherchant la paix et en espérant en Dieu contre toute espérance.
|
|
2.
|
|
Jésus et la sexualité
|
| La Bonne Nouvelle annoncée par Jésus que Dieu nous offre le salut - s’adresse à tous les humains, sans considération de sexe ou d’orientation sexuelle. |
|
Quelle importance Jésus a-t-il accordé au sexe et à l’orientation sexuelle des personnes?
On sait qu’il a pris la défense d’une femme contre des hommes qui s’en sont servi afin de le piéger sur son enseignement. On se souvient aussi qu’il a abordé en public une étrangère et lui a parlé même si cela allait contre les us du temps. Quant au célibat, il a déclaré que certains se faisaient eunuques pour le Royaume, sans toutefois en faire une obligation.
Les évangiles sont discrets sur les préférences de Jésus dans le choix de ses disciples, sinon que, comme les sages qui faisaient école, il était plutôt entouré d’hommes - qui à l’évidence n’ont pas à s’occuper d’enfants. Mais on sait que des femmes indépendantes faisaient aussi partie de son groupe de disciples.
Il n’existe pas la moindre allusion dans les évangiles au fait que des hommes ou des femmes aient pu être identifiés comme homosexuels.
Jésus a accepté à sa suite autant des disciples mariés que des célibataires. Lui importaient avant tout chez ses disciples le désir de connaître Dieu, la soif de bonheur, la recherche d’un sens à la vie, le choix libre de tout laisser pour le suivre et de donner sa vie pour l’avancement du Royaume
|
|
3.
|
|
Peur du plaisir et de la sexualité
|
| Tous les humains sont appelés à conjuguer érotisme et amour, mais de différentes manières. C’est par leur joie de vivre qu’ils témoigneront de la vie dans sa grandeur, sa beauté, sa richesse, sa générosité, sa compassion, telle que le Créateur nous l’a donnée. |
|
Le plaisir fait partie de la vie; il est l’indice qu’un besoin fondamental est satisfait. L’attirance sexuelle est l’une des avenues importantes vers la rencontre entre deux personnes, qui peuvent ensuite construire une relation où chacun est connu, apprécié pour ce qu’il est, se découvre aimé de façon inconditionnelle, stimulé à donner le meilleur de lui-même.
Malheureusement, il existe une tendance profondément ancrée chez plusieurs à considérer mauvaise ou dangeureuse la sexualité et à croire que les actes sexuels sont surtout motivés par un plaisir égoïste et risquent de conduire à la domination de l’autre.
L’homosexualité fait encore plus peur puisque la science ne nous a pas encore fourni d’explication satisfaisante sur ses causes. Cependant, il nous apparaît de plus en plus que les personnes homosexuelles naissent avec cette orientation à divers degrés. Elle existe bel et bien dans la nature et chez les humains et il me semble non seulement inutile, mais néfaste de la qualifier d’anormalité, voire de perversion.
Est-ce que la peur de l’homosexualité ou l’homophobie ne révèle pas la peur de cette dimension obscure de notre propre sexualité, soit personnelle, soit sociale? Et ceux qui nient que l’homosexualité fait partie de la nature humaine, ne mènent-ils pas un combat dont les motivations seraient bien plus personnelles qu’intellectuelles ou spirituelles?
Dans l’Église, il est temps pour nous de nous ouvrir à la vie affective et spirituelle des homosexuels autant qu’à leurs souffrances et limites, de les voir avec un regard neuf pour les accueillir tels qu’ils sont et les appeler à collaborer au Royaume de Dieu. Ce faisant, comme Jésus, nous annoncerons une bonne nouvelle aux pauvres, nous laisserons Dieu ouvrir nos yeux d’aveugles, nous permettrons à l’Esprit de Dieu de nous libérer.
|
|
4.
|
|
Homosexualité et continence
|
| Le célibat peut être une manière radicale de témoigner de la Bonne Nouvelle face au monde. Pour le vivre en accord avec le projet divin, il faut cependant le choisir en toute liberté. |
|
La condition homosexuelle interpelle dans l’Église ceux qui enseignent que les homosexuels, pour aimer, doivent pratiquer la continence et vivre en célibataires, se priver de l’intimité et de la chaleur du corps d’autrui, de la tendresse d’un coeur attentif à l’autre, du regard de Jésus qui élève l’autre au rang de fils et de fille de Dieu.
Il est préférable que le célibat soit choisi et vécu dans l’amour. Imposé, il ne peut que diminuer une personne, voire se transformer en puissance de domination, en haine de soi et des autres.
L’appel à la continence pour les homosexuels ne devrait pas être différent que celui qui est demandé aux couples hétérosexuels. Chaque relation de couple se bâtit sur l’amour et la place tenue par les actes sexuels dépend des besoins individuels selon un rythme où l’on tient compte du désir sexuel à construire entre deux personnes et de leurs nombreux autres besoins, activités et engagements.
|
|
5.
|
|
Souffrances et interrogations
|
Avec leur expérience du rejet, les homosexuels attirent notre regard vers Jésus qui a été rejeté par ceux qui n’ont pas reconnu en lui le Dieu tout-Autre.
Ils questionnent ainsi la justesse et l’honnêteté de notre regard sur les autres.
|
|
Certains catholiques considèrent encore les homosexuels comme des anormaux, des pervertis ou des provocateurs, parce qu’ils vivent et expriment leur sexualité d’une manière différente de la majorité.
La souffrance qui résulte de ce mépris et du rejet qui en résulte, rapproche les personnes homosexuelles de Jésus qui a connu l’opposition et la haine de ceux que dérangeait son message radical de l’amour de Dieu adressé à tous les humains et en particulier aux petits, sa conduite contraire aux coutumes ou libre face aux lois. La seule et unique référence de Jésus était la volonté du Père et il jugeait de tout à cette aune.
Chez les Juifs, se marier et avoir des enfants était perçu comme une bénédiction divine. Jésus, en choisissant de rester célibataire et de ne pas fonder une famille, s’est démarqué de la culture dominante de son peuple. Il a demandé à ses disciples de rechercher d’abord le Royaume et sa justice, disant que le reste - entendons les choses ordinaires de la vie leur serait donné par surcroît.
Demandons-nous si la volonté du Père est que des personnes observent la continence sexuelle, ou bien qu’elles recherchent et s’efforcent de vivre un amour vrai? Demandons-nous si le Royaume se trouve du côté des victimes de l’homophobie ou du côté des bien-pensants, forts de leur statut dans l’Église et de leurs connaissances scientifiques supposément infaillibles ?
|
|
6.
|
|
Homosexualité et fécondité
|
| Les personnes homosexuelles sont appelées à entrer dans le projet créateur de Dieu, en exerçant différentes manières d’être féconds. |
|
Mettre au monde des enfants est l’une des voies pour vivre la fécondité. C’est la première raison d’être de la sexualité. Toutefois, parce qu’on est humain, et non animal, la sexualité comporte une autre dimension, aussi fondamentale, c’est le fait que les humains sont des êtres de relations. En cela, ils sont semblables au Créateur autant que par la fécondité sexuelle.
Le travail, l’engagement communautaire, l’accueil des pauvres et des malades, le soutien mutuel dans la vie de couple, la pastorale, le souci de la planète, l’adoption, la création artistique, la recherche scientifique, constituent autant de voies pour créer, donner et servir ses semblables. Être fécond dans le don de soi à l’autre, c’est aussi tout cela. Mais personne ne réalisera dans sa vie toutes ces manières de créer et de donner la vie.
Les homosexuels qui ont choisi de vivre en couple peuvent se soutenir, s’entraider, s’encourager dans la réalisation de projets communs ou du projet de l’un ou l’autre conjoint. Par leur amour, leur attachement et leur engagement dans une cellule familiale, un groupe d’amis et d’autres communautés, ils apporteront leur contribution à la société où l’être humain sera respecté et reconnu dans son intégralité.
Michel Bourgault
11 janvier 2007
|
|
|
|
|
|
|